La police sri lankaise arrête des dizaines de jeunes Tamouls

Par Subash Somachandran et S. Jayanth
12 mai 2016

Le gouvernement sri lankais a déclenché dans les territoires ravagés par la guerre du nord et de l’est du pays une vaste répression contre les jeunes tamouls. Depuis mars, plus de 23 Tamouls ont été arrêtés en vertu de la draconienne Loi sur la prévention du terrorisme (PTA). La plupart des jeunes interpellés seraient d’anciens membres des LTTE (Tigres de Libération de l’Eelam tamoul) militairement battus en 2009.

Le 18 mai marquera le septième anniversaire de la fin de la guerre communautariste durant laquelle des centaines de Tamouls ont été arrêtés, ont disparu et ont été assassinés aux mains des forces de sécurité sri lankaises et de paramilitaires associés. Quelque 200.000 personnes furent tuées au cours du conflit. Les Nations-unies ont estimé que des dizaines de milliers de civils tamouls ont péri durant les dernières semaines de l’assaut final lancé en 2009.

Le président sri lankais Maithripala Sirisena et le premier ministre Ranil Wickremesinghe prétendent faussement avoir mis en place un « environnement démocratique » dans le nord et l’est du pays. En fait, l’occupation militaire est en train de s’intensifier dans ces régions. Les habitants y sont confrontés à une répression permanente et à une pauvreté extrême.

Le prétexte qui a servi à la dernière série d’arrestations a été la découverte par la police d’une prétendue ceinture d’explosifs à Chavakachcheri près de Jaffna. La police a immédiatement arrêté et placé en détention un suspect, Edward Julian, alias Rames.

Suite à cet incident, le Terrorist Investigation Department (TID) commença à opérer des arrestations et des enlèvements à Jaffna, Vavuniya, Kilinochchi, Mannar, Chavakachcheri et Nelliady dans le nord, ainsi qu’à Trincomalee et Batticaloa dans l’est. Les personnes arrêtées incluent :

* Rasadurai Jayanthan, 32 ans, enlevé le 10 avril à Chavakachcheri lors d’une opération à la « fourgonnette blanche » et actuellement incarcéré à la prison de Boossa dans le sud. Des enlèvements non identifiés à la « fourgonnette blanche » furent commis par les services de renseignement, la police et les forces paramilitaires sri lankais pour faire disparaître et assassiner des centaines de gens durant la guerre.

La mère de Jayanthan a dit aux médias que deux personnes étaient arrivées à moto et avaient commencé à interroger son fils et à fouiller leur domicile. Elle a dit qu’une camionnette blanche s’était garée devant la maison. « Ils ont menotté mon fils et l’ont fait monter dans cette fourgonnette. Lorsque j’ai demandé la raison ils m’ont dit de lui demander [à Jayanthan]. » Par la suite, elle a appris qu’il avait été emmené à la prison de Boossa.

* Srisivamurthi Kanapathipillai, 26 ans, dit Nagulan, a été arrêté le 26 avril par le TID dans son potager familial à Neerveli à Jaffna.

* Le même jour, Kalaiarasan, dit Arivalagan, un ancien agent présumé de renseignement du LTTE, fut enlevé à Trincomalee à l’est. Plus tard, la police affirma qu’il avait été arrêté.

* Kirushnapillai Kalainesan, 42 ans, appelé Praba, un autre ancien agent présumé de renseignement du LTTE, a été arrêté par le TID le 2 mai à son domicile, à Batticaloa sur la côte est du pays. Selon sa femme, plusieurs personnes non identifiées lui avaient récemment rendu visite chez lui en quête d’informations. Il avait refusé de coopérer après que ces derniers ont refusé de confirmer leur identité.

* V.S. Sivakaran, secrétaire de l’organisation de jeunesse de l’Ilankai Tamil Arasu Kachchi (Parti fédéral tamoul) dans la province du nord, fut détenu fin avril par le TID à Mannar. Il fut ensuite libéré sous caution. La police a affirmé l’avoir arrêté parce qu’il avait « aidé » deux anciens cadres du LTTE à fuir le Sri Lanka.

La police a également détenu un jeune Tamoul de Jaffna au motif qu’il aurait écouté une chanson du LTTE et deux pêcheurs ont été enlevés dans une camionnette blanche à Vadamarachchi, Jaffna.

Un grand nombre des personnes arrêtées avaient déjà été emprisonnées à la fin de la guerre. Elles faisaient partie des centaines de milliers d’autres personnes incarcérées dans les centres de détention militaire situés près de Vavuniya. Quelque 12.000 jeunes accusés d’être des membres du LTTE furent détenus dans plusieurs centres dits de réhabilitation.

Si l’ancien gouvernement du président Mahinda Rajapakse avait, face à une opposition de masse et à des critiques internationales, finalement libéré la plupart des détenus, ceux-ci restent sous la surveillance continuelle de l’armée, de la police et des agences de renseignement.

Pour l’heure, environ 200 prisonniers politiques tamouls et cinghalais sont détenus sans inculpation dans des prisons sri lankaises, certains depuis de nombreuses années.

Durant les élections l’an dernier, le président Sirisena et le premier ministre Wickremesinghe avaient promis de relâcher tous les prisonniers politiques. Sitôt arrivés au pouvoir, ils changèrent de discours et dirent qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques au Sri Lanka, mais seulement des « terroristes » qui avaient commis des crimes.

Cette dernière série d’arrestations du gouvernement Sirisena-Wickremesinghe et la relance du communautarisme anti-tamoul, sont justifiés en affirmant que « le terrorisme du LTTE [était] en train de renaître ». Le 30 avril, Wickremesinghe a dit à une réunion à Colombo que le gouvernement « ne permettrait pas que le terrorisme redresse à nouveau la tête » et que le gouvernement remplacerait le PTA par des lois anti-terrorisme de type britannique.

Un groupe de députés de l’opposition menés par l’ancien président Rajapakse a dénoncé le gouvernement, affirmant qu’il créait les conditions pour la soi-disant réémergence du « terrorisme » du LTTE.

Rajapakse a demandé au gouvernement de « ne pas cacher la vérité [concernant la ceinture d’explosifs trouvée par la police] au peuple. » La semaine passée, l’ancien ministre des Affaires étrangères, G. L. Peiris avait accusé Colombo de réduire la sécurité autour de Rajapakse alors que le LTTE était en train de « renaître. »

Le parti d’opposition Alliance nationale tamoule (TNA), un groupement de partis tamouls bourgeois, soutient la répression de la police et de l’armée dans le nord et l’est tout en exprimant poliment des inquiétudes sur la façon dont les arrestations avaient eu lieu. Le TNA soutient le gouvernement Sirisena-Wickremesinghe appuyé par Washington et souscrit entièrement aux objectifs géopolitiques et aux intérêts américains dans l’Océan indien.

Le député TNA M.A. Sumanthiran, a dit à Ceylon Today, que les techniques utilisées pour arrêter d’anciens cadres du LTTE « permettraient à des éléments anti-sociaux d’adopter les mêmes méthodes… à l’image de ce qui s’était produit dans le passé avec ‘les enlèvements à la fourgonnette blanche’. » Ceci, a prévenu Sumanthiran, « créerait une situation où tout est permis ». Il a souligné que « le TNA ne s’immisçait pas dans les affaires de défense et de sécurité du pays. »

La répression d’Etat dans le nord et l’est du Sri Lanka et la campagne menée par le gouvernement et l’opposition pour attiser le communautarisme anti-tamoul est une attaque contre la classe ouvrière et les pauvres, tant cinghalais que tamouls. La répression coïncide avec l’accord conclu par le gouvernement sri lankais pour imposer un nouveau train de mesures d’austérité dictées par le Fonds monétaire international (FMI).

Le gouvernement Sirisena-Wickremesinghe et tous les partis de l’élite politique sri lankaise craignent que l’imposition des coupes sociales dictées par le FMI ne provoque une action de masse unifiée des travailleurs dans toute l’île. La promotion du communautarisme anti-tamoul est une bonne vieille méthode pour tenter de diviser et d’affaiblir la classe ouvrière.

(Article original paru le 11 mai 2016)