Hollande donne à l'armée et au renseignement le « feu vert pour tuer »

Par Kumaran Ira
13 janvier 2017

La semaine dernière, Le Monde a publié des extraits d’Erreurs fatales, livre publié il y a une semaine par le journaliste d’investigation Vincent Nouzille. Après son premier livre sur ce sujet en 2015, Les Tueurs de la République, Nouzille donne de plus amples détails dans son nouveau livre sur la façon dont le président François Hollande et le personnel de l’armée ordonnent régulièrement des meurtres extrajudiciaires, y compris de citoyens français. 

Selon Erreurs fatales, le gouvernement du Parti Socialiste (PS) a considérablement intensifié le programme d’assassinats de l’État français qui a assassiné au moins 40 personnes sur la « liste de mise à mort » d’Hollande. Ce programme, mené dans le dos du peuple français et violant les règles constitutionnelles fondamentales dans un pays où la peine de mort est illégale, souligne les dangers énormes que pose la crise de la démocratie française.

Nouzille écrit : « Depuis son élection en mai 2012, François Hollande entend incarner une politique plus martiale que ses prédécesseurs, quitte à en payer le prix et à sortir du strict cadre de la légalité. Ainsi, il a décidé de riposter de manière systématique aux prises d’otages et aux attentats qui touchent des Français dans le monde ». 

Hollande a donné un feu vert à l’armée et à l’agence de renseignement externe, la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), pour tuer des individus identifiés comme HVT (High Value Targets – Cibles de grande valeur) ou High Value Individuals (HVI – Individus de grande valeur).

Le quotidien français Le Monde a écrit : « Entouré de conseillers militaires plutôt enclins à l’action, dont son chef d’état-major particulier, le général Benoît Puga, et les membres du cabinet de Jean-Yves Le Drian, François Hollande a donc donné des consignes claires aux états-majors militaires et à la DGSE sur le sujet : ils ont son feu vert pour tuer à l’étranger, y compris clandestinement, des “chefs terroristes” et d’autres ennemis présumés de la France. »

Dans Les Tueurs de la République, Nouzille expose le programme d’assassinats des gouvernements français successifs. Il a révélé l’existence d’une cellule clandestine dans la DGSE dont les combattants sont formés pour mener des opérations « Homo [c’est-à-dire homicides] ».

Hollande lui-même a avoué qu’il avait ordonné des assassinats ciblés. En parlant aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans leur livre Un président ne devrait pas dire ça, publié en octobre dernier, il a dit : « L’armée, la DGSE, ont une liste de gens dont on peut penser qu’ils ont été responsables de prises d’otages ou d’actes contre nos intérêts. On m’a interrogé. J’ai dit : “si vous les appréhendez, bien sûr…” » a dit Hollande. Il a approuvé au moins quatre assassinats ciblés d’islamistes à l’étranger. 

Nouzille déclare toutefois que l’ampleur du programme a été minimisée : « au moins une quarantaine de HVT ont été exécutées à l’étranger entre 2013 et 2016, soit par les armées, soit par la DGSE, soit encore, plus indirectement, par des pays alliés sur la base de renseignements fournis par la France. Cela représente environ une opération par mois – un rythme jamais vu depuis la fin des années 1950, à l’époque de la guerre d’Algérie ».

Selon Nouzille, les assassinats extrajudiciaires français sont soigneusement préparés, s’appuient sur les renseignements électroniques, l’interrogatoire des prisonniers et les analyses d’imagerie. Une fois identifiée, la cible est suivie afin de choisir le moment le plus opportun pour déclencher l’assassinat.

L’armée française a délibérément ciblé et assassiné extrajudiciairement un Français, Salim Benghalem, près de Raqqa, en Syrie, dans la nuit du 8 au 9 octobre 2015, lors du bombardement d’un camp d’entraînement de l’État islamique (ÉI).

Plusieurs membres de la famille de Mokhtar Belmokhtar, l’islamiste qui a avoué être responsable d’une prise d’otage après l’attaque sur le champ gazier de Tiguentourine près d’Aménas, en Algérie, auraient été tués sur ordre du PS. Ils comprennent Abu Moghren Al-Tounsi, en septembre 2013 ; Fayçal Boussemane et le Mauritanien Al-Hassan Ould Al-Khalil, beau-fils et porte-parole de Belmokhtar, en novembre 2013 ; et le bras droit de Belmokhtar, Omar Ould Hamaha, en mars 2014. 

Le gouvernement PS a défendu et encouragé les exécutions extrajudiciaires, prétendant que cela vise à défendre la population contre une attaque terroriste. Contrairement aux accusations de la part de certains magistrats selon lesquelles Hollande réintroduit effectivement la peine de mort et, en outre, sans procès, Le Monde fait remarquer : « Aux yeux de l’Élysée et des états-majors, à l’inverse, la guerre contre des ennemis lointains et fanatiques justifie la primauté des opérations militaires sur le recours incertain à la justice hexagonale. »

L’admission par Le Monde, journal politiquement aligné avec le PS, du fait que Hollande et ses hauts fonctionnaires ordonnent des meurtres extrajudiciaires de personnes qu’une cour de justice ne condamnerait pas, agissant littéralement comme juge, jury et bourreau, constitue un avertissement à la classe ouvrière. Conformément au passage au meurtre par drone et à la surveillance de masse par le gouvernement américain et ses alliés à travers l’Europe, Hollande octroie des pouvoirs extraordinaires à l’appareil militaire et de renseignement, jetant ainsi les bases de la transformation de la France en un État policier autoritaire. 

La campagne de meurtres d’État se déroule sous un état d’urgence imposé après les attentats terroristes de Paris de 2015 et au cours de la mise en place d’un programme d’espionnage de masse sans précédent par les services de renseignement américains et européens, y compris les services de renseignement français, ciblant l’ensemble de la population. L’observation selon laquelle l’État français assassine des personnes à un rythme inédit depuis la guerre d’Algérie, où il pratiquait la torture de masse contre le peuple algérien, témoigne de l’escalade de la criminalité de la politique officielle française.

Aucune faction de l’élite politique ne fait campagne contre les assassinats arbitrairement décidés par l’exécutif sans même le cache-sexe d’une décision légale. Les exécutions extrajudiciaires sont systématiquement cachées au public. Les partis de pseudo-gauche comme le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), qui ont appelé à un vote Hollande dans les élections présidentielles de 2012 et ont soutenu la guerre en Libye et en Syrie, sont muets sur le programme d’assassinat de l’État français.

Ce programme ne vise pas à arrêter les actions des groupes terroristes islamistes qui continuent d’être des outils de la politique étrangère française et de l’OTAN dans la guerre syrienne et au-delà. L’État français utilise plutôt les activités des réseaux terroristes qu’il connaît bien et qu’il surveille étroitement afin de justifier le renforcement de ses pouvoirs policiers, y compris, le plus menaçant, la capacité du chef de l’État d’ordonner des meurtres à volonté.

Les attaques terroristes à Paris en 2015 ont été commises par des individus, qui comme les frères Kouachi impliqués dans l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, étaient bien connus des services de renseignement français. Les réseaux islamistes dont ils faisaient partie ont été cultivés par la France et d’autres puissances de l’OTAN, alors qu’ils soutenaient divers éléments islamistes dans les guerres de changement de régime en Libye et en Syrie.

S’exprimant jeudi sur Europe 1, Nouzille a déclaré que de nombreux terroristes, du tireur de Toulouse Mohamed Merah aux frères Kouachi qui ont mené l’attentat sur Charlie Hebdo, ont été repérés mais ensuite « déconnectés » par les services de renseignement français.

(Article paru en anglais le 11 janvier 2017)