La Suède rétablit la conscription militaire

Par Johannes Stern
6 mars 2017

Jeudi, le gouvernement suédois a annoncé le rétablissement de la conscription. Ce pays scandinave avec une population de 10 millions d’habitants, qui n’a pas été directement impliqué dans un conflit militaire depuis deux siècles, est en train de se préparer à la guerre contre la Russie.

Les responsables suédois étaient explicites sur le fait que les recrues soient préparées à combattre la Russie. « L’annexion illégale de la Crimée par la Russie [en 2014], le conflit en Ukraine et l’accroissement de l’activité militaire chez nos voisins sont quelques-unes des raisons » du rétablissement du service militaire obligatoire pour la première fois depuis 2010, a déclaré à la BBC un porte-parole du Ministère de la Défense.

Tous les citoyens nés en 1999 et 2000 seront enrôlés dans l’armée l’année prochaine. Sur les 100 000 Suédois qui font partie de cette catégorie, 13 000 devront passer un examen physique et 4000 jeunes hommes et femmes devront alors débuter un service militaire de onze mois dès 1ᵉʳ juillet.

Partout en Europe, les travailleurs et les jeunes devraient considérer cette annonce comme un avertissement, cette décision est soutenue par tous les partis en Suède, y compris le Parti de Gauche suédois. Après deux guerres mondiales dévastatrices au 20ᵉ siècle, même la classe dirigeante de la Suède, ce pays soi-disant épris de paix, recrute de nouveau de la chair à canon pour une nouvelle grande guerre.

Le gouvernement veut « instaurer une méthode de recrutement plus stable et élargir nos capacités militaires parce que la situation de sécurité a changé », a expliqué le ministre suédois de la Défense Peter Hultqvist. « Nous avons eu des difficultés à recruter du personnel pour nos unités de combat sur la base du volontariat et nous devons régler cela d’une manière ou d’une autre. »

Dès la fin de 2016, l’Agence de protection civile suédoise (MSB) avait invité toutes les municipalités à se préparer en cas de guerre. Des abris d’urgence devaient être préparés et des procédures d’évacuation d’urgence devaient être élaborées. Quelques jours plus tard, le premier ministre Stefan Löfven annonçait une nouvelle stratégie de sécurité et une augmentation du budget de la défense. L’armée doit être « renforcée, après avoir été dans l’autre sens pendant de nombreuses années ».

On observe une évolution similaire dans tous les autres principaux pays impérialistes. En Allemagne, le budget de la défense est augmenté, l’armée est renforcée et le rétablissement de la conscription est débattu. Le président Donald Trump avait dernièrement justifié une augmentation de dix pour cent du budget de la défense américain dans les termes suivants : « Nous devons commencer à de nouveau gagner des guerres. »

En Europe, le réarmement massif est dirigé principalement contre la Russie et il est de plus en plus souvent lié à la préparation directe de la guerre. L’OTAN déploie actuellement des troupes de combat et des chars en Europe de l’Est en mettant en place des « groupes de combat » en Lituanie (dirigés par l’Allemagne), en Estonie (Royaume-Uni), en Lettonie (Canada) et en Pologne (États-Unis).

En début d’année, des chars allemands portant la croix de fer, l’insigne conservée par l’armée allemande moderne en dépit de son utilisation tristement célèbre par les nazis, ont roulé en Lituanie, à quelques centaines de kilomètres de la frontière russe.

Des généraux influents de l’OTAN réclament une « grande stratégie » contre la Russie. Dans un entretien accordé jeudi au Financial Times, le général britannique Sir Adrian Bradshaw, qui est également commandant adjoint de l’OTAN en Europe, a déclaré que la Russie restait une menace tant que Vladimir Poutine détenait le pouvoir, affirmant que cela pourrait avoir des conséquences « catastrophiques » si l’Occident n’était pas uni dans sa réponse à un « concurrent » qui détient « tous les leviers du pouvoir entre ses mains. »

Jeudi également, la ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel du Parti social-démocrate (SPD) ont confirmé aux États baltes que l’Allemagne honorerait son engagement envers l’OTAN.

À la base aérienne d’Ämari en Estonie, von der Leyen a déclaré qu’il avait été « important […] qu’au cours de ces dernières années l’Estonie et nos amis de l’alliance aient pu compter fermement sur l’Allemagne et ses engagements et qu’ils pourront également compter fermement à l’avenir sur l’Allemagne et sur ses promesses. ». Et, à Rukla en Lituanie, Gabriel qui s’exprimait devant les premières troupes de combat allemandes stationnées en Europe de l’Est depuis la guerre d’anéantissement de Hitler contre l’Union soviétique, a déclaré : « La sécurité de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie est synonyme de sécurité allemande. »

Les déclarations de Gabriel et von der Leyen soulignent jusqu’à quel point les puissances impérialistes sont prêtes à y aller. L’article 5 du Traité de l’OTAN stipule qu’« une attaque armée contre l’une ou plusieurs [des parties] sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties » et que « si une telle attaque armée se produit, chacune d’elles […] assistera la partie ou les parties ainsi attaquées […] y compris l’emploi de la force armée ».

En clair, si l’un des gouvernements ultra-nationalistes et fanatiquement anti-russes des pays baltes provoquait un conflit frontalier avec la Russie, Berlin et l’OTAN s’engagent alors à faire la guerre contre la deuxième plus grande puissance nucléaire au monde.

Le mois dernier, le World Socialist Web Site avait demandé : Combien de gens mourraient dans un tel conflit ? Très probablement des millions, voire des milliards. Selon un rapport de l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, même un conflit nucléaire « limité » entraînerait plus d’un milliard de décès, principalement en raison de graves perturbations climatiques. Selon l’Académie nationale des sciences américaine (NAS), une « guerre nucléaire totale » causerait directement jusqu’à quatre milliards de morts.

Durant les années qui suivirent la dissolution de l’Union soviétique et le prétendu « triomphe » du capitalisme, de tels scénarios étaient rejetés comme cédant à l’alarmisme d’un temps révolu. Mais, maintenant, comme à la veille de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, la classe dirigeante conclut qu’une nouvelle grande guerre est probable ou même inévitable, et le dit ouvertement.

Dans un éditorial du quotidien allemand Die Welt, intitulé « Le monde face à son moment décisif », l’historien et conseiller politique allemand Michael Stürmer met en garde contre un « cas de figure qui n’est plus impensable, des freins qui lâchent, une perte de contrôle » et « l’ordre mondial n’est rien qu’un vœu pieux. » « Depuis un demi-siècle, la guerre avec la Russie, qu’elle soit accidentelle ou délibérée, n’a jamais été aussi proche qu’actuellement. »

Le danger d’un « moment destructeur » évoqué par Stürmer ne peut être évité que par la construction d’un nouveau mouvement anti-guerre. Il y a un an, le Comité international de la Quatrième Internationale exposait dans une déclaration intitulée Le socialisme et la lutte contre la guerre, les fondements politiques de la construction d’un tel mouvement :

* La lutte contre la guerre doit se baser sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire de la société, ralliant à elle tous les éléments progressistes de la population.

* Le nouveau mouvement anti-guerre doit être anticapitaliste et socialiste, car il ne peut y avoir de véritable lutte contre la guerre sans une lutte qui vise à mettre fin à la dictature du capital financier et au système économique qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.

* Le nouveau mouvement anti-guerre doit donc nécessairement garder une pleine et entière indépendance et hostilité envers tous les partis et organisations politiques de la classe capitaliste.

* Le nouveau mouvement anti-guerre doit surtout être international et mobiliser toute la puissance de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l’impérialisme.

La construction d’un nouveau mouvement socialiste et internationaliste de la classe ouvrière est la tâche politique la plus urgente.

(Article original paru le 4 mars 2017)