Le 5 avril, les jeunes et les travailleurs sur Marseille s'expriment sur l'austérité

Par Anthony Torres
6 avril 2016

Des reporters du WSWS sur Marseille ont discuté avec des jeunes et des travailleurs mobilisés hier contre la loi El Khomri, exprimant une opposition plus large, contre l'austérité, les attaques contre les droits démocratiques et l'escalade vers la guerre. 

Avant que les cortèges ne partent, le WSWS a rencontré Olivia, lycéenne en seconde. Elle a dit qu'elle manifestait « Contre la loi travail, pour notre avenir, le temps d'astreintes, les facilités de licenciement pour les patrons, je ne me vois pas vivre dans un monde comme ça. Déjà que c'est la crise en France, c'est assez compliqué de ne même pas avoir la sûreté que la loi me protège. ». 

Olivia se dit inquiète pour son avenir ainsi que celui de son entourage: « La plupart de ma famille travaille, elle est employée, mes amis sont des futurs travailleurs aussi. Même les gens qui sont dans la fonction publique sont concernés. Je trouve cette loi aberrante en France, de laisser autant de liberté au patron. Je suis pour le retrait de cette loi, mais je ne sais pas si on va y arriver, ça fait un moment que l'on est là. » 

Interrogée sur ce qu'elle pensait de l'état d'urgence, elle a répondu : « Je vois des gens sont gardés à vue 96 heures pour des faits dérisoires. Dans mon lycée, un collègue a été arrêté 96 heures pour insultes à agents, tout ça à cause de l'état d'urgence, c'est fou. » 

Olivier a aussi fait part de son hostilité envers la guerre en Syrie et plus largement envers l'escalade militaire : « Les gouvernements sont tous pourris, ils s'en foutent de nous. Ils sont intéressés que par l'argent, c'est que de la belle parole [de dire] 'ok, on protège les populations'. Ils s'enrichissent derrière, à avoir des bonnes relations géopolitiques où ils veulent, nous on peut pleurer, ils s'en foutent. ... Ça fait peur, on ne sait pas dans quel monde on va atterrir, on va au lycée pour avoir du travail plus tard, mais me dire que l'on peut finir dans un pays en guerre ... » 

Sur le gouvernement Hollande et de sa politique d'austérité, elle a dit, « s'il se représente, c'est suicidaire. Pour moi, c'est un gouvernement de droite. Quand on voit la loi El Khomri, c'est pour le patron, pas pour le peuple. C'est un parti capitaliste qui laisse crever le peuple et enrichit les patrons. » 

Nouria, en première science économique et sociale, a exprimé son mécontentement plus large contre le gouvernement : « On manifeste contre la loi El Khomri, c'est de la merde, cette loi mène à rien. On a peur pour notre avenir. On est lycéen, déjà avant la loi on nous disait que l'on allait galérer pour s'en sortir, mais là on est désespéré car si maintenant on fait des lois comme ça, on se dit que dans quelques années ça sera pire et si on fait rien, on ne pourra rien faire après. On manifeste contre un peu tout le gouvernement, le système, il n'y a rien qui nous fait penser que cela changera; tout ce que le gouvernement nous propose, ça nous amènera à rien, il nous embobine. » 

Elle a indiqué sa profonde méfiance envers la guerre en Syrie et les attentats terroristes, déclarant que « La lutte contre le terrorisme est un prétexte pour l'état d'urgence ». 

Nouria a vu les conséquences de l'état d'urgence dans l'intimidation policière: « Les arrestations me poussent encore plus à manifester. J'étais là à toutes les manifestations, j'ai vu toute l'injustice qu'il y avait, des gens qui n'avait vraiment rien fait qui se faisaient matraquer. Ça nous montre qu'ils ne savent pas du tout faire la part des choses. C'est de leur faute si ça a dégénéré, c'est vrai qu'il y a des casseurs, mais on est pacifiste. On ne cherche pas les ennuis. ». 

Ce constat était partagé par Vives et sa fille Caroline qui manifestaient contre la loi El Khomri mais aussi contre l'austérité et l'état d'urgence. 

Vives a déclaré au WSWS : « Cette loi est une régression par rapport à tous les progrès sociaux depuis 1936. Personne n'est à l'abri; les personnes en CDI, on va d'abord commencer par eux. Aujourd’hui si on veut faire des choses, il faut des sous, et si on n'a pas de sous, on atteint à notre liberté. On veut le retrait de la loi; en l'état, elle ne peut pas passer sinon on fait marche arrière. » 

Sa fille Caroline a ajouté « on est en train de tout perdre de nos acquis sociaux. L'état est tellement instable. On manifeste contre l'état d'urgence. C'est un état policier! On ne parle pas beaucoup des violences policières à la télé, quand j'ai demandé aux gens pour savoir s'ils en avaient entendu parler, les gens ne savaient pas que c'est assez violent ». 

Vives a parlé de l'état d'urgence comme d'un moyen pour la police de s'attaquer aux manifestants: « Dans les années 70 et même en 68 c'était très fliqué, et il y avait des choses qui sont sorties depuis de la mémoire des Français, mais il y avait des assauts sur les gens. C'est une atteinte à la liberté d'expression, encore une fois. Heureusement qu'il y a Internet, même s'il faut faire un tri, mais on sort des médias et ça permet de voir autre chose. Ma fille m'a montré des vidéos, j'étais surprise. Quand il y a des manifs je me mobilise et je suis le soir pour voir ce qu'on dit et c'est vrai qu'on n'en parle pas je trouve. » 

Pour Vives et Caroline, le PS est discrédité. Caroline a déclaré que Hollande est « trop libéral, c'est un faux socialo. ».

Un reporter du WSWS a demandé ce qu'elles pensaient des tensions militaires internationales, Caroline a répondu : « il y a de la manipulation des médias, la guerre froide ne s'est jamais arrêtée. »

Pendant notre interview les cortèges ont pris une autre direction que celle prévue initialement et des personnes ont balancé des œufs sur la porte de la section du PS à Marseille.