Des centaines de milliers se mobilisent à nouveau contre la loi Travail

Par V. Gnana et Stéphane Hugues
19 septembre 2016

Il y avait 169 manifestations à travers la France hier, y compris à Paris ; des grèves sont frappé de nombreux secteurs, dont les compagnies aériennes et les transports en commun. Selon les syndicats, 170.000 manifestants auraient défilé à travers le pays, nombre que la police évaluait à 78.000, les étudiants ayant rejoint les manifestatoins en grand nombre.

Belfort a été un point focal des manifestations, car Alstom menace d'y fermer une usine de locomotives. Alstom a fabriqué son premier train à vapeur à Belfort en 1880, et quelque 400 emplois sont menacés. Les manifestants ont défilé à travers de la ville en scandant : « Alstom est Belfort, Belfort est Alstom. »

Des étudiants de Jussieu en lutte

Des échauffourées ont éclaté dans plusieurs villes, dont Paris ; 62 personnes ont été arrêtées et 32 mises en garde à vue. Cinq policiers ont été blessés à Paris, dont un par cocktail Molotov, malgré le fait que la police avait arrêté et fouillé les manifestants qui arrivaient place de la Bastille pour la manifestation.

Alors que les manifestations recommencent contre la loi travail, les travailleurs et les jeunes hostiles à la loi font face à une opposition encore plus explicite de la part des syndicats et des partis politiques de pseudo-gauche, qui sont de longue date des alliés politiques du PS.

Les syndicats ont négocié la loi travail, qui leur permet de négocier des conventions violant le Code du travail, avec le gouvernement PS et le patronat, avant d’organiser des manifestations contre la loi après, à partir du printemps. Leur but dans les manifestations n'était pas de bloquer la loi, mais de maintenir le contrôle politique des luttes ouvrières contre la politique d’austérité du PS, de sorte que la loi puisse passer. Maintenant que le PS a fait adopter la loi, ils sont encore plus explicitement hostiles aux manifestations.

Des responsables CGT, FO, et Solidaires

« Pour le moment, a dit le chef du syndicat FO Jean-Claude Mailly, on lève le pied sur les manifs, on ne va pas en faire toutes les semaines. Il y a d’autres manières de combattre la loi travail. Il y a notamment les aspects juridiques : les services de FO travaillent sur tous les recours juridiques. »

La CGT quant à elle a indiqué également qu'elle espérait arrêter les mobilisations nationales contre le loi travail. Selon son chef Philippe Martinez, la confédération stalinienne entend entend toujours « faire barrage » à cette « loi scélérate » en recourant à d’autres « axes de mobilisation ».

Par contre, les reporters du WSWS ont parlé à des manifestants à Paris qui ont dénoncé le gouvernement PS et son programme d’austérité.

Frederico a dit : « La loi travail, je l’ai lue. Je pense qu’en fait les différents articles qui sont dedans, ils vont à l’encontre des interêts des travailleurs français, que ce soit l’ouvrier ou le cadre, de toute les classes. Je pense que c’est un pas en arrière pour toute la France, parce que depuis 200 ans on lutte pour améliorer les conditions sociales ».

Il a fait observer que la population a été complètement déçue par le PS : « D’abord on a eu le mariage gay. C’était un grand pas en avant en France, c’était bien, sauf qu’au fur et à mesure, on s’est rendu compte que ils n’étaient pas capables de gérer l’économie française, parce que l’austerité ça n’a servie à rien pendant ces années ».

La police fouille des jeunes arrivant aux manifestations

Son ami Hannah a critiqué « les politiques qui veulent faire de la France un endroit attractif financièrement. Mais il y a quand même une population, on élit les politiques, et ce n’est pas pour se faire, excusez-moi le terme vulgaire mais, un peu baiser par les politiques ».

Elle a ajouté que le PS « vire carrément à droite » : « Je pense qu’il doit avoir une reforme politique fondamentale parce que le socialisme ce n’est plus un vrai socialisme ; les partis politiques se rejoignent tous. C’est une alignement des partis politiques pour le profit et l’intérêt ».

Le WSWS a également parlé à Leila, une étudiante. Elle a dit que cela fait « 4 mois qu’on était dans les rues avant les vacances pour contrer cette Loi de Travail. On n’en veut pas, et on est plus de 70 pour cent de la population à pas en vouloir, et pendant les vacances [Premier Ministre] Manuel Valls et tout le gouvernement ont profité pour faire passer le 49.3 [afin d'éviter le vote sur le projet de loi à l’Assemblée nationale] pour la troisième fois. Moi, je pense que ça suffit et maintenant c’est une question de révolte dans la rue ».

Leila a dénoncé l’état d’urgence en France, imposé après les attentats du 13 novembre à Paris, dont le PS et de la police se servent comme justification pour attaquer les manifestations contre la loi travail depuis le printemps. L’état d’urgence était mis en place après les attentats », a déclaré Leila, c’est une très bonne excuse pour pouvoir mettre la main sur le peuple et d’interdire de nous rassembler par exemple ».

Une barricade de police

Elle a ajouté : « Moi je ne me mettrais jamais à casser les choses. Mais, bon, moi, je comprends tout à fait les gens qui en sont arrivés là parce que c’est absoluement pas possible d’être aujourd’hui contrôlé comme on l’est. On n’est pas des criminels. On est juste des gens pas contents de cette Loi Travail et du système politique ».

Leila a vivement critiqué le rôle réactionnaire du PS, élu en 2012 en promettant de modifier les politiques d’austérité du gouvernement de droite précédent, mais qui a ensuite attaqué les travailleurs encore plus. Elle dit : « aujourd’hui parce que ça soit droite ou gauche je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’il n’y a plus de droite, qu’il n’y a plus de gauche et que on est tous dans la même merde ».

Sur le PS, elle a dit, « Pour moi il faut le dissoudre. Il faut partir totalement sur des bonnes bases. Tout le corps politique est corrompu aujourd’hui. Il n’y plus rien. On est manipulé – regardez les média ce qu’ils font. Les gens ne sont pas ici que pour la Loi Travail, ils sont ici pour tout. Ils en ont marre. La Loi de Tavail est un prétexte pour descendre dans la rue. Les gen descendent dans la rue parce que ils ont marre ... ».

(Article paru d’abord en anglais le 16 septembre 2016)