Les candidats attaquent les réfugiés, demandent le renforcement de l’état lors du débat électoral allemand

Par Johannes Stern
6 septembre 2017

Le très médiatisé débat télévisé dimanche soir entre la chancelière Angela Merkel (Démocrates-chrétiens, CDU) et son challenger social-démocrate Martin Schulz fut un spectacle politique dégoûtant. Merkel et Schulz ont été d’accord sur pratiquement toutes les questions et ont fait appel, entre autres, à une répression plus sévère contre les réfugiés, à plus de police et à une politique étrangère allemande et européenne plus agressive.

Les questions touchant des millions de personnes – les inégalités sociales et la guerre – ont seulement été mentionnées en passant. Le renforcement militaire majeure prévu après les élections, que les deux partis soutiennent totalement, n’a même pas été discuté.

Pendant la première heure du débat d’une heure et demi, les seuls sujets traités étaient la politique des réfugiés et les relations avec la Turquie. Encouragés par les modérateurs, les deux candidats ont fait des déclarations de plus en plus agressives contre les réfugiés et le gouvernement turc. Schulz attaqua à plusieurs reprises le chancelier depuis la droite. En 2015, Merkel a ouvert les frontières pour les réfugiés sans consulter d’autres États membres de l’Union européenne (UE), a déclaré Schulz. Il a ajouté qu’il ne pouvait que lui conseiller de ne pas « le refaire ».

Merkel a expliqué qu’elle travaillait pendant un certain temps en étroite coopération avec le SPD pour sceller les frontières de l’Europe et fermer les routes des réfugiés. Elle a approuvé l’accord de migration récemment signé avec le régime égyptien d’al-Sisi, l’une des dictatures militaires les plus brutales et les plus sanglantes au monde. Mais l’appel de la Chancelière pour plus de déportations ne va pas assez loin pour Schulz. « Là, nous pourrions être beaucoup plus rapides », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne la politique étrangère, Schulz a lancé une avalanche des menaces contre la Turquie à majorité musulmane, et il ne laisse aucun doute sur le fait que le SPD a une position tout autant à droite que celle de Merkel en matière de politique étrangère. « Je prends une position différente sur la question de savoir comment procéder avec M. Erdogan », a-t-il crié. Les seuls mots que le président turc comprend sont « Maintenant, c’est fini ». En tant que chancelier, il adopterait une « ligne dure » à l’égard de la Turquie, arrêterait tous les paiements à son gouvernement et romprait « les négociations pour rejoindre l’UE ».

Le cynisme des invocations de la démocratie et des droits de l’homme venant de Schulz a été révélé quand, comme Merkel, il a loué l’accord anti-réfugié de l’UE avec Ankara. Cet accord ignoble, que l’UE a négocié avec Erdogan en automne 2015, est une composante de la politique européenne de la forteresse Europe et a empêché les réfugiés des zones de guerre en Syrie, en Irak et en Afghanistan d’atteindre l’Europe.

Malgré le dernier essai nucléaire de la Corée du Nord, la discussion sur la crise dans la péninsule coréenne a été brève. Mais elle a éclairé les nouvelles ambitions de l’Allemagne et les tensions croissantes entre les États-Unis et l’Allemagne. « Il y a quelque temps, j’ai suggéré que les Européens devaient s’engager plus fortement. Parce que nous devons être clairs sur une chose : les États-Unis, sous la présidence de ce président, ne seront pas à même de faire le plus important. Même les forces constructives à Washington ne savent pas quand le président va déclencher son prochain tweet et, ce faisant, détruire une opportunité diplomatique ou l’autre », a déclaré Schulz. L’Allemagne doit donc se réunir avec les opposants de Trump à Washington, au Mexique, au Canada et avec les partenaires de l’UE pour résister à Trump.

Merkel a également déclaré qu’il y avait « des différences profondes avec le président américain », mais a toujours insisté pour dire que l’Allemagne a besoin des États-Unis comme « puissance pour la paix ». Elle a loué la coopération avec les États-Unis dans les guerres en Syrie et en Irak et l’annonce récente de Washington qu’il augmente le nombre de troupes en Afghanistan. Elle n’a naturellement pas expliqué le calcul cynique derrière cela. La classe dirigeante sait très bien qu’elle dépend de la machine de guerre américaine tant que Berlin et les autres puissances européennes se révèlent incapables de piller les régions riches en ressources et stratégiquement importantes du Moyen-Orient et d’Asie centrale sans le soutien de Washington.

Le vaste fossé entre l’élite politique et leurs laquais médiatiques et le reste de la population a été démontré dans la section sur la « justice sociale ». Les modérateurs étaient dithyrambiques sur la bonne situation économique en Allemagne et ont demandé à Schulz s’il vivait « dans un autre pays » quand il a critiqué les conditions actuelles. En réalité, l’Allemagne est l’un des pays les plus socialement inégaux au monde, avec 36 milliardaires allemands qui possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de la population. Environ un habitant sur six en Allemagne vit dans la pauvreté et un sur cinq a un emploi à bas salaire payant moins de 10 € de l’heure.

Schulz et Merkel ont cherché à détourner l’attention de leur propre responsabilité pour la catastrophe sociale en promettant une modeste augmentation des dépenses consacrées aux familles et promettant de lutter contre le chômage et le travail précaire. La dernière fois que le SPD a tenu le poste de chancelier avec Gerhard Schröder, le parti a présenté la plus grande vague de compressions sociales de l’histoire allemande d’après-guerre avec leur Agenda 2010 et les lois Hartz. Le SPD a gouverné pendant huit des douze dernières années avec le ministre des finances Schäuble et Merkel a poursuivi sa politique d’austérité dans toute l’Europe.

Dans la dernière partie du débat, les deux candidats se sont exprimés en faveur d’un renforcement majeur de l’appareil d’État au nom de la guerre contre le terrorisme. « Je ferai tout pour que les autorités soient à la hauteur du travail. Nous devons adopter toutes les mesures préventives afin d’identifier les menaces et de les expulser », a déclaré Schulz. Le social-démocrate a appelé à embaucher 15 000 nouveaux policiers et s’est vanté du fait que lui-même est « le fils d’un agent de police ». Il savait donc « ce que ces gens accomplissent » et a l’intention d'« y investir beaucoup d’argent ».

Merkel n’avait aucune intention de se laisser dépasser dans cette campagne pour établir un état policier. Elle a déclaré qu’elle avait l’intention d’améliorer les normes de sécurité dans chaque État et d’introduire une « loi modèle de police », de sorte que tous les policiers en Allemagne obtiennent le même équipement. À titre d’exemples concrets, le Chancelier a mentionné « l’interception et les opportunités pertinentes pour la saisie des données sur les réseaux sociaux » et les « contrôles-coups de filet » et la « surveillance vidéo ». Elle a rappelé que la capacité de « lire des téléphones mobiles » avait été introduite par son gouvernement.

Le programme de droite de Merkel et Schulz est soutenu dans tous ses éléments essentiels par tous les partis capitalistes. Lors d’un débat mercredi soir dernier, les dirigeants du Parti de gauche, des Verts, des Démocrates libres et de l’AfD ont préconisé davantage de policiers et plus de fonds pour la sécurité intérieure.

Trois semaines avant les élections, les sondages montrent que Schulz traîne loin derrière Merkel et ne fait aucun progrès. Mais indépendamment du résultat du vote du 24 septembre, la classe dirigeante mettra un gouvernement au pouvoir engagé à un renforcement militaire massive, à la réduction des prestations sociales et des salaires, et à la création d’un État policier. Le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP – Parti de l’égalité socialiste) est le seul parti à combattre de manière décisive le virage à droite de la politique officielle et à lutter pour une solution socialiste à la crise capitaliste mondiale.

(Article paru en anglais le 5 septembre 2017)