La direction du PS propose des sanctions légères contre les soutiens de Macron

Par Antoine Lerougetel
12 avril 2017

Le Parti socialiste (PS), à l’agonie, est travaillé par de profondes divisions. À deux semaines du premier tour des présidentielles, le 23 avril, son candidat officiel, Benoît Hamon, est en cinquième position avec 9 pour cent des intentions de vote, au plus bas de l’histoire du parti. De plus, la majorité du PS affiche son soutien au candidat d’En Marche, l’ex-ministre de l’économie de François Hollande, Emmanuel Macron.

Macron, malgré la fragilité de sa candidature, est tant bien que mal en tête des intentions de vote, devançant de justesse la candidate néo-fasciste, Marine Le Pen. Suivent ensuite Jean-Luc Mélenchon de La France insoumise, qui fait une percée depuis l’attaque de Trump contre la Syrie la semaine dernière, et le candidat du parti Les Républicains (LR), François Fillon.

Le PS suit le chemin du Pasok grec qui, discrédité et haï par les masses de travailleurs grecs pour sa politique d’austérité, s’est effondré et dont le personnel s’est recyclé dans divers autres partis. La tâche que se donne Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, semble être de gérer la « pasokisation » du PS.

Suite aux décisions du Bureau national du jeudi 6 avril 2017, Cambadélis a appelé à « l’unité des socialistes […] derrière le candidat Benoît Hamon ».

Il a pris une série de mesures administratives pour tenter de maintenir l’unité du PS, malgré le fait que de nombreux dirigeants du PS soutiennent Macron. Il a retiré le statut de membre du Bureau national à ceux qui appellent à voter Macron ; interdit une double appartenance au PS et à En Marche ; interdit aux membres du PS de participer aux législatives avec le soutien d’En Marche ; retiré l’investiture du PS des candidats aux législatives qui ont adhéré à En Marche ; et menacé d’exclusion ceux qui se maintiendraient contre des candidats soutenus par le PS.

Ce sont là des positions qui lui laissent le plus de marge de manœuvre possible, mais qui ne le forcent pas à exclure les dirigeants.

France24 a commenté : « Obligé de soutenir officiellement Benoît Hamon malgré ses propres

réserves […] il n’a que des mauvaises solutions à sa disposition. Ne pas sanctionner les soutiens de Macron lui attirerait les foudres des hamonistes. Mais jouer la carte de la fermeté lui ferait prendre le risque de diviser à jamais le parti qu’il dirige. »

Déjà Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, et Ségolène Royal, ministre de l’écologie et ex-candidate présidentielle PS, ainsi que l’ex-maire PS de Paris Bernard Delanoë, ont rejoint Macron.

L’ancien Premier ministre de François Hollande, Manuel Valls, a annoncé son soutien à Emmanuel Macron en déclarant mi-mars : « Je ne quitte pas le PS mais donner mon parrainage à Hamon serait incompréhensible pour les Français ». Il a réaffirmé son choix le 29 mars : « Non, je ne voterai pas pour Benoît Hamon. Cette élection présidentielle est folle et inédite et traduit une décomposition de la vie politique […] Oui, je voterai pour Emmanuel Macron. »

Toutefois, Cambadélis a affirmé vendredi que la circonscription de Valls lui serait toujours réservée s’il voulait se présenter aux élections législatives en juin et qu’il ne savait pas si Valls avait rejoint En Marche ou voulait briguer le siège sous son étiquette.

Seize membres du gouvernement ont déjà été investis pour les législatives, dont Myriam El Khomri (Paris, 18) qui a mené la charge de la Loi travail pour le gouvernement. Plusieurs circonscriptions de ministres sortants ont été réservées en attente de leur décision de se présenter à nouveau ou non. C’est le cas, notamment, de Manuel Valls dans la circonscription de l’Essonne ou de Michel Sapin, ministre de l’économie, dans la 1ʳᵉ circonscription de l’Indre.

Corinne Narassiguin, porte-parole du PS, a indiqué à l’issue du bureau national de jeudi, que « plusieurs dizaines d’élus » ont parrainé Emmanuel Macron, et « quelques autres dizaines » ont appelé à voter en sa faveur.

La mue qu’opèrent les dirigeants du PS en s’orientant vers Macron soulève de profondes questions politiques et historiques. Macron est ouvertement pro-capitaliste, et En Marche rompt avec toutes les velléités de socialisme faussement affichées par le PS depuis sa fondation par François Mitterrand en 1971 pour mieux cacher la nature pro-capitaliste de ce parti du grand patronat violemment anticommuniste et anti-ouvrier.

L’orientation du PS vers Macron reflète les positions de Valls, qui déclarait en 2008 : « Parti socialiste, c’est daté. Ça ne signifie plus rien », traitant le socialisme d'« utopie inventée contre le capitalisme du 19 siècle ».