Nouvelles preuves du bourrage d’urnes de l’UAW dans le Contrat avec Ford en 2015

Première partie

Par Eric London
10 mai 2017

Ceci est le premier d’une série en deux parties. 

Le 6 mars, le Public Review Board (PRB – Comité de surveillance, l’organe qui gère les plaintes) de l’United Auto Workers (UAW – syndicat des travailleurs de l’automobile) a rejeté la demande d’un travailleur de Ford pour une enquête sur la fraude et le bourrage des urnes lors de la ratification de l’accord entre Ford et l’UAW en 2015 à la section locale N°600 du syndicat, dont relève l’usine de camions Ford de Dearborn (DTP) en banlieue de la ville de Détroit, dans le Michigan.

Le rejet a eu lieu après que le travailleur de Ford a présenté des éléments de preuve à l’appui de ce que de nombreux travailleurs soupçonnaient déjà : que les travailleurs étaient sur le point de vaincre de façon décisive ce nouvel accord à la baisse jusqu’à ce que l’UAW conspire pour le compte de Ford pour le faire passer.

L’UAW a signalé un total final du vote à DTP de 1681 votes de plus pour le « oui » que les votes pour le « non », à peine plus que la marge de 1500 voix qu’une source anonyme avait déclarée au Detroit Free Press juste avant le vote comme étant nécessaire pour obtenir une ratification de l’accord par les usines Ford à travers les États-Unis. Après le vote de Dearborn, l’UAW a affirmé que l’accord était passé avec 51,4 pour cent des voix à l’échelle nationale, soit environ 1230 votes de plus.

L’ouvrier de Ford a contacté le World Socialist Web Site, et a déclaré que l’UAW a rejeté sa demande d’enquête, même s’il a suivi minutieusement la procédure d’appel de l’UAW et a présenté des preuves indiscutables que le syndicat avait violé ses propres statuts. L’UAW a rejeté ses demandes huit fois et a fait durer la procédure pendant plus d’un an et demi.

« Le résultat de ce vote sur le contrat n’était pas légitime », a déclaré ce travailleur au World Socialist Web Site. « Ce n’est pas la première fois que de telles choses se sont produites à la section locale N°600 du syndicat, et cela n’affecte pas seulement les travailleurs de Ford. Tous les travailleurs de General Motors (GM), Fiat Chrysler (FCA), et Ford ont le même problème avec l’UAW qui organise les votes d’une manière qui n’est pas correcte. »

Quelques semaines avant le vote des 53 000 travailleurs de Ford, leurs homologues de Fiat Chrysler (FCA) ont rejeté le premier accord proposé par l’UAW par une marge de deux contre un, jetant l’UAW et les entreprises dans une crise et encourageant l’opposition des travailleurs chez GM et Ford. L’accord valable quatre ans imposé par l’UAW, a permis aux constructeurs automobiles de Detroit de générer des bénéfices records en éliminant le plafond sur le nombre de travailleurs de « deuxième rang » moins payés, en augmentant le nombre de travailleurs temporaires et à temps partiel et en donnant aux directions des compagnies automobiles la liberté d’éliminer les équipes de travail, et de licencier les travailleurs au fur et à mesure que les ventes diminuaient. Après que le contrat a été « passé » chez Ford, le PDG, Mark Fields, se vantait auprès des investisseurs de Wall Street que les coûts de la main-d’œuvre « tout compris » du constructeur automobile augmenteraient de moins de 1,5 pour cent par an – soit moins que le taux d’inflation.

Attendant un vote fort pour le « non » chez Ford, l’UAW a continué à faire voter la section locale N°600 pendant deux semaines afin que ses voix soient comptabilisées en dernier, permettant à l’UAW de calculer exactement combien de votes seraient nécessaires pour obtenir le résultat voulu. Le vice-président de l’UAW, Jimmy Settles, a fait sa carrière jusqu’à atteindre la direction de l’UAW grâce à la section locale N°600 où il est devenu un permanent à partir de 1992. Settles a des liens particulièrement étroits avec la bureaucratie syndicale locale et était bien placé pour influencer la direction dans l’orchestration du vote.

L’humeur dominante chez les travailleurs était pour un vote « non ». Au moment où la section locale N°600 a voté, 52,5 % des travailleurs de Ford avaient voté « non ». Quelques jours avant le vote à la section locale N°600, 67 % des travailleurs de l’assemblée de Ford à Chicago ont rejeté l’accord. Des rejets écrasants avaient également eu lieu dans deux usines de Ford à Louisville et une à Kansas City. En d’autres termes, l’opposition gagnait de l’ampleur et le contrat allait à la défaite.

C’est alors que l’UAW est intervenu.

Le quotidien Detroit Free Press a écrit un article le 19 novembre intitulé : « Le sort de l’accord entre Ford et l’UAW est aux mains des ouvriers de Dearborn ». Le Free Press a cité Art Schwartz, un ancien négociateur chez GM, qui a déclaré : « Ils vont devoir voter pour le “oui” par une marge assez forte pour que le contrat soit accepté ». Les travailleurs de la « section locale N°600 de l’UAW devront surmonter un déficit de 1500 votes, selon un décompte non officiel du vote communiqué au Free Press. »

Detroit Free Press article, du 19 novembre 2015

Puis, le vice-président de l’UAW, Jimmy Settles, a donné une conférence de presse extraordinaire au milieu du vote à la section locale N°600, où il a menacé que Ford allait fermer des usines et effectuer des licenciements collectifs si le contrat était rejeté. L’UAW a empêché physiquement les journalistes du WSWS d’assister à l’événement et a confisqué un téléphone portable utilisé pour prendre une vidéo de l’incident.

Tout en obstruant les efforts des travailleurs de Ford pour révéler le bourrage des urnes, l’UAW a fait plusieurs admissions accablantes. Au cours d’une audience de mars 2016 devant le Conseil général de la section locale N°600, le président du syndicat local, Bernie Ricke, a déclaré : « certaines unités de l’usine ont dû circuler avec des seaux » pour recueillir le vote. Le président de la section locale N°600 M & C (Maintenance & Construction), Tom Shultz, a reconnu tacitement que cette politique était suspecte lorsqu’il a déclaré : « Je déteste envoyer les gens avec des seaux ; je ne l’aime pas ; je ne suis pas content, mais avec 8 bâtiments et 6 horaires différents, les gars se promènent avec des seaux, cette fois, nous avons eu presque 600 voix, nous avons quadruplé le nombre de votes » dans l’unité M & C.

Photo de la poubelle que l’UAW aurait fait circuler à la ligne de montage

Mais le total du vote officiel de l’UAW a montré 897 votes exprimés par l’unité M & C, au moins 300 de plus que les « près de 600 » votes brandis par Shultz. Cela indiquerait que 300 votes « oui » ont simplement été ajoutés au total. Et si le chiffre de « presque 600 » était lui-même « quadruplé » par rapport aux 150 avant que l’UAW envoie des fonctionnaires pour recueillir des votes avec des seaux, cela indiquerait que 450 autres votes ont été recueillis dans des circonstances suspectes.

En outre, lorsque l’UAW a publié ses résultats du vote à DTP, les résultats ont montré exactement 500 votes d’écart pour l’accord national que pour l’accord local, en sachant que les membres ont reçu les bulletins de vote locaux et nationaux en même temps. Il est très inhabituel que les travailleurs votent sur l’accord national et s’abstiennent sur un accord qui concerne l’usine où ils sont, qui couvre des problèmes aussi importants que les règles de travail, la santé et la sécurité, les horaires et le transfert des droits en cas de reprise du site par un autre employeur.

La décision du PRB de l’UAW reconnaît qu’« il a été découvert plus tard que 500 bulletins de vote n’étaient pas pris en compte ». Cet écart ne porte que sur deux des neuf unités de la DTP. Le comité n’a pas ordonné d’audit des sept autres unités.

Le vote de Dearborn affiche exactement 500 voix de plus pour l’accord national

Le travailleur de Ford qui a fait cette démarche a également cité des témoignages de travailleurs de l’automobile qui ont vu de grandes piles de bulletins pliés en grappes – des indices clairs d’un possible bourrage des urnes. Le président du comité électoral Kenneth Grigsby a admis ce fait essentiel dans son témoignage. La décision du comité de révision a noté : « Grigsby a abordé le fait que bon nombre des bulletins de vote étaient pliés en grappe. » En citant un rapport interne de l’UAW compilé par le bureau du président de l’UAW, Dennis Williams. La décision indique : « Grigsby a déclaré qu’en raison de la masse de bulletins de vote déposés dans les urnes, il a dû forcer les bulletins de vote avec un bâton afin de maximiser l’espace dans l’urne et cela a fait que les bulletins de vote ont été compressés. »

Est-ce que l’UAW s’attend vraiment à ce que les travailleurs de l’automobile croient que les bulletins de vote ont été pliés parfaitement avec un pli au milieu parce que les dirigeants syndicaux les ont poussés dans les urnes avec des bâtons ?

En outre, ce travailleur a souligné le fait que le vote écrasant à DTP pour le « oui » ne correspondait pas avec les votes dans d’autres grandes usines – à l’exception de l’usine d’assemblage du Michigan que Ford avait menacé de fermer à la veille des négociations sur l’accord. Ces autres sites ont soit voté contre le contrat de manière écrasante soit voté pour le « oui » par la plus étroite des marges. Il est également inexplicable que les travailleurs de DTP aient rejeté l’accord local par une marge de 2 contre 1, mais qu’en même temps ils aient accepté l’accord national par la même marge.

À suivre

(Article paru d’abord en anglais le 9 mai 2017)