«C'est l’esclavage des temps modernes»

Les travailleurs d’Amazon dénoncent à travers le monde leurs conditions de travail dictatoriales

Par Eric London
1 juin 2017

Avec le lancement de la Voix internationale des travailleurs d’Amazon, nous avons été inondés de messages de travailleurs d’Amazon exposant les conditions dictatoriales imposées par la société dans ses milieux de travail à travers le monde.

Le PDG d’Amazon Jeff Bezos est capable de faire plus de 25 000 $ chaque minute par l’exploitation des travailleurs d’Amazon dans tous les pays, les forçant à travailler dur sous une constante supervision et à travailler de longues heures pour de bas salaires, les soumettant à une constante surveillance par la direction, et les renvoyant au moindre signe d’opposition.

Une travailleuse d’Amazon aux États-Unis a dit à la Voix internationale des travailleurs d’Amazon qu’elle avait été renvoyée pour avoir porté un t-shirt d’un ancien emploi qui arborait le logo d'un syndicat. La direction de l’entreprise l’a questionnée, menacée puis l’a renvoyée pour «insubordination».

Centre de traitement des commandes à Tracy en Californie

Elle a dit qu'elle devait marcher de nombreux kilomètres tous les jours: «Mes mains étaient enflées après les quarts de travail. Je devais scotcher mes pieds pour prévenir les ampoules.”

Un autre travailleur a qualifié le travail d'«esclavage des temps modernes».

Un jeune travailleur aux États-Unis a dit qu’il y a quelques années, un travailleur perdu la vie dans une chute. «Quelqu’un est tombé du deuxième étage d’une tour et cela a pris 4 heures à Amazon pour le chercher, juste pour trouver qu’il était mort. Je ne sais pas si cette histoire a même été couverte par les nouvelles.»

Ce travailleur a expliqué, «C’est le chaos dans ces entrepôts. À ma dernière année, je me suis blessé au dos et ils m’ont quand même fait travailler et je ne pouvais presque plus marcher. J’ai pris un congé juste pour prendre soin de moi et ils étaient en colère que j’aie été voir mon propre médecin.»

Un travailleur au Royaume-Uni a dit que la compagnie pénalise les travailleurs qui se blessent.

«Quelqu’un se blesse au travail? Un chef est averti et il contacte les premiers secours. Ils prennent ensuite une déclaration et demandent à la personne si elle retourne au travail ou à la maison. Retourner à la maison entraine une pénalité d’un demi-point.»

À travers le monde, la compagnie force ses employés à travailler à un rythme très rapide, épuisant et souvent dangereux. Le travailleur britannique a dit: «Il m'arrive encore d'entrer en collision avec des gens qui se dépêchent… maintenant c’est plus vite, plus vite, plus vite. Il faut être constamment en mouvement pour respecter les objectifs.»

Une troisième travailleuse, immigrante au Royaume-Uni, a dit qu’elle s’était fait crier après pour avoir parlé à un travailleur pendant que les deux continuaient de travailler. «Nous ne sommes pas des robots qui ne font que regarder des étagères», a-t-elle dit. «Nous n’allons pas en prison, nous allons au travail et je crois que nous avons le droit de parler au travail!»

Les camionneurs qui travaillent pour des compagnies associées à Amazon se plaignent également des conditions de travail brutales et l’humiliation que leur fait subir la société.

Un camionneur du Royaume-Uni a expliqué comment Amazon lui a dit sans l'avertir qu'il ne pourrait pas entrer dans l’usine en portant un sweat à capuche. Puisqu’il en portait deux ce jour-là sans t-shirt en dessous, la société l'a forcé à se déplacer dans l’usine sans chandail pour le punir.

Il a dit: «Ces compagnies se moquent de leurs camionneurs et nous travaillons comme des chiens pour presque rien. Après avoir travaillé une semaine de cinq longues journées, après les déductions et l’essence nous ramenons à la maison moins de 200£ (250 $ US) par semaine.»

Un camionneur américain a exprimé des sentiments similaires: «Ne me parlez pas de leurs emplois en livraison. Nous ne sommes même pas considérés comme des employés d’Amazon alors nous ne recevons AUCUN des avantages sociaux, mais toute l’expérience de longues journées avec des salaires trop bas.» 

Des contractuels d’Amazon trient des colis dans la rue au milieu de Manhattan

Ces abus ne sont pas simplement le produit de l’avarice d’Amazon, ils sont le produit du système capitaliste, lequel assure aux sociétés le «droit» de soumettre leurs travailleurs à une rude exploitation. Plus les travailleurs travaillent fort et moins ils ont de libertés au travail, plus les profits d’Amazon seront élevés.

Plusieurs travailleurs ont dit appuyer le lancement de la Voix internationale des travailleurs d’Amazon, laquelle sera un centre d’opposition pour les travailleurs d’Amazon de partout et un lieu pour ces travailleurs servant à partager leurs histoires et exposer la société et l'exploitation de ses travailleurs.

«Ce que vous faites est merveilleux», a écrit un travailleur du Royaume-Uni. «Je crois que c’est une vidéo super», a dit un autre aux États-Unis, en faisant référence à la vidéo d’une minute publiée par la Voix qui a été vue par des dizaines de milliers de travailleurs d’Amazon dans le monde entier. Un autre a écrit: «Je crois que tous ceux qui ont vu cette vidéo l'ont trouvé très bien.»

Travailleurs d’Amazon à travers le monde: partagez vos histoires avec vos collègues par la page de la Voix internationale des travailleurs d’Amazon! Avez-vous une histoire sur les conditions brutales et les mauvais traitements que fait subir la direction? Envoyez-nous un message sur Facebook , inscrivez-vous pour recevoir des nouvelles et faites que votre voix soit entendue.

(Article paru en anglais le 26 mai 2017)