Comment aller de l'avant dans la lutte contre Macron ?

Par Alexandre Lantier
9 mai 2017

Les actions d'Emmanuel Macron juste après son élection à la présidence dimanche soir ont réfuté les affirmations frauduleuses selon lesquelles il défendrait la démocratie et ferait barrage au Front national (FN). En annonçant sa victoire électorale, il a commencé en adressant un « salut Républicain » au FN et à la candidate malheureuse Marine Le Pen, présenté au nom de « l'unité nationale ».

Hier, son équipe a donné davantage de détails sur son projet réactionnaire, qui prolonge celui du gouvernement PS sortant de François Hollande auquel Macron a participé en tant que ministre. Il va intensifier le quadrillage du pays par la police et par l'armée sous l'état d'urgence, qui suspend les droits démocratiques. Il va réduire l'impôt sur la fortune, embaucher 10.000 policiers de plus, créer 15.000 places de prison, et continuer les guerres en Syrie, en Irak, et au Mali.

Les personnalités pressenties pour la position de premier ministre sous Macron sont toutes réactionnaires. Il y a le maire énarque et gaulliste du Havre, Edouard Philippe ; Christine Lagarde, la dirigeante du Fonds monétaire international ; et Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense de Hollande, qui a travaillé étroitement avec lui sur son programme d'assassinats extrajudiciaires.

Surtout, Macron prépare une confrontation avec la classe ouvrière.Il veut imposer unilatéralement des ordonnances dans le cadre de la loi travail – imposée malgré son impopularité massive et des manifestations de masse l'année dernière – pour détruire les conventions collectives, augmenter la durée du temps de travail, et réduire les dépenses sociales.

Son « salut républicain » aux héritiers du régime de Vichy démasque la véritable nature de la bourgeoisie française, toujours prête à collaborer avec la réaction fasciste afin de défendre ses privilèges contre les travailleurs. Tout comme Hollande a invité Le Pen à plusieurs reprises à l'Elysée afin de promouvoir le FN sur fond de mécontentement croissant avec le PS, Macron veut légitimer et promouvoir l'extrême-droite en tant que base sociale pour sa politique réactionnaire.

Macron confronte une opposition massive parmi les travailleurs. 12 pour cent des électeurs ont voté blanc ou nul pour exprimer leur opposition aux deux candidats. De larges sections de la population se sont abstenues, dont 34 pour cent des électeurs d'entre 18 et 24 ans ; 32 pour cent des électeurs d'entre 25 et 34 ans ; 35 pour cent des chômeurs ; et 34 pour cent des ouvriers. 43 pour cent des électeurs de Macron ont dit qu'ils votaient par rejet de Le Pen, pas par adhésion à Macron, et 40 pour cent des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se sont abstenus au second tour.

Ces événements soulignent la justesse de la ligne du Parti de l'égalité socialiste (PES), la section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI). Le PES a appelé à un boycott actif du second tour des présidentielles, contre les illusions que Macron ou un système de combinaisons parlementaires avec ses partisans pourraient défendre la démocratie contre le FN.

Le PES a appelé les travailleurs à boycotter l'élection et à se mobiliser contre les deux candidats. Il l'a fait pour élever la conscience politique de la classe ouvrière et la préparer pour les luttes à venir. Le PES insistait qu'aucune tactique électorale ne résoudrait la crise politique que confrontent les travailleurs. La question-clé était plutôt de fournir une perspective marxiste et internationaliste sur laquelle construire l'avant-garde révolutionnaire dont la classe ouvrière aurait besoin dans ces luttes.

Un gouffre de classe sépare le PES des organisations autour du PS qui prétendent depuis des décennies représenter la gauche en France. Alors que la classe politique autour du PS et des Républicains (LR) subit un profond discrédit, ces groupes démobilisent l'opposition ouvrière et la dirigent vers l'impasse d'un soutien pour Macron.

Des forces comme Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise, le Parti communiste français (PCF) stalinien, et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ont tous refusé d'avancer un programme sur lequel les travailleurs pourraient lutter. Alors que les élections législatives du 11 et 18 juin se préparent, ils veulent subordonner les travailleurs à diverses alliances parlementaires procapitalistes.

Mélenchon, qui a proposé de servir de premier ministre à Macron avant le second tour, demande à présent au aux électeurs de voter pour ses candidats aux législatives par « humanisme social et écologique » afin de créer une « nouvelle majorité parlementaire ». Pierre Laurent, le chef du PCF, a proposé lundi : « Concrétisons ainsi la promesse d'une gauche nouvelle, née dans les urnes le 23 avril », donc à partir du mouvement de Mélenchon.

Le NPA propose de construire un « front pour défendre dans l’unité nos droits sociaux et démocratiques ». Les critiques que fait le NPA Macron iront de pair avec un soutien pour lui, toutefois, s'il mène agressivement la guerre en Syrie, dont le NPA est un partisan acharné.

Ces propositions sont des manœuvres cyniques et réactionnaires visant à maintenir la domination d'organisations liées au PS sur la classe ouvrière. Elles n'avancent aucun programme socialiste et révolutoinnaire pour une lutte des travailleurs pour le pouvoir, et elles ne font rien pour disputer les prétensions populistes de Le Pen qu'elle représente l'opposition sociale à Macron. Elles n'avancent aucune stratégie pour gagner au socialisme les travailleurs qui ont voté Le Pen parce qu'ils veulent combattre des attaques contre les prestations sociales et contre l'emploi, et parce qu'ils ont perdu toute confiance en le PS, Mélenchon, et le NPA. Le mot « socialisme » n'apparaît ni dans la dernière déclaration publiée par la NPA avant le second tour, ni dans sa première déclaration après la victoire de Macron.

Aucun des partis établis qui prétendent être « de gauche » n'a quoi que ce soit à proposer aux travailleurs. Cette impasse est le produit de la faillite des partis qui ont rompu avec la Quatrième Internationale en France et répudié le trotskysme et le marxisme révolutionnaire. Ils se sont alliés au PS dès sa fondation en 1971, peu après la grève générale de Mai-juin 1968, et créé un contexte politique dans lequel toute alternative réellement progressiste, fondée sur la mobilisation indépendante et révolutionnaire de la classe ouvrière, était exclue.

L'évolution de Mélenchon en est l'exemple classique. Il a d'abord rejoint l'Organisation communiste internationaliste (OCI) de Pierre Lambert, qui avait rompu avec le CIQI en 1971 afin de participer à la construction du PS. Il a rejoint le PS en 1976 pour devenir conseiller du président PS François Mitterrand, puis sénateur et finalement ministre PS, avant d'emmener une fraction du PS en 2008 dans la construction du Front de gauche avec le PCF et des fractions issues du NPA.

La question centrale aujourd'hui est de reconstruire une avant-garde révolutionnaire marxiste dans la classe ouvrière. Des conflits sociaux explosifs entre la classe dirigeante et la classe ouvrière se préparent en France et à travers l'Europe. Elles ne peuvent triompher que si on les organise indépendamment des appareils syndicaux et si on leur fournit une perspective et une avant-garde révolutionnaires.

Un siècle après la révolution d'Octobre, le PES insiste que la classe ouvrière ne trouvera aucune sortie sauf par la voie de la révolution. Il s'avance en avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière, le représentent en France du programme socialiste et internationaliste du Parti bolchévik de Lénine et de Trotsky en 1917 et de l'héritage du trotskysme défendu par le CIQI. Il fait appel aux travailleurs et aux jeunes qui sont d'accord avec son analyse de Macron pour apporter leur soutien au PES, étudier son programme, et rejoindre sa lutte pour le construire en tant qu'avant-garde de la classe ouvrière en France.