La fermeture du camp de Calais encourage les menées anti-réfugiés néofascistes

Par Francis Dubois
9 novembre 2016

Dans le cadre de la destruction du camp de réfugiés de Calais, le Front national (FN) a multiplié ses attaques contre les réfugiés déjà présents dans des villes ou villages de diverses régions en France et ceux qui y sont transférés dans des « structures d‘accueil ».

C‘est ainsi que le 17 octobre, le FN du département des Hautes-Pyrénées publiait sur sa page Facebook un message dénonçant agressivement la présence de « migrants clandestins » à Lourdes. Elle donnait les adresses où se trouvaient des réfugiés, dans une tentative à peine dissimulée de provoquer des attaques physiques contre eux, ce que confirment des commentaires suite à cette annonce comme: « Flinguer ces fils de putes ».

Dans la ville de Béziers, dont le conseil municipal a une majorité « apparentée FN » depuis les élections municipales de 2014, celui-ci a approuvé à une large majorité le 19 octobre la tenue d‘un «referendum » sur l‘installation de nouveaux migrants dans la ville.

Plus tôt en octobre, le maire de la ville, Robert Ménard, avait lancé une campagne anti-migrants au moyen d‘affiches truquées montrant une masse de réfugiés montant dans un train en Macédoine et dont les wagons portaient la destination « Béziers ».

Le 5 juillet dernier, le tribunal administratif de Montpellier avait déjà annulé la décision du conseil municipal de créer une « garde biterroise », c‘est à dire une milice locale d‘extrême-droite. Ménard avait lancé sa campagne par une affiche en ligne évoquant l‘« Etat d‘urgence » et destinée à recruter des volontaires. En 2015, il avait déjà ordonné le fichage des écoliers de confession musulmane fréquentant les établissements scolaires de la ville.

En septembre dernier, le tribunal administratif de Grenoble avait annulé une décision du conseil municipal d‘une commune de la Drôme, Allex, de tenir un referendum sur l‘installation de quelques réfugiés dans un château désaffecté situé non loin.

Les auteurs de ces initiatives jouissent du soutien plus ou moins ouvert de la classe politique.

Mi-septembre, le président Les Républicains de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, avait appelé les maires à refuser l’accueil des migrants de Calais. Cette région devait accueillir 1.784 migrants, selon un plan de répartition du gouvernement.

Alors que les manifestations anti-migrants organisées par le FN jouissent d’une grande et immédiate publicité de la part des médias, la forte et instinctive sympathie vis-à-vis des migrants d’une très grande partie de la jeunesse et de la population est elle, systématiquement tue par les organes de presse.

Ceux-ci se sont néanmoins sentis obligés de rapporter certaines manifestations de soutien aux réfugiés qui se sont déroulées ces derniers jours, certes avec des forces politiques cherchant à empêcher une expression incontrôlée de sympathie pour les migrants directement dirigée contre le gouvernement Hollande.

Les médias ont rapporté entre autre une manifestation à Marseille le 4 novembre, contre le rassemblement anti-immigrés organisé par le maire FN des 13e et 14e arrondissements, Stéphane Ravier. Celui-ci ne réunit que 150 participants contre 350 aux contre-manifestants, selon la police.

Le même jour, le FN dut annuler un rassemblement anti-réfugié dans la ville de Saint- Martin d’Heres près de Grenoble, dû à une contre-manifestation qui réunit plusieurs centaines de personnes.

Le 23 octobre, déjà 2.000 personnes avaient participé à un rassemblement sur le Mont Menzenc en Auvergne, contre le refus du président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Wauquiez, d’y accueillir des migrants. A Paris des manifestations de solidarité avec les migrants ont eu lieu contre le tout récent démantèlement du camp de réfugiés de la Place Stalingrad. Le 31 octobre, une rafle contre des migrants avait du être abandonnée devant la résistance des réfugiés et de membres de la population.

Les manifestations anti-migrants sont directement encouragées par la politique ouvertement anti-réfugiés du gouvernement PS. L‘assaut donné au camp de réfugiés de Calais est non seulement un attaque fondamentale contre les droits démocratiques des réfugiés et le droit d‘asile, mais la réalisation d‘une des revendications-phares des néo-fascistes.

Outre donner à la police (qui vote à plus de 50 pour cent pour le FN) un rôle encore plus central dans la politique du pays, elle place au centre de la campagne électorale l‘opposition aux réfugiés et aux migrants – au détriment de toutes les autres questions essentielles, le chômage et la pauvreté croissants, l‘inégalité, les préparatifs de guerre et l‘attaque des droits démocratiques. Ceci constitue une aide considérable au parti néo-fasciste et renforce sa position pour l‘élection présidentielle.

Les campagnes contre les réfugiés et l‘organisation de violence contre eux préparent l‘attaque de la classe ouvrière toute entière.

Les organisations de la pseudo-gauche comme le NPA, les syndicats et leurs différents « collectifs » comme SOS Racisme (étroitement lié au PS), Ensemble (lié au Parti de gauche et aux staliniens du PCF), qui prétendent s‘opposer au FN, sont farouchement opposés à une mobilisation de la classe ouvrière pour la défense des réfugiés.

En plus de leur perspective foncièrement nationaliste, elles soutiennent toutes depuis des décennies une politique basée sur la petite-bourgeoisie nantie, prônant diverses formes d‘« identité » (femmes, minorités ethniques, séparatisme etc.) et viscéralement opposée à une mobilisation politique de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Nonobstant leurs échauffourées occasionnelles avec le FN, elles ne sont pas une alternative au projet de l‘aristocratie financière française d‘établir une dictature dont les néofascistes doivent être le fer de lance. Elles empêchent au contraire toute opposition de classe à cette politique.

La manifestation organisée par SOS Racisme, le PCF et Entente à Béziers, le jour où le conseil municipal votait son référendum anti-réfugiés en est un bon exemple.

Sa principale perspective était le soutien aux élus municipaux (PS entre autre) qui en appelaient eux, à l‘intervention de l‘État (préfet et tribunaux). Dans une tentative de donner de la crédibilité à de telles actions, Ensemble met en avant une unité de toutes les « forces démocratiques ». L’« unité des démocrates » est une autre version du « front républicain » mis en avant par le PS, LR et d’autres partis bourgeois. Elle sert à faire appel au PS, le principal responsable de la politique anti-réfugiés et aux éléments dans LR comme Alain Juppé, qui avance un programme de vastes attaques contre la classe ouvrière sous couvert d’une campagne électorale du « tout sauf Le Pen ».

Qu‘il y ait une vaste opposition dans la jeunesse et la population en général aux attaques contre les réfugiés ne fait aucun doute. Que la classe politique, dont le FN, craint une mobilisation de la classe ouvrière contre ces attaques a été révélé involontairement dans le commentaire d‘un responsable FN de la mairie du 13e arrondissement de Marseille (taux de chômage 19%), Daniel Lamy, le 25 octobre lors de l‘arrivée de réfugiés dans cette commune : « En même temps, ce serait dangereux de manifester ici. Vous avez vu la cité à côté?»