Qui est Gabriel Nadeau-Dubois, l’étoile montante de Québec solidaire ?

Par Louis Girard
28 juin 2017

Peu après son adhésion hautement publicisée à Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, l'ancien leader de la grève étudiante québécoise de 2012, est devenu le porte-parole masculin du parti lors de son congrès tenu en mai. Quelques jours plus tard, il était élu député de la circonscription montréalaise de Gouin (un siège laissé vacant par la démission de l'ancienne dirigeante de QS, Françoise David).

L'arrivée de Nadeau-Dubois à la tête de Québec solidaire – un parti des classes moyennes aisées qui prend une posture «de gauche» tout en cherchant à s'intégrer à l'establishment dirigeant – a été accueillie avec enthousiasme par toute la pseudo-gauche au Québec.

Des milliers de jeunes auraient suivi l'exemple de Nadeau-Dubois et rejoint Québec solidaire, attirés par son air «rebelle» durant la grève étudiante de 2012 en tant que porte-parole de la CLASSE, la plus militante des associations étudiantes, alors à la tête du mouvement.

Un épisode qui a attiré la sympathie populaire a été sa réponse au premier ministre libéral d'alors, Jean Charest, qui lui demandait de condamner, au nom de la CLASSE, les étudiants qui maintenaient des lignes de piquetage devant les établissements en grève malgré une injonction. Nadeau-Dubois a refusé, ce qui lui a valu une poursuite pour outrage au tribunal où il risquait la prison (il a finalement été acquitté en 2015). L'action en justice, intentée par un étudiant qui était contre la grève, avait le soutien évident de tout l'establishment dirigeant qui voulait tracer un exemple sur Nadeau-Dubois afin d'intimider toute opposition aux mesures d'austérité capitaliste.

Mais l'image «de gauche» de Nadeau-Dubois est largement surévaluée et basée sur de fausses conceptions. Pendant la grève de 2012, même s'il a fait preuve d'un courage personnel en s'opposant aux efforts pour criminaliser les étudiants grévistes, il était associé à l’aile plus modérée de la CLASSE et a suivi une ligne politique essentiellement de droite.

Alors que la révolte étudiante avait le potentiel de déclencher une vaste mobilisation des travailleurs contre tout le programme d'austérité de l'élite dirigeante, Nadeau-Dubois insista pour maintenir le mouvement dans le cadre étroit du nationalisme québécois et de la politique de pression. Il refusa d’émettre la moindre critique des syndicats pro-capitalistes qui faisaient tout pour isoler les étudiants et détourner leur grève derrière le Parti québécois (PQ) pro-patronal, sous le slogan «De la rue aux urnes» mis de l'avant par la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec).

Et lorsque Pauline Marois, alors chef du PQ, retira son carré rouge, symbole de la grève étudiante, Nadeau-Dubois se contenta de dire qu’elle pourrait le remettre. Ceci contribua à semer des illusions sur la supposée «sympathie» du PQ envers les étudiants et les gens ordinaires en général. Nadeau-Dubois facilita ainsi les efforts de l'élite dirigeante pour désamorcer une situation sociale explosive en remplaçant les libéraux par son autre parti de gouvernement, le PQ, qui a appliqué de féroces mesures anti-ouvrières chaque fois qu'il est passé au pouvoir.

Après la grève étudiante de 2012, Nadeau-Dubois a travaillé quelque temps pour la bureaucratie syndicale en tant qu’agent de recherche de la CSN (Confédération des syndicats nationaux). Il s'est ensuite lié à Jean-Martin Aussant, l'ex-banquier d'affaires qui a fondé Option nationale (ON), un parti nationaliste de droite issu du PQ qui reproche à QS d'être trop préoccupé par les questions sociales au détriment de la lutte pour l'indépendance du Québec.

Nadeau-Dubois et Aussant partagent une sympathie politique pour l’ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau, qui était vu jusqu'à sa mort en 2015 comme le chef de file des indépendantistes «purs et durs». Les deux hommes ont entrepris l'automne dernier une tournée à travers le Québec pour raviver le nationalisme québécois face à un sentiment grandissant d'aliénation envers l'establishment politique.

Depuis son arrivée à QS cette année, Nadeau-Dubois a poussé ce parti nationaliste et pro-capitaliste encore plus à droite. Fervent partisan d'un rapprochement avec le PQ, il a préconisé une fusion de QS avec ON qui servirait de pont vers un tel rapprochement.

Les membres de QS ont refusé à leur congrès de mai dernier une alliance formelle avec le PQ par crainte d'être discrédités en s'associant ouvertement à un parti qui a dévasté les services publics et encouragé le chauvinisme anti-musulman.

Avec le soutien des autres dirigeants de QS, Nadeau-Dubois a rapidement fait comprendre que ce vote des membres ne représente qu'une prise de distance tactique envers le PQ et non un rejet des politiques d'austérité qui caractérisent ce parti de la grande entreprise. Affirmant que le PQ avait fait de «bonnes choses», il a exprimé l’espoir que QS détienne la balance du pouvoir après les élections provinciales de 2018 – ce qui le mettrait en position de former une alliance avec le PQ après les élections.

Nadeau-Dubois patauge depuis ses débuts politiques dans le marais nationaliste québécois pro-PQ, que ce soit dans les associations étudiantes, les syndicats, Option nationale ou Québec solidaire.

Lors de son assermentation comme député à l'Assemblée nationale du Québec, il a réaffirmé son engagement pour l'indépendance du Québec, un projet réactionnaire d'une section de la classe dirigeante québécoise représentée par le Parti québécois. Ce projet sert à diviser les travailleurs du Québec de leurs frères et sœurs de classe du Canada, des États-Unis et d’outre-mer. Un Québec indépendant, s’il devait voir le jour, ferait pleinement partie des alliances militaires impérialistes comme l'OTAN ou NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord). La nouvelle république capitaliste serait tout autant vouée à des attaques contre la classe ouvrière que ses homologues en Amérique du Nord et à travers le monde.

L’élection de Nadeau-Dubois, et son ascension rapide au sein de QS, arrivent à un moment où les deux partis traditionnels de la bourgeoisie québécoise, le Parti libéral et le Parti québécois, sont largement discrédités après des années d’austérité et d’assaut sur les droits démocratiques.

Cela reflète des développements politiques internationaux: le vote pour le Brexit en Grande-Bretagne; l’élection de Donald Trump aux États-Unis; le rejet par les électeurs en France des deux partis traditionnels. C’est l’expression, quoique déformée, d’un rejet de la classe dirigeante et des partis avec lesquels elle a gouverné dans les dernières décennies.

Dans ce contexte, la classe dirigeante a besoin de nouveaux mécanismes qui se présentent sous des couleurs «progressistes», comme SYRIZA en Grèce, PODEMOS en Espagne ou Bernie Sanders aux États-Unis, pour semer la confusion parmi les travailleurs et ramener tout mouvement d’opposition derrière l’une ou l’autre des factions de la classe dirigeante.

À maintes reprises, Nadeau-Dubois a fait l’éloge de Sanders qui, après avoir gagné un large soutien populaire en se présentant comme un démocrate socialiste, a détourné ce sentiment anti-capitaliste derrière Hillary Clinton, la candidate préférée de Wall Street, de l’appareil militaire et des services de renseignement des États-Unis. À l'instar de Sanders, Nadeau-Dubois condamne le libre-échange non pas sur la base d'une opposition au système de profit, mais du point de vue des sections plus faibles du capital qui perdent du terrain face à leurs rivales dans la lutte pour les marchés et les investissements.

Philippe Couillard, le premier ministre libéral du Québec qui supervise des coupes massives dans les services publics, a chaleureusement accueilli Nadeau-Dubois à l’Assemblée nationale en disant qu’il était «le bienvenu». Avec la pleine collaboration de Québec solidaire, la classe dirigeante compte utiliser la façade «progressiste» des politiques nationalistes et pro-capitalistes du jeune député pour imposer et intensifier les attaques contre la classe ouvrière.

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