Les transporteurs de matières dangereuses font grève en France

Par Francis Dubois
29 mai 2017

Une majorité de transporteurs routiers de matières dangereuses se sont mis en grève vendredi 26 mai dans toute la France et le sont restés durant le week-end prolongé de l'Ascension. Selon des informations parues dimanche, elle devait être reconduite ce lundi.

Des « barrages filtrants » ont été montés devant les dépôts de carburant en province et dans la région parisienne. Seul un dépôt de carburant fonctionnait normalement en Ile-de-France samedi, selon l'AFP. Les médias ont tous pointé le danger d‘un blocage rapide possible de l‘approvisionnement en carburant.

Les transporteurs de matières dangereuses (carburants, gaz, produits chimiques) revendiquent, entre autre une hausse substantielle du salaire horaire actuel qui n‘est que de 9,73 euros, trois centimes de moins que le salaire minimum officiel pour 2017, pour un travail astreignant et dangereux; un treizième mois ; une limitation des heures de travail journalières ; et un suivi médical régulier. En avril de cette année les transporteurs de deux entreprises de cette catégorie, qui opèrent au niveau européen, s‘étaient mis en grève pour des revendications similaires.

Alors que dans de nombreux autres secteurs, y compris les transports, des grèves sont soit en cours, soit annoncées, la CGT et FO insistent pour dire que celle-ci, la première au niveau national depuis la fin du large mouvement de grève contre la loi E-Khomri en juillet dernier, reste une grève sectorielle, limitée à des revendications spécifiques.

Au début du mois de mai, la CGT et FO avaient désiré inscrire ces « spécificités » dans la convention collective du transport routier, puis devant le refus du patronat, agité une menace de grève qui n‘a pas impressionné ce dernier. Devant le refus du patronat même de négocier, la CGT et FO lui demandent à présent de bien vouloir revenir à la table de négociation. Un représentant CGT à Donges près de Saint-Nazaire, Erwan Praud, l‘a formulé ainsi:« Si des négociations se tiennent dans le week-end, ça ira. S’il n’y en a pas, on reprend lundi matin ».

La CGT et FO font très attention à ne pas interrompre le bon fonctionnement des industries et des services. Quand le barrage à la raffinerie de Donges s'est avéré trop efficace, la CGT l‘a interrompu.

« À Donges, vu qu’il commençait à y avoir quelques petits soucis de carburant à l’aéroport de Nantes, on a libéré quelques camions...“ a dit le délégué CGT déjà cité.

Les barrages sont organisés de telle façon que la grande partie des dépôts ne soient pas bloqués mais seulement gênés, laissant entrer et sortir les camions, alors que « les entreprises de transport ont eu recours à des intérimaires et donnent une prime exceptionnelle de 100 euros à ceux qui travaillent » selon un porte-parole de la CGT.

Alors que la CGT et FO sont prêtes à stopper la grève au premier signe de danger pour les employeurs ou d‘extension à d‘autres secteurs qui aurait le potentiel de menacer le gouvernement Macron, le gouvernement s‘est apparemment assuré avant la grève que les citernes seraient pleines.

Alors qu‘il existe une colère profonde dans la classe ouvrière en France et en Europe, les syndicats feront tout pour bloquer une opposition au gouvernment Macron, déjà impopulaire, avant les élections législatives. Leur but est de stabiliser ce gouvernment, qui poursuit et intensifie la politique de Hollande et avec lequel ils s‘apprêtent à négocier le renforcement des attaques déjà contenues dans la loi Travail.

Leurs premières discussions avec Macron et ses ministres la semaine dernière ont clairement montré leur volonté de collaborer avec lui et qu‘ils acceptaient le principe de l‘imposition par ordonnances d‘une « loi Travail II » renforcée, et le maintien d‘un état d‘urgence qui suspend les droits fondamentaux des travailleurs et permettra de réprimer brutalement les mouvements de grève et les manifestations.

Ils essaieront tout au plus de se servir des grèves qu‘ils ne peuvent empêcher pour avoir quelque chose « à négocier » et ne pas avoir tout à fait l‘air d‘être des instruments de l‘aristocatie financière, dont Macron est le représentant. En même temps, ils tenteront de répandre l‘illusion fatale qu‘on peut « faire pression sur Macron », qui servira à démoraliser les travailleurs en lutte et à les pousser dans une impasse dangereuse.

L‘an dernier déjà, la CGT avait tout fait, sous couvert du mot d‘ordre d‘une « généralisation des grève », pour bloquer une grève générale qui risquait de se développer contre la loi El-Khomri et le gouvernement Hollande. Alors que le dirigeant de la CGT, Philippe Martinez menait des discussions secrètes avec le premier ministre Valls, sa centrale s‘efforça surtout de garder le contrôle politique de la situation pour permettre au gouvernment Hollande de rester en place et de faire passer sa loi Travail en force, grâce à l‘article 49-3.

Contre tous ceux qui, comme la CGT et les autres syndicats, Mélenchon et la pseudo-gauche, ont appelé au second tour de la présidentielle à soutenir le programme réactionnaire de Macron en utilisant le chantage du vote « anti-Le Pen », le PES a lancé un appel à un boycott actif du second tour.

Il l‘a fait pour permettre à la classe ouvrière, qui entrera inévitablement en lutte contre le gouvernement Macron, de développer pour cette lutte une perspective entièrement indépendante de la politique des partis capitalistes, que les syndicats veulent imposer avec quelques aménagements mineurs, aux travailleurs.

Sans une telle rupture consciente d‘avec la perspective pro-patronale des syndicats, il ne sera pas possible de gagner aucune lutte contre celui-ci. Il faut une claire perspective révolutionnaire, socialiste et d‘union internationale. Alors que les entrerpises, des transports routiers en particulier, sont structurées au niveau européen et au delà, on ne peut s‘y opposer efficacement qu‘en luttant avec les travailleurs des autres pays européens et du monde.

Les travailleurs en grève devront s‘organiser indépendemment des syndicats et contre leurs tentatives d‘isoler les grèves en les limitant à un secteur, dans une lutte politique contre Macron et contre l'UE. Pour cela il faut former des comités d‘action qui étendront la grève, rechercheront le soutien d‘autres catégories de travailleurs, comme ceux du pétrole et des transports en général, et entreront en contact avec leurs frères et soeurs de classe des autres pays à travers l'Europe et le monde.