Alors que Trump menace la Corée du Nord, la plupart des Américains sont contre la guerre

Par Peter Symonds
26 septembre 2017

Au milieu des menaces belliqueuses du gouvernement de Trump contre Pyongyang, un sondage d’opinion publié dimanche a confirmé que l’écrasante majorité de la population aux États-Unis s’oppose à une guerre contre la Corée du Nord et craint ses conséquences catastrophiques.

Le sondage du Washington Post et ABC News a révélé que 67 pour cent des répondants s’opposaient aux frappes préventives américaines contre la Corée du Nord et soutenaient une action militaire uniquement si Pyongyang devait attaquer les États-Unis ou l’un de ses alliés. Même parmi ceux qui « approuvent fortement » l’efficacité de Trump dans ses fonctions – une minorité qui se réduit comme une peau de chagrin – près de 60 % s’opposent à une attaque préventive contre la Corée du Nord.

Le sondage a également révélé une large compréhension, et des craintes, qu’une attaque américaine peut se transformer rapidement en une guerre beaucoup plus large. « Si les États-Unis lançaient en premier une attaque militaire contre la Corée du Nord, 82 pour cent des Américains disent que cela risquerait de déclencher une guerre plus large en Asie de l’Est, et 69 pour cent citent “un risque majeur” », a rapporté le Washington Post.

Dans sa diatribe fasciste aux Nations Unies la semaine dernière, le président Trump a averti que les États-Unis « détruiraient complètement » la Corée du Nord – une menace qui ne peut signifier que l’anéantissement nucléaire du petit pays économiquement arriéré. En réponse au discours à l’ONU par le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Young-ho dimanche, Trump a tweeté que lui et son chef, Kim Jong-un, « n’en auront plus pour longtemps ».

L’opposition générale à la guerre des États-Unis contre la Corée du Nord existe en dépit d’une campagne concertée menée par le gouvernement Trump et l’establishment politique et médiatique pour calomnier Kim Jong-un et son régime, exagérer grossièrement les menaces posées par l’arsenal nucléaire de Pyongyang et solliciter ouvertement l’opinion sur « l’option militaire » pour anéantir la Corée du Nord.

De larges couches de la population ne font pas confiance à Trump. Le sondage d’opinion a montré que plus de 60 pour cent ne lui font « aucunement » confiance pour gérer de façon responsable le face à face dangereux avec la Corée du Nord. Contre 37 pour cent qui ont déclaré qu’ils font « beaucoup » confiance à Trump pour gérer ce face à face.

Au milieu d’un effort concerté dans les médias américains pour présenter les hauts gradés de l’armée comme un frein à Trump le va-t-en-guerre téméraire, 72 % des adultes ont déclaré qu’ils avaient confiance dans les chefs militaires américains. Cependant, alors que son ton pourrait ne pas être aussi belliqueux et téméraire que celui de Trump, les actions provocatrices du Pentagone en disent plus long que ses mots.

Dans une menace directe à Pyongyang, Dana White, porte-parole du Pentagone, a rapporté que samedi, les bombardiers stratégiques américains B1-B accompagnés d’avions de chasse ont volé dans l’espace aérien international près de la côte est de la Corée du Nord. « C’est le point le plus au nord de la zone démilitarisée [séparant les deux Corées], qu’un avion de combat ou de bombardement américain a survolé au large de la côte nord-coréenne au 21 siècle », a-t-elle déclaré.

White a déclaré sur un ton menaçant : « Cette mission est une démonstration de la résolution des États-Unis et un message clair selon lequel le président a de nombreuses options militaires pour vaincre toute menace. » Après avoir répété le mantra que la Corée du Nord pose « une grave menace » au monde, elle a prévenu : « Nous sommes prêts à utiliser toute la panoplie des capacités militaires pour défendre le sol américain et nos alliés. »

En réalité, c’est l’impérialisme américain qui a démontré sa criminalité et son illégalité à maintes reprises au cours du dernier quart de siècle. Washington a mené à plusieurs reprises des guerres d’agression qui ont détruit des sociétés entières au Moyen-Orient, en Afrique du nord et en Asie centrale dans la poursuite de la domination mondiale.

Maintenant, avec une imprudence absolue, les États-Unis ont délibérément poussé l’épreuve de force avec Pyongyang au bord de la guerre – une situation dans laquelle un incident relativement mineur pourrait devenir le prétexte à une attaque massive contre la Corée du Nord et pourrait rapidement impliquer d’autres puissances nucléaires, y compris la Chine et Russie.

La mission des bombardiers près de la côte nord-coréenne est intervenue moins d’une semaine après que deux B1-B, avec quatre chasseurs furtifs sophistiqués du Pentagone, ont effectué un exercice de tir à munitions réelles dans un champ de tir sud-coréen proche de la zone démilitarisée. Les États-Unis ont rejeté les appels chinois et russes pour la suspension de leurs énormes manœuvres militaires annuelles avec la Corée du Sud en échange d’un arrêt par la Corée du Nord des essais de ses armes et ainsi jeter les bases de négociations.

Sous le gouvernement de Trump, la menace militaire maintenant habituelle de « toutes les options sont sur la table », revêt un nouveau sens. « Toutes les options » inclut l’option nucléaire – c’est-à-dire des attaques nucléaires sur la Corée du Nord –, comme Trump l’a clairement expliqué le mois dernier quand il a menacé la Corée du Nord de « feu et fureur comme le monde n’en a jamais vu ».

S’exprimant dimanche sur ABC News, le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, a cherché à diminuer la menace d’une guerre nucléaire, mais il a reconnu qu’elle a été discutée ouvertement à la Maison Blanche. Interrogé sur la possibilité d’une guerre nucléaire, Mnuchin, qui siège au comité de sécurité nationale de Trump, a déclaré que le président ne voulait pas de guerre nucléaire, mais a ajouté : « D’autre part, le président protégera le peuple américain et nos alliés. »

Mnuchin a également précisé que l’épreuve de force des États-Unis avec la Corée du Nord est exploitée par le gouvernement de Trump pour faire avancer un programme beaucoup plus large visant à empêcher tout rival ou groupe de rivaux de prétendre à la suprématie mondiale. Parlant du décret de Trump la semaine dernière, il a déclaré que ceci lui a permis d’imposer « les sanctions les plus fortes jamais mises en place. Je peux couper [l’accès aux marchés américains] des institutions financières partout dans le monde qui soutiennent la Corée du Nord ».

Ces sanctions dites « secondaires » visent en premier lieu la Chine et la Russie. De telles mesures pourraient également être utilisées contre les alliés de Washington en Europe s’ils font affaire avec la Corée du Nord ou d’autres cibles d’agression américaines comme l’Iran. Déjà, des divisions profondes émergent avec les puissances européennes sur la menace de Trump de mettre fin à l’accord de 2015 avec l’Iran pour se dénucléariser et adopter une attitude beaucoup plus agressive envers Téhéran.

Face à des menaces croissantes des États-Unis, la Corée du Nord a fait une réponse semblable, augmentant considérablement le risque de guerre. Dans son discours à l’ONU, le ministre des Affaires étrangères Ri a dénoncé Trump comme « une personne mentalement dérangée » et a averti que sa menace de détruire totalement la Corée du Nord a rendu la perspective d’une visite de « nos roquettes » sur le continent américain, « d’autant plus inévitable ».

Bien que de telles menaces ne fassent rien pour protéger le peuple nord-coréen, Pyongyang a clairement conclu qu’il n’y a pas d’autre option que de faire monter d’un cran ses propres fanfaronnades et d’accélérer son programme nucléaire. « Quoi d’autre pourrait être une menace plus grande que les remarques violentes […] de la part de l’autorité suprême de la plus grande puissance nucléaire du monde ? », a déclaré Ri.

Le danger de la guerre nucléaire ne peut toutefois pas être interrompu par des menaces réactionnaires d’anéantir les villes américaines qui ne peuvent que semer des divisions dans la classe ouvrière internationale, la seule force sociale capable de mettre fin à la marche américaine vers la guerre.

Le sondage du Washington Post-ABC donne un aperçu de l’opposition profonde à la guerre parmi les travailleurs aux États-Unis, qui ne trouve aucune expression dans aucune faction de l’establishment politique, y compris chez les diverses organisations de pseudo-gauches. Ces sentiments, qui existent dans tous les pays, doivent trouver une expression politique consciente à travers la construction d’un mouvement uni de la classe ouvrière internationale pour mettre fin au système de profit qui est la cause de la guerre.

(Article paru en anglais le 25 septembre 2017)