Devant les grèves, le président français Hollande promet d’imposer la loi sur le travail

Par Alex Lantier
31 mai 2016

Dans le cadre d’un discours donné au sommet du G7 vendredi dernier au Japon, le président français François Hollande a promis de conserver intacte l’impopulaire loi sur le travail du Parti socialiste devant des protestations de masse et une vague montante de grèves contre la loi.

Vendredi, de nouveaux blocages ont fait leur apparition à La Rochelle, où des dockers ont bloqué le port et se préparaient à prolonger la grève de 24 heures.

Comme des grèves de plusieurs jours ou à durée indéfinie vont commencer cette semaine aux transports publics de Paris, aux chemins de fers nationaux et dans l'aviation civile, la table est mise pour une forte escalade des luttes de classe. Un récent sondage montre que 62 pour cent de la population française appuie les grèves contre la loi travail, qui allonge le temps de travail, mine la sécurité d'emploi et permet aux syndicats de négocier des conventions collectives qui violent le Code du travail. Cependant, Hollande a fait savoir qu'il n'apportera aucun changement à la loi. 

«Je vais rester sur ma position car je pense que c'est une bonne réforme», a déclaré Hollande. Il a ajouté: «En tant que chef d'État qui veut implanter cette réforme, parce qu'effectivement je la veux... Je veux aller jusqu'au bout. Si elle est adoptée, et c'est ce qui est prévu pour le mois de juillet, tout le monde va prendre en compte ce qu'est cette loi et les effets qu'elle commencera à avoir dès septembre.» 

Hollande a aussi fait référence à la violente répression contre les grévistes qui ont bloqué des établissements pétroliers et des dépôts de pétrole pour protester contre la loi sur le travail. Il a dit: «Nous avons pris les mesures nécessaires et nous allons continuer à les prendre. Nous allons toujours respecter les libertés publiques mais aussi la première de toutes les libertés, qui est la liberté de mouvement.»

Les commentaires de Hollande montrent qu'il est prêt à bafouer l'opposition populaire de masse dans le but d'imposer la loi en violant le droit de grève et de manifestation qui est inscrit dans la constitution. Il a aussi montré clairement qu'il n'a pas accepté comme étant légitimes les critiques contre la loi provenant de plusieurs syndicats, menés par la Confédération générale du travail (CGT) d'orientation stalinienne. 

Sans faire référence explicitement à la CGT, il a dit: «Nous ne pouvons accepter qu'une fédération syndicale, qui a sa propre histoire, décide ce qu'est et ce que ne peut être la loi.» 

Les commentaires de Hollande reflètent la position essentielle de la classe dirigeante française, qui a l'intention d'imposer l'austérité et la régression sociale tout en réprimant toute opposition à la violence policière. Néanmoins, Hollande est aux prises avec de plus en plus de commentaires et d'avertissements provenant de la classe dirigeante elle-même, autant en France qu'internationalement, selon lesquels la confrontation qu'il a provoquée avec la classe ouvrière est remplie d'immenses dangers. 

Dans un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung intitulé «Hollande au bout du rouleau», on peut lire: «Le président sait que son pays demeure marqué par l'héritage de la Révolution française. Le cœur du système politique remonte à 1789... La légitimité du président est beaucoup trop faible pour entrer dans un conflit avec une minorité radicale de grévistes de la CGT. Tout cela montre que les réformes à la fin d'un mandat présidentiel sont impossibles, d'abord et avant tout en France.» 

De hauts responsables du PS se sont contredit à propos de la loi: le Ministre de l'économie, Michel Sapin, a suggéré que le PS pourrait réécrire des sections de la loi cette semaine, ce qu'a directement démenti le Premier ministre Manuel Valls. 

Dans ces conditions, Hollande va travailler étroitement avec la bureaucratie syndicale, et particulièrement les sections de la bureaucratie qui ont critiqué la loi, pour tenter d'empêcher une éruption des luttes des travailleurs et une grève générale qui pourrait faire tomber son gouvernement. Il est très au courant que la CGT et toute la bureaucratie syndicale l'ont appuyé lors des élections présidentielles de 2012. 

Du Japon, il a insisté qu'il va continuer de compter sur une collaboration politique étroite avec les syndicats s'ils acceptent ses conditions. «Si le dialogue est toujours possible, il n'est jamais basé sur un ultimatum», a-t-il dit. La réaction des chefs syndicaux a été immédiatement positive. 

Ne se laissant pas dissuader par les déclarations de Hollande selon lesquelles il ne fera aucune concession à la loi sur le travail, mais qu'il l'imposera à la population, ils ont publié une déclaration vendredi qui insistait sur leur intention de poursuivre les négociations en vue d'un accord avec lui. 

«Les organisations ont réaffirmé les conditions d'une lettre commune envoyée le 20 mai au Président Hollande, dans laquelle ils demandent une réunion. Même s'il prétend faire du dialogue social une méthode essentielle de son gouvernement, les organisations attendant encore une réponse à leur lettre», a écrit la CGT dans une déclaration signée par un collectif de syndicats de travailleurs et d'étudiants qui a été publiée sur leur site web. 

La réponse favorable de la CGT aux ouvertures de Hollande est un avertissement aux travailleurs qui cherchent à s'opposer à la loi travail. Même si la CGT s'est vue forcée d'appeler à des grèves en pleine montée de la colère populaire envers la loi travail du PS, elle n'a aucune objection de principe à la mesure réactionnaire du président français.

Ses appels à «généraliser» les grèves ne visent pas à mener à une grève générale où la classe ouvrière se mobiliserait dans une lutte politique pour renverser le gouvernement PS et défaire son programme anti-ouvrier.

La CGT vise plutôt à garder autant que possible la classe ouvrière sous l'influence politique de la bureaucratie syndicale et à piéger les travailleurs dans des manifestations symboliques organisées par les bureaucraties syndicales et le PS lui-même. De telles actions ne font rien pour défendre les droits démocratiques et sociaux des travailleurs. En effet, il y a eu durant sept ans des grèves symboliques d'un jour de la sorte en Grèce pendant que de larges couches de la population grecque continuaient de s'appauvrir.

La bourgeoisie a une longue expérience dans la manipulation de syndicats qui ont totalement perdu leur base dans la classe ouvrière en France et dépendent des entreprises et de l'État pour 95% de leur budget annuel. Il est évident dans les milieux dirigeants que les bureaucraties syndicales font partie de l'establishment politique, qu'elles sont des alliées de la bourgeoisie dans leurs interactions avec la classe ouvrière et qu'elles ont d'immenses intérêts financiers et politiques dans le système social actuel.

Cette réalité était limpide dans une lettre ouverte de l'homme d'affaires et blogueur Julien Leclercq au secrétaire général de la CGT Philippe Martinez qui a été publiée dans le quotidien de droite Le Figaro. Leclercq a écrit: «M. Martinez, personne ne sortira ni gagnant ni grandi du climat social catastrophique dans lequel vous plongez le pays. Personne, même pas vous.»

Leclercq a rappelé à Martinez combien était limité l'appui de la CGT dans la classe ouvrière, se moquant d'une situation où «un syndicat [comme la CGT] qui représente à peine 3% des salariés puisse occuper et bloquer une zone Seveso en plein état d'urgence et en toute quiétude».

Leclercq s'est aussi moqué des scandales de corruption et des accusations d'irrégularités financières dans lesquels baignait la CGT.

«Il est loin le temps où vous deviez faire face au scandale de travaux exorbitants réalisés dans l'appartement de fonction de votre ex-secrétaire général (viré, soit dit en passant, le 7 janvier 2015, jour de Charlie Hebdo, bien vu!), ou celui où vous faisiez fermer des magasins contre l'avis unanime des salariés et des dirigeants qui y travaillaient. On oublie même le CDD renouvelé 184 fois à l'une de vos employées, affaire pourtant bien plus récente», a-t-il dit.

La réponse de la CGT aux ouvertures de Hollande, comme les commentaires de Leclercq, montre que la seule voie de l'avant pour les travailleurs dans leur lutte contre la loi travail du PS et les mesures d'austérité imposées à travers l'Europe est de créer des organes de lutte indépendants des syndicats.

(Article paru en anglais le 28 mai 2016)