La chasse aux sorcières contre l’influence chinoise en Australie

Par Peter Symonds
15 septembre 2016

L'éruption d'une campagne anti-chinoise dans la classe politique et les médias australiens, visant à diffamer quiconque qui ne soutient pleinement le «pivot» de Washington contre Pékin, est un avertissement pour les travailleurs, en Australie et à travers le monde. Les préparatifs pour une guerre en Asie sont à un stade avancé.

Une première « révélation » de paiements par un homme d'affaires chinois à un député travailliste, Sam Dastyari, a provoqué une véritable chasse aux sorcières. Tout dirigeant politique ou économique soupçonné de manquer d'enthousiasme envers l'alliance militaire avec les États-Unis, ou envers la campanne contre les opérations de Pékin en mer de Chine méridionale, se trouvait ciblé.

La diatribe la plus explicite était celle du rédacteur de la rubrique internationale du Sydney Morning Herald, Peter Hartcher. Singeant le style de Mao, il a lancé une « campagne contre les quatre nuisibles » pour éradiquer les « rats, mouches, moustiques et moineaux » et « se défendre contre l'influence étrangère ». Il dénonce hystériquement les « rats » tels que Dastyari, « les mouches » (les supposés dupes involontaires de Pékin, dont l'ancien ministre des Affaires étrangères Bob Carr), et « les moustiques », des patrons qui seraient redevables à la Chine, dont les milliardaires Kerry Stokes et James Packer.

Hartcher traitait de «moineau» pourvoyeur d'influence chinoise non seulement toute organisation sino-australienne mais quiconque aurait des origines chinoises. Il y en Australie a un demi-million de résidents australiens nés en Chine, 150.000 étudiants chinois, et beaucoup d'autres personnes d'origine chinoise. Une pareille hystérie anti-chinoise ouvre la voie à des descentes de police et des arrestations en cas de guerre, comme lors de l'internement de masse des «étrangers ennemis» en Australie pendant les deux guerres mondiales.

Les dirigeants ciblés par Hartcher ne sont nullement hostiles à l'alliance australo-américaine. Ils craignent qu'une confrontation avec la Chine pourrait nuire aux relations avec un pays qui est le premier partenaire commercial de l'Australie.

L'insinuation la plus sinistre, apparue dans l'Australian Financial Review la semaine dernière, laisse entendre que le Premier ministre Malcolm Turnbull ne jouirait pas de la confiance des renseignements australiens, à cause de ses intérêts commerciaux en Chine. Quand Obama a annoncé le «pivot» devant le Parlement australien en 2011, Turnbull a émis quelques critiques et a proposé d'arranger les choses avec Pékin. Depuis son entrée en fonction en septembre dernier, il s’est conformé à la ligne américaine en mer de Chine méridionale, mais sans autoriser d'opérations « de liberté de navigation » (FONOP) dans les eaux territoriales autour des îlots chinois.

Après l'élection du 2 juillet, remportée de justesse par la coalition libérale-nationale de Turnbull, Washington a fait pression pour que l'Australie mène une FONOP provocatrice en mer de Chine mridionale. Le vice-président américain Joe Biden a visité l'Australie pour souligner que Washington compte bien rester la puissance hégémonique au Pacifique.

Il a dit: « Si je devais parier sur quel pays va décider économiquement au 21e siècle, je dirais les États-Unis. Mais je le dirais autrement: ce n’est jamais une bonne idée de parier contre les Etats-Unis ». De nombreux amiraux et généraux américains s'étaient déjà rendus en Australie pour faire comprendre à Turnbull que Washington s'attendait à ce qu'il envoie un navire australien contester les ambitions territoriales chinoises en mer de Chine méridionale.

La visite de Biden a délenché l'actuelle campagne anti-chinoise, dont le but est de créer un climat délétère permettant à l'Australie d'organiser une provocation FONOP, qui pourrait déclencher des représailles chinoises et un conflit ouvert. De nombreuses histoires sombres et mal documentées circulent sur un prétendu piratage chinois, les dangers que poseraient les investissements chinois pour la «sécurité nationale», et l'influence chinoise en Australie. Dastyari a avoué son «erreur» et a démissionné en tant que porte-parole du Parti travailliste, et les ministres se sont relayés lundi devant le parlement pour dénoncer « Shanghai Sam ».

« L’Influence chinoise » est dérisoire par rapport à l'influence dont jouissent les USA auprès de la classe politique et de l'appareil d'Etat australiens depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2010, une poignée de décideurs travaillistes et syndicaux, identifiés ultérieurement en tant que «sources protégées» de l'ambassade américaine, a dirigé un putsch qui a évincé Kevin Rudd en tant que premier ministre. Ce dernier avait froissé Obama en préconisant un arrangement diplomatique entre les USA et la Chine.

C'est ce même appareil pro-américain qui se précipite pour dénoncer les sections de l'élite politique et patronale qui appellent à la prudence à une politique modérée envers la Chine. L'incitation à la xénophobie anti-chinoise répond aussi aux besoins de la classe dirigeante, qui veut détourner les énormes tensions sociales vers l'extérieur, contre un «ennemi étranger».

Alors qu’aux États-Unis et en Europe, la Russie sert de principale cible des calomnies, en Australie, c’est la Chine qui joue ce rôle. La montée de la propagande anti-chinoise reflète l'inquiétude grandissante à Washington que «le pivot» d'Obama contre la Chine a calé. Sur le plan économique, il est peu probable que l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), qui vise à saper l'influence chinoise en Asie, soit ratifié par le Congrès américain. Obama n'a pas non plus convaincu le récent Sommet de l'Asie orientale au Laos de confronter la Chine sur la mer de Chine méridionale.

Comme l'a dit Biden lors de sa visite, les États-Unis ne comptent pas renoncer à leur position dominante au Pacifique. Ils insistent maintenant pour que l'Australie intervienne et conteste les prétentions chinoises en mer de Chine méridionale. Ceci augmenterait considérablement les tensions régionales et fournirait un soutien dont Washington a grandement besoin ; si Pékin devait réagir militairement, cela fournirait un prétexte pour une réaction plus agressive. L'impérialisme australien, qui dépend des États-Unis pour avancer ses intérêts en Asie et à travers le monde, les a aidés dans pratiquement tous les grands conflits depuis la Deuxième Guerre mondiale – des guerres de Corée et du Vietnam aux récentes interventions au Moyen-Orient.

La férocité des dénonciations de dirigeants politiques et de riches hommes d' affaires souligne l'intensité des tensions géopolitiques dans la région, alors que les Etats-Unis et leurs alliés se préparent à une guerre contre la Chine. C'est également une mesure de la peur parmi les cercles dirigeants du sentiment anti-guerre chez les travailleurs, qui montera à mesure que le danger de guerre deviendra plus imminent.

La classe ouvrière australienne, comme ses homologues en Chine, au Japon, aux États-Unis et dans le reste du monde, n'a aucun intérêt à appuyer un conflit entre des puissances nucléaires. Sa réponse à la menace de guerre est la lutte politique menée par le Parti de l'égalité socialiste et ses partis frères au sein du Comité international de la Quatrième Internationale pour construire un mouvement international anti-guerre et mettre fin au capitalisme et son système dépassé d'Etats-nation.

(article paru en anglais le 14 septembre 2016)