Des bombardiers stratégiques B-1 américains survolent la Corée du Sud

Par Peter Symonds
4 mai 2017

L'armée de l'air américaine a envoyé deux bombardiers stratégiques B-1B depuis Guam survoler la péninsule coréenne lundi pour effectuer des entraînements bilatéraux avec des forces militaires sud-coréennes et japonaises. Cette action provocatrice a été prise au milieu des menaces persistantes de l'administration Trump de lancer une action militaire contre la Corée du Nord.

Un porte-parole de la Force aérienne des États-Unis a affirmé que le vol était de routine et a refusé de dire si les bombardiers étaient armés ou à quel point ils se sont rapprochés de la frontière avec la Corée du Nord. Les bombardiers B-1B ne sont plus équipés pour transporter des armes nucléaires, mais peuvent transporter une charge conventionnelle massive - 23 tonnes à l'extérieur et 34 tonnes à l'intérieur - des missiles de croisière, des bombes intelligentes et d'autres munitions.

Tout en dénonçant les tests de missiles balistiques en Corée du Nord, le Pentagone a mis au point ses propres missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III (ICBM). La semaine dernière, ce missile hautement sophistiqué a été lancé depuis une base en Californie et est retombé dans le Pacifique à plus de 6000 kilomètres. Un autre test aura lieu aujourd'hui. Un missile Minuteman III est capable de transporter de multiples armes nucléaires qui peuvent être dirigées indépendamment sur des cibles distinctes.

Les exercices comprenant des bombardiers B-1B ont été menés alors que le groupe de porte-avions dirigé par l'USS Carl Vinson a participé à des jeux de guerre avec des navires des marines sud-coréenne et japonaise dans les eaux de la péninsule coréenne. Les militaires sud-coréens et américains viennent de terminer deux mois d'exercices annuels conjoints impliquant jusqu'à 320 000 effectifs dans les répétitions pour mener une guerre avec la Corée du Nord.

Ces manœuvres militaires menaçantes semblent être en désaccord avec le commentaire du président Donald Trump lundi qu'il serait « honoré » de rencontrer le leader nord-coréen Kim Jong-un « dans les bonnes circonstances ». En réalité, la menace de guerre est une partie intégrante de l'immense pression appliquée à la Corée du Nord pour qu'elle se plie aux exigences des États-Unis, qu'elle abandonne ses programmes nucléaires et de missiles. C'est seulement dans ces circonstances-là que Trump parlerait avec Kim.

Après les vols des B-1B, le régime nord-coréen a réagi avec ses propres avertissements. L'agence de presse officielle KCNA a déclaré mardi : « La provocation militaire imprudente pousse la situation sur la péninsule coréenne au bord de la guerre nucléaire. »

Une déclaration du ministère des Affaires étrangères de la Corée du Nord a ajouté qu'en raison des incitations des États-Unis aux sanctions et aux pressions, Pyongyang « accélérera au rythme maximal la mesure pour renforcer sa dissuasion nucléaire ». Loin de défendre le peuple nord-coréen, l'arsenal nucléaire limité de Pyongyang fournit simplement un prétexte pour Washington et ses alliés pour continuer leur expansion militaire dans la région.

Le dernier essai d'un missile balistiques en Corée du Nord a été un échec - le deuxième d'affilée. Selon le New York Times, l'administration Trump a poursuivi un programme de sabotage informatique lancé sous le président Barack Obama qui pourrait être responsable du pourcentage élevé de dysfonctionnements de missiles nord-coréens.

L'escalade militaire américaine en Asie du Nord-Est est dirigée tout autant contre la Chine que contre la Corée du Nord. Trump, tout en faisant pression sur Pékin pour freiner Pyongyang, a poursuivi la confrontation du « pivot vers l'Asie » de l'ancienne administration Obama, avec la menace de mesures de guerre commerciale contre la Chine ainsi que l'action militaire pour isoler les îlots chinois dans la mer de Chine méridionale.

Le Pentagone a accéléré l'installation d'une batterie anti-balistique THAAD en Corée du Sud qui a provoqué des manifestations d'opposition et de protestation. Les responsables américains ont déclaré aux médias lundi que l'installation de THAAD avait atteint une capacité opérationnelle initiale même si elle ne serait pas pleinement opérationnelle pendant encore des mois.

Au cours d'une conférence de presse hier, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a appelé à mettre un terme à cette installation. « La position de la Chine est claire et ferme. Nous nous opposons au déploiement du système THAAD en Corée du Sud et invitons les parties concernées à en arrêter immédiatement le déploiement. »

Pékin craint que le puissant radar en bande X associé au système THAAD ne soit utilisé pour sonder plus profondément le territoire chinois. Lié à des systèmes anti-missiles américains plus larges, il donnerait un avertissement plus avancé sur les lancements de missiles en cas de guerre et augmenterait ainsi la capacité des États-Unis et de leurs alliés d'abattre les missiles.

Le porte-parole chinois a réitéré l'appel de Pékin pour « un dialogue et une consultation pour résoudre le problème nucléaire de la péninsule », affirmant que c'était « le seul moyen réaliste et réalisable d'atteindre la dénucléarisation ». Sans préciser quelles mesures la Chine prendrait, il a prévenu : « Nous prendrons résolument les mesures nécessaires pour défendre nos intérêts. »

L'installation du système THAAD a aggravé la crise politique en Corée du Sud suite à la mise en accusation et à la destitution de Park Geun-Hye en tant que président. Avec les élections présidentielles du 9 mai, le candidat principal du Parti démocrate, Moon Jae-in, s'est posé en adversaire de l'installation de THAAD pour capitaliser sur l'opposition publique croissante, tout en rassurant Washington de son soutien à l'alliance américaine.

Fait significatif, moins d'une semaine après l'élection, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, est arrivé lundi dans la capitale sud-coréenne pour des entretiens avec l'ambassadeur américain et des responsables militaires. Un porte-parole de l'ambassade a déclaré que Pompeo n'avait aucune réunion prévue avec des responsables sud-coréens, mais n'a pas exclu de telles discussions ou réunions avec des candidats présidentiels.

L'administration Trump ne tolérera aucune vacillation de la part d'une nouveau gouvernement en Corée du Sud - l'un des principaux alliés de Washington en Asie et abritant des bases américaines et 28 500 militaires américains. Trump sera tout aussi impitoyable pour lutter contre les dirigeants politiques comme l'a été Obama, dont le gouvernement a conspiré pour le limogeage du Premier ministre australien Kevin Rudd et du Premier ministre japonais Yukio Hatoyama en 2010 pour avoir entravé son « pivot vers l'Asie ».

L'envoi des bombardiers stratégiques américains dans la péninsule coréenne n'est que le dernier stratagème dans une politique de la corde raide qui menace de déclencher un conflit catastrophique qui pourrait y entraîner des puissances nucléaires telles que la Chine et la Russie. Après avoir créé des tensions extrêmes, tout incident - délibéré ou accidentel - pourrait mettre le feu à la poudrière.

(Article paru en anglais le 3 mai 2017)