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France : La vague de grèves contre la loi travail prend de l’ampleur

Par Kumaran Ira
3 juin 2016

Les grèves se multiplient en France dans les transports en commun, les centrales nucléaires et l’aviation civiles qui rejoignent les grévistes dans les raffineries de pétrole contre la loi travail « El Khomri » du Parti socialiste.

Les cheminots de la SNCF ont commencé une grève reconductible mardi soir, alors que les travailleurs du métro parisien et du réseau RER commencent leur grève illimitée aujourd’hui. Les syndicats de pilotes d’Air France ont appelé à une grève à commencer la semaine prochaine.

Mercredi, les services ferroviaires nationaux et régionaux de la SNCF ont été touchés par des grèves tournantes, affectant de près de la moitié des services ferroviaires à l’échelle nationale. C’est le huitième jour de grève à la SNCF depuis le début de mars, et la première fois que les cheminots ont voté la grève reconductible. En plus de s’opposer à la loi travail, les cheminots se battent aussi contre des modifications du temps de travail et les conditions du travail.

Le débrayage a interrompu la circulation de quelque 40 pour cent des TGV et jusqu’à deux tiers des services sur d’autres lignes et a perturbé les services Thalys vers la Belgique et les Pays-Bas. Dans la région de Paris, seulement 40 pour cent des trains circulaient, tandis que 45 pour cent circulaient dans d’autres régions. La SNCF a annoncé que près de 17 pour cent de ses effectifs ont rejoint la grève, contre les 10 pour cent ayant débrayés la semaine dernière.

Les trois principaux syndicats de la SNCF, avec la Confédération générale du travail stalinienne en tête, ont appelé à une grève reconductible, tandis que le CFDT proche du Parti socialiste (PS) a retiré son préavis de grève après avoir affirmé qu’il a réussi à obtenir des concessions du PS.

« Cette semaine va être la semaine la plus forte de mobilisation depuis trois mois maintenant », a déclaré le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez.

Mercredi, le syndicat des pilotes d’Air France (SPAF), qui représente environ un quart des pilotes d’Air France, a lancé un préavis de grève de deux à quatre jours à prendre effet la fin de la semaine prochaine. Ces appels de grève surviennent après le syndicat majoritaire des pilotes le SNPL, a voté massivement en faveur d’une grève de six jours. Les pilotes protestent contre des réductions de salaire.

Les multiples grèves surviennent au moment où les travailleurs des raffineries de pétrole maintiennent la grève contre la loi travail qui a causé des pénuries de carburant à travers la France la semaine dernière. Le gouvernement avait envoyé les CRS pour briser violemment les blocages des dépôts pétroliers par les travailleurs.

Quatre des raffineries de Total restent encore stoppées. Environ 20 pour cent des stations de services étaient en pénuries où totalement à sec mardi.

Mercredi, les travailleurs au terminal pétrolier du Havre, qui gère 40 pour cent des importations françaises, ont voté pour continuer la grève jusqu’à lundi. Les travailleurs du secteur nucléaire ont également voté en faveur d’une grève.

L’intensification des mouvements sociaux indique une opposition profonde à la loi travail qui permet aux entreprises une plus grande flexibilité pour licencier les travailleurs, prolonger la semaine de travail et de réduire les salaires, conformément au programme d’austérité du PS. Le gouvernement a fait un passage en force du projet de loi à l’Assemblée nationale sans vote contre l’opposition populaire écrasante.

Le gouvernement a maintes fois promis qu’il ne reculerait pas sur cette contre-réforme. Lundi, le président François Hollande a dit à Sud-ouest, « Le projet de loi ne sera pas retiré. La philosophie et les principes de l’article 2 seront maintenus. Cet article prévoit que l’accord d’entreprise, pour être valide, devra être approuvé par les syndicats qui représentent une majorité de salariés. C’est un verrou très sérieux ! »

À mesure que la colère de la classe ouvrière s’intensifie, les syndicats sont obligés d’appeler à la grève pour garder le contrôle politique sur les grèves et éviter d’être débordé par le sentiment militant de la classe ouvrière. Leur crainte, c’était l’irruption de grèves sauvages contre la loi malgré eux.

Après avoir adopté l’air d’un opposant à la loi et demandé brièvement son retrait, la CGT a commencé à atténuer son opposition verbale à la loi, que la CGT a aidé à négocier avec le gouvernement dès le départ. Le Premier ministre Manuel Valls a parlé au téléphone avec le chef de la CGT Philippe Martinez, qui a refusé de commenter publiquement sur le contenu des pourparlers « secrets » qu’il a eu avec Valls.

Mercredi, Le Monde s’est interrogé : « La CGT est-elle en train de changer de stratégie dans son combat frontal contre la loi travail ? », en poursuivant, « La question se pose depuis les déclarations de son secrétaire général, Philippe Martinez, lors d’un débat sur RTL, lundi 30 mai, avec Laurent Berger, le numéro un de la CFDT. Interrogé sur la question de savoir si le retrait du texte est toujours un “préalable” à l’ouverture de discussions avec le gouvernement, M. Martinez a répondu : « Il n’y a aucun préalable. On attend depuis trois mois pour pouvoir discuter ». Il a ajouté qu’ « une solution acceptable » est cherchée ».

Le journal a rapporté que de hauts responsables de la CGT étaient à la recherche « d’une sortie de crise. » Une source proche de la direction de la CGT a déclaré au journal, « Philippe Martinez a compris qu’il ne pouvait pas tenir indéfiniment sur une ligne consistant à exiger le retrait du texte. »

Ces événements confirment pleinement l’analyse du WSWS de la traîtrise des bureaucraties syndicales et de leurs partisans parmi les partis de pseudo-gauches, tel le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui sont entièrement hostiles à la classe ouvrière et à ses luttes.

Alors que de larges sections de la classe ouvrière entrent en lutte, la lutte contre le programme d’austérité et de la guerre du PS doit être organisée indépendamment des syndicats et leurs alliés politiques. Tant que les luttes ouvrières restent sous leur contrôle, ils chercheront à diviser, à saboter et à trahir les mobilisations successives de la classe ouvrière, quand elles éclatent, tout en permettant aux pouvoirs répressifs de l’État d’être mobilisés contre les grévistes, comme les médias et la classe dirigeante l’exigent de plus en plus.

Alors que les syndicats se préparent à trahir les luttes ouvrières, les médias et la classe dirigeante dénoncent les grévistes comme des terroristes et des menaces à la sécurité nationale. Hier, Franz-Olivier Giesbert a écrit un éditorial dans Le Point intitulé, « Ne cédons pas à la CGT, saperlotte ! »

Giesbert a comparé d’une façon provocatrice, la CGT avec l’État islamique. Tout en reconnaissant qu’une telle comparaison « peut paraître scabreuse,» il a enchaîné en dénonçant les grévistes ainsi : « La France est soumise aujourd’hui à deux menaces qui, pour être différentes, n’en mettent pas moins en péril son intégrité : Daech et la CGT ».

(Article paru en anglais le 2 juin 2016)