Le Premier ministre japonais soutien « l’option militaire » américaine contre la Corée du Nord

Par Peter Symonds
22 septembre 2017

Dans une tribune publiée dans le New York Times dimanche, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a apporté son soutien sans réserve à la montée en puissance téméraire et provocatrice américaine vers une guerre contre la Corée du Nord.

En se référant à la prétendue menace posée par la Corée du Nord, Abe a déclaré : « Le Japon a répondu en réaffirmant l’alliance à toute épreuve Japon-États-Unis, et le Japon s’est concerté en étroite collaboration avec les États-Unis et la Corée du Sud. »

Le premier ministre japonais a poursuivi : « Je soutiens fermement la position des États-Unis selon laquelle “toutes les options sont sur la table” ». Cette phrase, qui est devenue la signature des États-Unis quand ils indiquent qu’ils sont prêts à utiliser la force militaire pour imposer leurs exigences, revêt un sens encore plus sinistre depuis l’arrivée au pouvoir de Trump.

Trump a menacé le mois dernier de submerger la Corée du Nord sous « le feu et la fureur comme le monde n’en a jamais vu ». Cela a été renforcé par son discours devant les Nations Unies hier, dans lequel il a prévenu que les États-Unis devront peut-être « détruire totalement » le pays. Ces commentaires ne peuvent avoir qu’un sens : les États-Unis préparent l’annihilation nucléaire de la Corée du Nord.

En soutenant une guerre américaine contre la Corée du Nord, Abe a catégoriquement exclu toute issue négociée à cette épreuve de force de plus en plus intense. « Donner la priorité à la diplomatie et souligner l’importance du dialogue ne marcheront pas avec la Corée du Nord. L’histoire montre que la pression concertée de l’ensemble de la communauté internationale est essentielle », a-t-il écrit.

Ce qui a suivi a falsifié l’histoire de la position agressive de Washington envers Pyongyang après la dissolution de l’Union soviétique en 1991, qui représentait une stratégie à peine déguisée de changement de régime.

Les États-Unis retirèrent leurs armes nucléaires tactiques de la Corée du Sud et exigèrent que la Corée du Nord se dénucléarise. Après avoir fait référence à la décision de la Corée du Nord de se retirer du Traité sur la non-prolifération nucléaire, Abe a cité l’accord Agreed Framework [Cadre convenu] en 1994 comme exemple d’un accord qui a échoué.

« Nous savons ce qui s’est passé ensuite : plusieurs années après la livraison du fioul lourd et la construction des réacteurs à eau légère, la Corée du Nord a admis avoir un programme d’enrichissement d’uranium en violation de l’accord », a déclaré Abe.

Abe a omis le fait qu’en 1994, les États-Unis sous le président Clinton étaient sur le point de mener une guerre totale contre la Corée du Nord sous prétexte de la « menace nucléaire » qu’elle était censée représenter, mais qu’ils ont fait marche arrière face à l’étendu de pertes de vie humaines probables. En 2000, la construction de réacteurs à eau légère avait à peine commencé et les États-Unis n’avaient respecté aucune de ses autres promesses, surtout en ce qui concerne l’allègement du blocus diplomatique et économique de la Corée du Nord en place depuis des décennies.

Abe a fait porter la responsabilité à la Corée du Nord pour l’échec de l’accord Agreed Framework, mais c’est l’arrivée au pouvoir du président Bush en 2001 qui en fut responsable. Bush a immédiatement appelé à une révision de la politique américaine à l’égard de Pyongyang et, en 2002, a inclut la Corée du Nord dans l’« axe du mal » avec l’Irak et l’Iran.

De même, Abe a reproché à Pyongyang l’échec d’un deuxième accord de dénucléarisation en 2007. En réalité, le gouvernement Bush a accepté l’accord uniquement à cause des difficultés que l’armée américaine rencontrait pour maintenir son occupation militaire en Irak et n’avait aucune intention de respecter son engagement. Bien que la Corée du Nord ait respecté son engagement, Bush a exigé un régime d’inspection plus rigoureux, qui a eu l’effet de faire capoter l’accord. Obama n’a fait aucune tentative de le relancer et a poursuivi une politique visant à resserrer les sanctions contre la Corée du Nord.

La version tendancieuse d’Abe sur les « négociations qui ont échouées » répète bêtement ce qui est colporté sans fin par les médias américains et internationaux. Sa conclusion selon laquelle « le dialogue ne fonctionnera pas avec la Corée du Nord » équivaut à une menace de s’occuper de Pyongyang soit par un changement de régime, soit par une guerre.

Tout en louant les dernières sanctions de l’ONU suite au sixième test nucléaire de Corée du Nord ce mois-ci, Abe a déclaré que « le monde ne doit pas se contenter de respecter l’adoption de ces sanctions ». Il a insisté sur le fait que : « Il est maintenant temps d’exercer la plus grande pression sur le Nord. Il ne devrait plus y avoir de retards. »

Quel est l’objectif, cependant, de plus de sanctions si les négociations sont exclues ? Abe, comme le gouvernement Trump, appuie un blocus économique et financier paralysant de la Corée du Nord qui provoquerait une crise politique massive à Pyongyang et ouvrirait la voie aux États-Unis pour intervenir et évincer le régime.

Parallèlement, Abe exploite l’impasse avec la Corée du Nord pour faire pression sur la Chine, qui est officiellement un allié et, de loin, son plus grand partenaire commercial, ainsi que sur la Russie. C’est toute la portée de son accusation selon laquelle « il y a des pays, principalement en Asie, qui continuent de faire du commerce avec la Corée du Nord ; et pour certains, aussi récemment qu’en 2016, leur commerce a même dépassé celui de l’année précédente ».

Jusqu’à l’année dernière, les interdictions des Nations Unies étaient concentrées sur les programmes de missiles et nucléaires nord-coréens. Même les résolutions de l’année écoulée n’excluent pas toutes les échanges et les affaires avec la Corée du Nord. Ce qu’Abe préconise, c’est un embargo commercial complet – un acte de guerre qui pourrait précipiter une action imprudente par le régime instable à Pyongyang et déclencher un conflit.

Tout en marchant « au même pas » que le gouvernement Trump, Abe exploite la menace supposée de la Corée du Nord pour attiser une atmosphère de peur et de panique dans le pays, afin de faire avancer le programme de remilitarisation du gouvernement.

Abe a déjà fait adopter des lois inconstitutionnelles pour légitimer une soi-disant autodéfense collective, c’est-à-dire la participation militaire japonaise aux guerres dirigées par les États-Unis. Il veut créer le climat politique dans lequel il peut faire passer en force une révision complète de la constitution pour supprimer toutes les contraintes sur l’utilisation de l’armée pour poursuivre les intérêts prédateurs de l’impérialisme japonais.

Dimanche, les États-Unis ont organisé leur exercice militaire le plus provocateur à ce jour contre la Corée du Nord, en envoyant deux bombardiers stratégiques B-1B Lancer de Guam et quatre avions furtifs pour larguer de vraies armes sur un champ de tir sud-coréen à proximité de la zone démilitarisée séparant les deux Corées.

Les avions de guerre sud-coréens ont accompagné les avions américains dans la péninsule coréenne alors que des avions de chasse japonais se sont joints à eux au-dessus des eaux près du Japon – soulignant l’engagement d’Abe pour toute guerre américaine contre la Corée du Nord.

(Article paru en anglais le 20 septembre 2017)