Les Français vont aux urnes sous la menace des armes

Par Alexandre Lantier
22 avril 2017

Le premier tour des présidentielles se déroulent sur fond d'une tentative de l'Etat et des médias d'exploiter l'incident violent sur les Champs-Elysées, le fait d'un tireur qui aurait agi pour le compte de l'Etat islamique (EI), de créer une atmosphère d'hystérie politique.

Plus de 50.000 soldats et policiers seront présent autour des bureaux de vote demain, et les Français iront voter sous la menace des armes.

Vu les faits qui ressortent sur le tireur présumé, il est presque impossible de ne pas conclure que l'attentat était une provocation qui impliquait des éléments des forces de l'ordre, dont plus de la moitiécomptent voter pour le Front national (FN) de Marine Le Pen.

Karim Cheurfi, un Français avec un casier judiciaire chargé, avait écopé d'une peine de 15 ans en 2003 pour avoir grièvement blessé deux policiers par balle, puis relaché. Il avait été arrêté en février après avoir cherché à obtenir des armes et déclaré qu'il voulait tuer des policiers. Il a été à nouveau relaché parce que sa « dangérosité » n'aurait pas été à un niveau prioritaire. Malgré le fait que c'était un sympathisant de l'EI, suivi de près par les services français à partir du mois de mars, l'enquête dont il faisait l'objet était de droit commun, non pas une enquête terroriste.

Cheurfi a également pu amasser tout un arsenal, avec une arme automatique, un fusil à pompe, et plusieurs couteaux, qu'il avait avec lui lors de l'attentat.

Le jour avant l'attentat, les médias de droite dont Le Figaro insistaient qu'il fallait remettre le terrorisme islamique « la lutte contre le djihadisme au cœur de cette fin de campagne. Sujet capital, mais trop peu abordé ». L'attentat a déclenché une offensive politique coordonnée. Alors que les forces de l'ordre bouclaient le centre-ville de Paris, les candidats de droite au débat télévisé de jeudi soir ont exigé le renforcement des pouvoirs de police et même la suspension de la campagne électorale.

Le candidat de droite François Fillon a souhaité l'éradication du « totalitarisme islamiste » ainsi que la « suspension » de la campagne, alors que Le Pen dénonçait le « laxisme pénal inouï » et proposé l'expulsion de tous les étrangers des étrangers fichés par les services. Fillon, Le Pen, et Emmanuel Macron, le candidat d'En Marche que soutient le gouvernement PS, ont tous suspendu leurs campagnes hier.

Dans un incident après le débat qui constitue un avertissement sur le caractère de l'atmosphère politique qui émerge en France, la police a confronté le candidat du Nouveau parti anticapitaliste, Philippe Poutou, après sa déclaration qu'il fallait désarmer la police. Les policiers l'ont traité d' « enculé » et ont déclaré qu'ils garderaient leurs armes.

Cette tentative de suspendre la campagne et de déchaîner une propagande islamophobe est impulsée par une profonde crise politique. Le PS, discrédité par ses mesures d'austérité et l'état d'urgence qui suspend des droits démocratiques fondamentaux, risque un effondrement historique. La classe dirigeante est terrifiée par l'opposition populaire à la guerre après les frappes américaines en Syrie le 7 avril qui a bénéficié au candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Macron, Le Pen, Fillon et Mélenchon sont dans un mouchoir de poche, et un tiers des électeurs n'ont toujours pas décidé pour qui ils vont voter.

L'élite dirigeante sait que les tensions de classe en France et en Europe sont explosives. Les deux tiers des Français disent que la lutte des classes est une réalité quotidienne pour eux. Et les électeurs indiquent qu'ils s'inquiètent surtout à propos de l'emploi, des salaires, et des conditions sociales.

Les programmes des principaux candidats – avec des réductions d'emploi, des dizaines de milliards d'euros en coupes sociales, d'énormes crédits militaires, voire le retour au service militaire – démontrent que l'élite dirigeante est totalement hostile à ces revendications. Elle craint aussi que les marchés financiers pourraient réagir à un résultat électoral qu'ils n'auraient pas désiré par un krach qui détruiraient des milliers de milliards de dollars en richesses virtuelles.

Le résultat de l'élection étant imprévisible, la bourgeoisie veut assommer la population avec une propagande hystérique, sécuritaire et xénophobe, dans les dernières heures de la campagne.

Elle compte sur la lâcheté de la prétendue « gauche » en France, qui accepte la version officielle selon laquelle l'attentat sur les Champs-Elysées n'est que le produit d'une série d'erreurs de la police, même si chaque erreur est si grotesque qu'elle est incroyable. Ainsi Mélenchon a réagi en déclarant sa « solidarité personnelle » avec Le Pen, Fillon, et Macron sur Twitter.

Un précurseur de la situation actuelle est les « Années de plomb » italiennes (1969-1980), quand l'Etat a réagi à la montée des mobilisations sociales et de la radicalisation en permettant à des terroristes de droite d'organiser des attentats dont ils faisaient porter la responsabilité à la gauche. Ainsi trois policiers Carabinieri ont trouvé la mort dans un attentat à la voiture piégée à Peteano en 1972, et 85 personnes ont trouvé la mort dans l'attentat à la gare de Bologne en 1980.

Plusieurs terroristes qui participaient à cette « stratégie de la tension » ont été appréhendés et jugés. Le juge Felice Casson a expliqué à la BBC qu'ils voulaient « créer la tension afin de favoriser des tendances politiques et sociales conservatrices et réactionnaires ».

Un terroriste de droite qui est allé en prison, Vincenzo Vinciguerra, a dit au journal britannique Observer : « Il fallait attaquer des civils, le peuple, des femmes, des enfants, des gens innocents, des inconnus éloignés de toute action politique. La raison était très simple. C'était supposé forcer ces gens, le peuple italien, de se retourner vers l'Etat et lui demander davantage de sécurité ».

Alors qu'elle veut sabrer les acquis sociaux des travailleurs et se ré-armer pour faire la guerre, l'aristocratie financière se prépare à une profonde opposition parmi les travailleurs. Elle utilisera toutes les méthodes afin de préserver sa domination de classe.