Macron investi président de la République

Par Alexandre Lantier
15 mai 2017

Hier, une semaine après sa victoire au second tour face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a été investi président de la République dans la Salle des fêtes de l'Elysée.

A son entrée en fonctions, le programme du huitième président de la Ve République suscite déjà l'opposition de la vaste majorité des Français. 61 pour cent de la population veut lui refuser la majorité à l'Assemblée nationale dont il aurait besoin pour imposer son programme de militarisation du pays et de profondes attaques sociales par ordonnance, dans le cadre de la loi travail du PS. Son programme réactionnaire n'a aucune légitimité démocratique.

L'atmosphère à la passation des pouvoirs ressemblait plus à celle de l'intronisation d'un monarque qu'à celle de l'arrivée en fonction d'un élu. Alors que l'aristocratie financière espère utiliser Macron et l'état d'urgence pour écraser l'opposition à son programme parmi les travailleurs, le nouveau président et les médias étaient pris par un délire militariste et monarchiste qui est à présent largement répandu dans l'élite dirigeante.

Macron est arrivé à l'Elysée sur un camion militaire ACMAT qui s'est arrêté sur les Champs-Elysées à l'endroit où un islamiste avait assassiné le policier Xavier Jugelé le 20 avril, trois jours avant le premier tour des présidentielles. Ce geste en direction des forces armées, et les actions de Macron lors de l'arrêt sur les Champs-Elysées, ont suscité l'enthousiasme sans bornes des médias.

« Des personnes se sont réfugiées dans ses bras. Autrefois, les rois touchaient les écrouelles le lendemain du sacre. Il y a un peu de ça », a réagi un commentateur sur France2, alors que l'ex-éditeur du MondeEric Fottorino déclarait que Macron était fait d'une autre étoffe que le commun des mortels : « Les aciéries font des métaux spéciaux. Il est d'un autre métal ».

Macron a ensuite prononcé un discours dirigé entièrement vers les banques, les forces armées et le renseignement. « Les Français ont choisi le 7 mai dernier l'espoir et l'esprit de conquête », a-t-il commencé, avant d'ébaucher une politique étrangère impérialiste dont la mégalomanie dépasse même celle des colonisateurs français du 19e siècle : « Nous avons un rôle immense : corriger les excès du cours du monde. C'est là notre vocation ».

Il a déclaré qu'il faudrait à la France une Union européenne « plus efficace, plus démocratique, plus politique car elle est l'instrument de notre puissance et de notre souveraineté. J'y œuvrerai ».

Ayant indiqué la vaste étendue des appétits économiques et géo-stratégiques de l'impérialisme français, Macron a ensuite déclaré que la France « doute d'elle-même » et se sent « menacée ». La solution proposée par Macron était une cure d'austérité libérale – « Le travail sera libéré, les entreprises seront soutenues, l'initiative sera encouragée » – ainsi que le recours à l'hystérie sécuritaire attisée par son prédécesseur PS, François Hollande.

« Tout ce qui fait de la France un pays sûr, où l'on peut vivre sans avoir peur, sera amplifié », a-t-il dit. « La laïcité républicaine sera défendue, nos forces de l'ordre, notre renseignement, nos armées réconfortées ».

Cette banale déclaration par un ex-banquier Rothschild qu'il compte prolonger politiques les plus bellicistes et impopulaires menées par Hollande a enflammé les médias. « Lui, il veut trancher », s'est extasiée l'éditorialiste de BFMTV Ruth Elkrief, qui a souligné « sa volonté de rendre les choses différentes ».

Un autre journaliste de la chaîne d'infos en continu a laissé déborder son enthousiasme : « On retiendra quand même cette image spectaculaire d'Emmanuel Macron sur cet engin militaire ».

Un pareil délire répugnant est le produit d'un ordre capitaliste historiquement condamné. Après des décennies d'austérité, la classe capitaliste sait qu'elle n'a rien à offrir aux travailleurs et se sent rattrappée sur tous les côtés par des crises pour lesquelles elle n'a pas de solution. Le « salut républicain » adressé le soir de son élection par Macron à Marine Le Pen, l'héritière politique de Vichy, est révélateur non seulement de l'état d'esprit des milieux dirigeants français, mais du type de régime policier que Macron espère mettre en place.

Si la presse espère trouver en Macron un roi qui guérit les écrouelles de la France, c'est que la bourgeoisie française se sait perdue et ne sait plus quoi faire sauf espérer qu'un miracle la sauvera.

Mais l'élection de Macron, l'ex-ministre de l'Economie de Hollande qui n'a jamais occupé de position d'élu avant son élection à la présidence de la République, ne résoudra pas la crise du capitalisme français. En prolongeant les politiques discréditées de Hollande qui n'ont fait qu'intensifier le chômage, la guerre, et la crise des réfugiés, les bourgeoisies française et européenne ne résoudront pas sous Macron les crises qu'elles n'ont pas su résoudre sous Hollande.

Macron s'envole aujourd'hui pour Berlin, où il devra gérer les conflits explosifs sur la politique financière qui minent la zone euro et avant tout l'axe franco-allemand. Après la nomination du premier ministre lundi et du gouvernement mardi, Macron ira en fin de semaine au Mali, un pays dévasté par une guerre néo-coloniale lancée par Hollande dans la foulée de la guerre impérialiste de l'OTAN en Libye en 2011.

Il a nommé l'ancien ambassadeur de la France à Berlin puis à Moscou, Philippe Etienne, au poste influent de conseiller diplomatique de l'Elysée. Ceci souligne l'importance attachée à la crise en Europe où, comme Hollande l'a avoué après la décision de l'OTAN de renverser un gouvernement prorusse par un putsch fasciste en Ukraine, il y a le risque une « guerre totale » avec la Russie, la seconde puissance nucléaire. Cependant, Macron propose une escalade militaire majeure, pour augmenter l'effort de défense de la France à 2 pour cent du PIB et rétablir le service militaire.

Le déroulement de l'investiture de Macron confirme la justesse de la politique adoptée par le Parti de l'égalité socialiste (PES), qui a appelé à un boycott actif du second tour entre Macron et Le Pen.

Le PES a insisté que la question essentielle était d'élaborer une perspective révolutionnaire indépendante pour les travailleurs, pour préparer les luttes qui allaient faire éruption après l'élection. Il n'a pas cédé à ceux qui utilisaient le danger mortel posé par Le Pen pour justifier de s'aligner sur Macron, dont la politique autoritaire et militariste pose également des dangers mortels aux travailleurs.

La perspective du PES contrastait avec l'orientation parlementaire et le soutien à peine déguisé pour Macron de forces dont la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et le Nouveau parti anticapitaliste. Aujourd'hui, alors que Macron et les médias travaillent ensemble pour pourrir l'atmosphère politique, la banqueroute de leur décision de s'adapter aux mesonges médiatiques selon lesquels on pouvait défendre Macron en tant que moindre mal face à Le Pen est démasquée.

Ce qui se prépare en France et à l'international est une collision de dimension révolutionnaire entre la classe ouvrière et une classe dirigeante décidée à imposer la guerre et la dictature. 4 millions d'électeurs ont voté blanc ou nul en France par opposition aux deux candidats, et 70 pour cent de la population s'est opposée à la loi travail du PS quand Hollande l'a imposée face à des manifestations de masse l'année dernière. La question critique à présent est la construction d'une avant-garde révolutionnaire autour du PES dans la classe ouvrière pour lutter contre la dictature, la guerre, et le capitalisme.