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Les forces de l'ordre attaquent les manifs contre la Loi El Khomri et interpellent des centaines d'étudiants

Par Alex Lantier et Senthooran Ravee
6 avril 2016

Après les manifestations de jeudi contre la réforme du droit du travail, lors desquelles plus d'un million de travailleurs et de jeunes ont défilé, les forces de l'ordre ont violemment attaqué des manifestations contre la Loi El Khomri à travers la France hier.

Les forces de l'ordre bloquent les cortèges qui quittent la Place de la Nation à Paris

Une profonde colère sociale se développe parmi de larges couches de travailleurs et de jeunes. La Loi El Khomri augmenterait le temps de travail de deux heures par jour, précariserait les jeunes travailleurs, et permettrait aux syndicats et au patronat de négocier des accords qui violeraient le Code du Travail. Ceci dégoûte de larges couches de travailleurs hostiles au gouvernement PS et à François Hollande.

Les forces de l'ordre ont réprimé agressivement les manifestations à travers la France hier. Dans de nombreuses villes, les syndicats n'ont fait très peu ou pas d'effort pour mobiliser les travailleurs en défense de manifestations dominées par les étudiants et les lycéens. Les forces de l'ordre les ont attaquées pour tenter de dissuader les jeunes de rejoindre la prochaine large mobilisation, le 9 avril.

A Lyon, quelques responsables syndicaux ont participé à la manif pour essayer de la contrôler en collaboration avec les CRS. Les forces de l'ordre ont bloqué la manif, provoquant des cris « Etat d'urgence, Etat policier ». Elles ont permis aux cortèges d'avancer plus tard, « étant donnée la prise en main par les organisations syndicales ». Plusieurs étudiants ont été arrêtés, dont un menotté et un autre violemment matraqué, dans des heurts à la fin de la manifestation.

A Paris, 130 étudiants ont été interpellés lors à manifestation qui partait de la Place de la Nation. Avant les manifestations à Nation ainsi qu'à la Place de la Bastille, on pouvait voir de larges contingents de policiers en civil qui discutaient avec leurs collèrues lourdement armés, avant de partir et d'essayer de se fondre dans les foules.

Les forces de l'ordre ont entouré le cortège après qu'il a quitté la Place de la Nation, pour le scinder en deux et puis l'attaquer violemment, en le chargeant de derrière. Ils ont interpellé les manifestants pour des raisons « d'identification ». Au moins un étudiant saignait violemment du crâne après avoir été matraqué.

Les reporters du WSWS ont interviewé des manifestants à Nation et à Bastille. A Nation, le WSWS a parlé à Ada, qui prépare un bac pro et fait un stage dans une usine en région parisienne. « Je m’oppose à la loi du travail pour les salariés et pour nous, [les étudiants] plus tard », a-t-elle dit.

Sur l'impact qu'aurait la Loi El Khomri sur les lieux de travail, elle a dit, « Je pense que ce sera plus encadré, par ce que la section [des travailleurs] sans CDI, eux ils vont être dans la merde. Ça va plus nous séparer ... On va être chacun de leur côté et ça va être ridicule parce que on doit être tous ensemble ».

Ada a critiqué toute tentative de faire monter la durée du travail : « Je suis en stage dans une usine là, et il n’y a pas de travail. Ils sont obligés de venir 7 heures par jour, parce que sinon ils ne sont pas payés. Du coup ils n’ont pas de travail et ils se font chier pendant sept heures, mais ils ont un travail. Du coup, s’ils augmentent le temps de travail, il se feront chier encore plus longtemps ... »

Sur l'état d'urgence, Ada a dit, « C’est ridicule ... Par exemple, si quelqu’un n’a pas d’arme et que [les forces de l'ordre] pensent qu’il va faire quelque chose qui va nuire aux autres, ils peuvent le frapper pour aucune raison, et je trouve ça ridicule. Aussi ils peuvent rentrer chez les gens sans mandat, et chacun a droit à une vie privée ».

Sur la présence des policiers aux manifestations, elle a dit, « Je trouve ça stressant. Ça amène une sorte de tension. Tous les jeunes s’énervent encore plus dès qu’il y plus de policiers. Du coup ça n’amène que de la merde, quoi. Ça amène une sorte de mauvaise entente, on n’a pas le droit de sortir du cortège. Dès que on est dedans, si on veut partir ou si l’on veut entrer dans un café on se fait frapper sans raison »

Elle a ajouté, « Moi, j’ai vu un mec qui s’est fait amener par les keufs. J’ai eu peur pour lui parce que je ne voulais pas qu’ils le frappent, et je savais que si je restais devant lui ils ne frapperaient pas forcément parce que moi je serais là pour regarder et après de leur dire qu’il ne peuvent pas frapper les gens comme ça sans raison ».

Le WSWS a également interviewé un trio de lycéennes du lycée Sophie Germain qui manifestaient à Nation. Elles ont dit, « là maintenant aujourd’hui ça fait un mois et quelque qu’on manifeste et s’est devenu plus que simplement quelque chose sur la loi du travail. C’est une conséquence des actions du gouvernement ces dernières années ».

Trois lycéennes du lycée Sophie Germain

Interrogées sur ce qui leur déplaisait dans l'action du PS, elles ont répondu, « Après il y a la loi du travail en elle-même où il y a certains articles qui sont inadmissibles, comme le plafonnage des indemnités. Il y certains qui ont été modifiés grace aux manifestations ».

Une a ajouté, « Généralement, toutes les belles paroles des politiques : Oui on va faire ci on va faire ça ; aider la jeunesse. Hollande l’a dit nos projets c’est la jeunesse, etc. Et qu’est qu’il fait ? Il fait des lois qui ne vont pas assurer nos avenirs ».

Les lycéennes ont exprimé des opinions diverses sur l'état d'urgence, l'une a commencé en disant que « ça permet d’assurer la sécurité de la population, mais il ne faut pas abuser non plus ». Sa camarade a dit par contre que c'est « un prétexte pour faire d’autres choses qui arrangent le gouvernement ». La troisième a ajouté que cela « permet de passer plein d’autres choses qui les arrangent, notamment pour freiner des manifestations, soi-disant il y a l’état d’urgence donc on ne peut pas aller manifester, ce qui est totalement débile ».

Le WSWS a aussi parlé à Nathan, qui a dit qu'il espérait que les manifestations continueraient « jusqu au printemps, on n'abandonne pas ... tout le printemps on serait en lutte ».

Il a dit, « Je pense que la grève generale se développe dans tous les facs et les lycées et dans les lieux de travail, pas forcement dans les bureaux. J'apporte aussi un message fort vis-à-vis des travailleurs. On peut gagner quand on reste ensemble ».

Il s'est désolé pourtant qu'il « n'y a aucun parti [politique] qui propose la greve generale ».

Sur le PS, il a dit « Ça fait bien longtemps qu'ils ont trahi, ce n'est pas une surprise qu'ils ont trahi maintenant. Ils sont integrés dans la machine, en fait ils appliquent une politique de droite et ce n’est pas étonnant ».

Il a dit que la société française devient « plus sévère, plus sécuritaire », et il s'est opposé à toute tentative d'utiliser ce revirement pour « bombarder et massacrer les populations au Moyen Orient ».

Il a ajouté, « C'est clair, derrière l'état d'urgence, c'est protéger l'Etat et le patronat, pour augmenter les moyens de répression contre le mouvement social. Il faut commencer la lutte contre très sérieusement, ce sont des stratégies pour attaquer violemment le mouvement social ».