Xi se rend à Berlin sur fond de tensions euro-américaines avant le G20

Par Alexandre Lantier
7 juillet 2017

Donald Trump est arrivé en Pologne mercredi avant le sommet du G20 du 7 au 8 juillet à Hambourg, qui se déroule sur fond de profondes tensions entre Washington et ses alliés traditionnels dans l'Union européenne (UE). Le sommet, normalement un rendez-vous économique, traitera surtout de crises militaires mondiales : l'impasse américano-chinoise sur la Corée du Nord et les conflits géopolitiques entre l'UE et les États-Unis en Asie, au Moyen-Orient et en Europe de l'Est. Un autre problème sera le retrait de Trump de l'accord climatique de Paris.

Avant l'arrivée de Trump en Pologne, les autorités américaines ont dénoncé le refus de la Chine d'étrangler économiquement la Corée du Nord après l’essai par Pyongyang d’un missile balistique mardi. Néanmoins, le président chinois, Xi Jinping, a reçu un accueil chaleureux à Berlin mercredi, qui a porté sur le commerce et des liens politiques entre les deux pays. Cette visite était surtout marquée par l'escalade du conflit entre les principales puissances au centre de l'économie capitaliste mondiale ; Xi et la chancelière allemande Angela Merkel ont émis de vives critiques à l'égard de la politique américaine.

Quand Die Zeit lui a demandé si elle répèterait sa remarque à présent célèbre que l'Europe ne peut plus seulement compter sur l'alliance avec Washington, elle a dit : « Oui, exactement de cette façon ».

Xi est arrivé en Allemagne directement d'un sommet à Moscou avec le président russe Vladimir Poutine, où Xi et Poutine se sont mis d'accord sur une politique nord-coréenne opposée à celle de Washington. Xi a publié un commentaire dans les médias allemands intitulé « Faire du monde un lieu meilleur », qui prônait des liens stratégiques sino-allemands plus proches et critiquait implicitement la politique « l'Amérique d’abord » de Trump.

Selon Xi, Berlin et Pékin devraient « jouer un rôle dirigeant et renforcer leur communication stratégique sur les relations bilatérales et les grandes questions internationales et régionales... Le G20 doit faciliter le développement ouvert, soutenir le système actuel de commerce multilatéral avec à son cœur l'OMC, et faciliter les échanges et les investissements pour stimuler la croissance mondiale ».

Lors d'une conférence de presse, Merkel a applaudi le projet chinois d'une « Route de la Soie » qui établirait un réseau d'infrastructures reliant la Chine, la Russie, le Moyen-Orient et l'Europe. « Nous participerions avec plaisir à de tels projets et espérons que les appel d'offres seront transparents », a-t-elle dit. Elle a mis l'accent sur un traité d'investissement qui permettrait de négocier un accord de libre-échange entre l'UE et la Chine, ainsi que des opportunités accrues pour les fondations allemandes de travailler en Chine après l'adoption d'une nouvelle loi chinoise sur les ONG.

Les responsables allemands et chinois ont également signé un contrat de 19 milliards d’euros pour l'achat par la Chine d'avions Airbus.

Sur fond de concurrence acrrue, Merkel a exigé des parts de marché plus larges pour les sociétés allemandes en Chine. « Nous voulons également être traités équitablement et avoir accès aux marchés », a-t-elle déclaré. « C'est très important pour nos entreprises ».

Thomas Oppermann, le chef de groupe parlementaire du Parti social-démocrate (SPD), a exigé que les puissances européennes adoptent une ligne plus explicitement hostile vers les intérêts américains au G20. « Si on essaie de réagir à Trump par un apaisement permanent, cela entraîne finalement une érosion des valeurs occidentales. Et il y a déjà de petits Trumps en Pologne et en Hongrie », a-t-il déclaré.

Oppermann a aussi demandé à Merkel d'unifier les 19 autres États du G20 contre Trump pour isoler les États-Unis : « Il pourrait également y avoir une bonne chance d'accomplir cela », a-t-il déclaré.

La visite de Xi à Berlin souligne l'effondrement des institutions et des alliances internationales qui ont structuré le capitalisme mondial depuis que la bureaucratie stalinienne a dissous l'Union soviétique en 1991. Alors que Washington menace d'attaquer la Corée du Nord, ce qui pourrait déclencher la guerre avec la Chine et la Russie, les puissances de l'OTAN sont profondément divisées. Le sommet du G20 n'est pas tant une conférence économique qu'un rassemblement de puissances rivales qui cherchent toutes à décider avec qui s’allier avant l'éruption un nouveau conflit mondial.

La visite de Trump en Pologne est une reprise de la stratégie américaine lors de la première confrontation majeure avec l'UE dans la période postsoviétique. En 2002, alors que l'administration Bush préparait son invasion illégale de l'Irak face aux objections de Berlin et de Paris, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a opposé la « Nouvelle Europe», c'est-à-dire les pays d'Europe de l'Est, aux pays de la « Vieille Europe » qui s'opposaient à l'invasion.

Ces conflits croissants entre les principales économies du monde constituent un avertissement aux travailleurs du monde entier. La visite de Xi à Berlin hier et la visite de Trump en Pologne aujourd'hui soulignent que le conflit sur l'Irak entre Washington et l'axe Berlin-Paris il y a quinze ans n'était pas un développement isolé. Au contraire, c'était le fruit d'antagonismes profonds et durables, enracinés dans les intérêts corporatifs concurrents des grandes puissances impérialistes, qui deux fois au cours du siècle dernier ont éclaté dans des guerres mondiales.

En visitant la Pologne à la veille du sommet du G20, Trump cherche à encourager l'opposition à l'UE, et en particulier à l'Allemagne, dont Trump a publiquement traité la politique commerciale de « vraiment mauvaise », avant de menacer de couper ses exportations d'automobiles vers les USA.

Trump doit parler aujourd'hui devant un monument de l'insurrection à Varsovie de 1944 contre l'occupation nazie de la Pologne, qui a été noyée dans le sang par l'armée allemande, avec la perte de 200 000 vies.

Les responsables du parti d’extrême droite au pouvoir, Droit et justice (PiS), en Pologne envisagent de faire venir par autocar nombre de leurs partisans à Varsovie pour applaudir Trump. Le leader de PiS, Jarosław Kaczyński, a salué la décision de Trump de parler à Varsovie avant le G20, en disant samedi un congrès du parti : « Nous avons un nouveau succès, la visite de Trump... [D'autres] l'envient ; les Britanniques nous attaquent à cause de cela ».

L'invitation ne reflète pas une large popularité de Trump en Pologne. Selon un sondage, seulement 23 pour cent des Polonais font confiance à Trump pour « faire ce qu’il faut » dans la politique internationale, comparé à 22 pour cent en Grande-Bretagne. Mais ke PiS veut utiliser la visite de Trump pour signaler qu'il a des alliés puissants dans ses conflits avec l'UE. L’UE a critiqué les initiatives du PiS visant à mettre la justice polonaise aux ordres, à bloquer l'immigration, à mettre en place des milices d'extrême droite et à consolider un régime autoritaire.

Les responsables américains ont clairement indiqué que Trump compte utiliser son discours en Pologne pour exposer sa position sur les conflits qui surgissent en Europe et au sein de l'alliance de l'OTAN entre Washington et les puissances européennes.

« Il fera l'éloge du courage polonais tout au long des heures les plus sombres de l'Histoire et célébrera l'émergence de la Pologne en tant que puissance européenne », a déclaré le général H. R. McMaster à la Maison-Blanche la semaine dernière. « Il proposera une vision, non seulement pour les futures relations de l'Amérique avec l'Europe, mais avec l'avenir de notre alliance transatlantique et ce que cela signifie pour la sécurité américaine et la prospérité américaine ».

(Article paru d’abord en anglais le 6 juillet 2017)