Les défenseurs impérialistes des «droits de l'homme» approuvent la répression du gouvernement espagnol en Catalogne

Par Chris Marsden
5 octobre 2017

La répression brutale par l'État espagnol du référendum de dimanche sur l'indépendance de la Catalogne a profondément choqué des millions de personnes dans le monde entier.

Le gouvernement de l'une des principales «démocraties» du monde a envoyé des policiers armés, applaudis par des manifestants fascistes, pour battre sauvagement et arrêter tous ceux qui ont osé exercer leur droit fondamental de vote. Barcelone, l'une des villes les plus cosmopolites du monde, a été transformé du jour au lendemain en une zone de guerre.

Au milieu de cette répression sanglante, les États-Unis et l'Union européenne se sont précipités pour défendre le gouvernement espagnol. Les chroniqueurs des principaux journaux, qui se spécialisent dans des lamentations au sujet des violations des droits de l'homme commises par les gouvernements que les États-Unis cherchent à renverser, ont félicité le gouvernement espagnol en tant que modèle de démocratie et de gouvernement constitutionnel.

Un cas typique est la chronique intitulée «la Catalogne meurtrie» qui a été publiée mardi dans le New York Times par Roger Cohen, porte-parole de la CIA qui se donne pour tache, depuis des décennies, de vendre des guerres à la population américaine.

Cohen déclare que le gouvernement du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy «avait raison sur le fond. Le référendum catalan était un simulacre imprudent».Il ajoute: «Le référendum était illégitime, ayant été suspendu par la Cour constitutionnelle espagnole».

Cohen conclut avec une ode idiote et pompeuse à l'Union Européenne, digne de Polonius: «C'est dans la souveraineté européenne, et non dans les drapeaux nationaux, que réside l'avenir brillant de tout Européen de bonne volonté».

Les Catalans sont dépeints comme des partisans d'un «bouleversement à tout prix» dirigé contre «l'ordre libéral de l'après-guerre en Europe ... incarné par l'Union européenne et les États-Unis en tant que facteur d’équilibre en Europe», qui «a introduit au cours des quatre dernières décennies en Espagne, et en Catalogne au sein de celle-ci, un niveau de prospérité et de stabilité démocratique inimaginable à la mort de Franco».

Tel est, sans aucun doute, le point de vue depuis la chambre d'hôtel cinq étoiles de Cohen, où il fait ses grandes déclarations sur la démocratie et les droits de l'homme.

Mais l'Espagne est un pays où le taux de chômage atteint désormais 17,8% et 38,6% pour les moins de 25 ans et où la moitié des ménages a des revenus inférieurs au niveau de pauvreté officiel après des années de mesures d'austérité dictées conjointement par Bruxelles et le Fonds monétaire international.

L'hypocrisie du New York Times est complétée par les mensonges éhontés du Washington Post, qui dépeint le résultat du référendum catalan comme le produit de l'intrigue russe contre l'Union européenne.

Les images de la «police anti-émeutes espagnole tirant des balles en caoutchouc et matraquant des électeurs voulant voter en Catalogne dimanche ont remis aux dirigeants de la région le récit parfait», déplore le Post, tout en ajoutant que la crise politique en Espagne est en fait le produit d'une «campagne imprudente et irresponsable des nationalistes catalans pour créer une république indépendante en violation de la loi ...»

Le Post poursuit en citant à la fois la Commission européenne et le président Trump en tant que voix faisant autorité qui s'opposent au séparatisme, en tant que contre-exemple à «l'Écosse séparatiste, au gouvernement paria du Venezuela et à l'appareil de renseignement et de propagande de la Russie», qui, prétend-il, «a mobilisé ses médias et ses serviteurs des médias sociaux à l'appui des séparatistes» afin de diviser et affaiblir «l'Occident démocratique».

Les médias américains véhiculent, comme toujours, une grossière propagande pro-impérialiste. Mais la même ligne essentielle est reprise par le Financial Times britannique. La répression de Rajoy est malheureuse, affirme ce dernier dans un éditorial, car elle «risque de donner crédit aux arguments des séparatistes selon lesquels l'Espagne moderne n'a pas rompu avec son passé autoritaire». Mais toute déclaration d'indépendance serait «une action irresponsable dépourvue de validité juridique et de légitimité politique» qui mériterait «une réponse glaciale des alliés européens et américains d'Espagne».

Il faut souffrir d'une amnésie politique aiguë pour accepter une leçon de morale aussi dégradée sur le respect de la souveraineté et de l'État de droit. La ligne adoptée par les messieurs de la presse est déterminée par une seule chose: les intérêts de leurs propres élites dirigeantes.

À maintes reprises, les mêmes publications, les mêmes journalistes, ont proclamé le droit absolu des forces séparatistes de se séparer de leur État parent chaque fois que cela faisait progresser les objectifs prédateurs des grandes puissances.

L'autodétermination pour les minorités de toutes sortes, religieuses ou ethniques, a servi de justification idéologique à la destruction de la Yougoslavie, aux guerres contre l'Irak, la Libye et la Syrie, et à tous les efforts pour empiéter sur les territoires de l'ancienne Union soviétique depuis la reconnaissance de la Géorgie en 1991.

Tout au long des années 1990, Cohen a écrit d'innombrables articles dénonçant l'OTAN pour ne pas avoir agi plus agressivement contre la Serbie et le gouvernement central yougoslave à Belgrade en défense des mouvements séparatistes en Bosnie et au Kosovo, déclarant en 2008 que «la suppression par Milosevic de l'autonomie du Kosovo était au cœur de sa conversion de la Yougoslavie en la 'Serboslavie' ...»

Les chroniques de Cohen ont contribué à la promotion du bombardement de l'OTAN contre la Yougoslavie, entraînant la mort d'innombrables milliers de personnes. De sa manière typiquement stupide et malhonnête, Cohen ne fait aucun effort pour concilier son soutien aux séparatistes de Kosovo et aux islamistes «rebelles» en Syrie, au nom de la défense des «droits de l'homme» contre Slobodan Miloševi&; et Bashar Al-Assad, avec ses louanges ardents de la répression de Rajoy.

De tels efforts pour justifier la répression de Madrid ont les plus graves implications.

Le New York Times, le Washington Post et autres déclarent illégitimes non seulement le séparatisme catalan, mais toute opposition à l'ordre capitaliste existant. Et la cible non avouée de la défense de «l'État de droit» est la classe ouvrière – pas seulement en Catalogne et en Espagne, mais sur tout le continent.

Et si les États et les institutions qui ont imposé cette agression sauvage sont déclarés sacro-saints, toutes les formes d'opposition politique et sociale doivent être traitées aussi impitoyablement que le référendum catalan, y compris par la répression militaire.

Le soutien de la répression espagnole par l'UE et l'administration Trump est entièrement conforme à la marche vers l'autoritarisme, la violence d’État et la répression des droits démocratiques par les gouvernements du monde entier.

Cette menace est très réelle en Espagne.

Lundi, le ministre de la Justice, Rafael Catala, a prévenu que le gouvernement invoquerait l'article 155 si le parlement catalan déclarait son indépendance. «L'article 155 est là. Nous allons utiliser toute la force de la loi», a-t-il averti.

L'article 155 suspend le gouvernement régional si «une communauté autonome ne remplit pas les fonctions qui lui incombent en vertu de la Constitution ou d'autres lois ...» Son imposition ne serait possible que par l'envoi de l'armée.

Cette menace a été soulignée par l'intervention extraordinaire du roi Felipe VI, qui a prononcé un discours dénonçant le gouvernement catalan pour «s'être mis hors la loi et à l’extérieur de la démocratie» et proclamant la «responsabilité des pouvoirs légitimes de l'État dans le maintien de l'ordre constitutionnel».

Le Comité international de la Quatrième Internationale s'oppose à la politique du nationalisme catalan d’un point de vue de gauche. Mais la lutte contre le nationalisme, y compris le séparatisme national, est une lutte politique qui nécessite de convaincre la classe ouvrière du besoin de lutter pour l'unité internationale et de rassembler les jeunes et les sections progressistes de la classe moyenne autour d'elle.

Cette lutte doit se dérouler sur la base d'une opposition intransigeante à la violence déclenchée par le gouvernement à Madrid et cautionnée par l'Union européenne impérialiste.