Québec solidaire va fusionner avec un parti nationaliste de droite

Par Louis Girard
21 octobre 2017

Québec solidaire (QS), un parti nationaliste québécois se disant «de gauche», a conclu une entente de principe pour une fusion avec Option nationale (ON), un petit parti indépendantiste ouvertement de droite. L’entente sera soumise aux membres des partis respectifs d'ici à la fin de l'année.

Cette fusion représente pour QS un pont vers un rapprochement avec le Parti québécois (PQ), le parti d’une section de la grande entreprise québécoise qui a imposé de féroces mesures d’austérité et soutenu la politique étrangère agressive du Canada – y compris sa participation aux guerres de conquête menées par Washington.

Les préparatifs pour une fusion ont été entérinés par les membres de QS lors de leur congrès de mai dernier. Un projet de pacte électoral avec le Parti québécois, recommandé par les dirigeants de QS, avait alors été écarté par les membres qui trouvaient le PQ tellement associé aux mesures d’austérité capitaliste et de chauvinisme anti-musulman que QS en sortirait discrédité. La haute direction de Québec Solidaire avait ensuite tendu la main au PQ en disant que la «collaboration» devait se poursuivre.

C'est l’un des principaux objectifs des deux chefs de parti qui ont signé l'entente de principe. Dans un article paru dans le quotidien Le Devoir, Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole masculin de QS, et Sol Zanetti, l'actuel chef d'ON, écrivent que le «processus mis en marche aujourd’hui pourrait déboucher sur la réconciliation de nos familles politiques respectives». Il s’agit en fait d’une seule et même «famille politique», qui englobe tout le mouvement souverainiste québécois, en particulier le PQ et la bureaucratie syndicale pro-capitaliste.

ON, qui provient d’une scission avec le PQ jugé trop mou sur l’indépendance du Québec, accusait jusqu’ici QS d’un intérêt excessif pour les questions sociales au détriment de la lutte pour la souveraineté du Québec. Si Québec solidaire a courtisé ce petit parti, qui a récolté moins de 1 pour cent du vote populaire aux dernières élections, ce n’est pas pour augmenter son score électoral. C’est plutôt pour se positionner par rapport au PQ, dont le chef Jean-François Lisée a écarté tout référendum sur la séparation du Québec lors du premier mandat d’un éventuel gouvernement péquiste.

Alors que de nouvelles négociations avec le PQ se profilent à l’horizon, Québec solidaire cherche à s’ériger, non pas en critique des politiques d’austérité du PQ, mais en plus nationaliste que le PQ et en véritable porte-étendard du projet réactionnaire d’une république capitaliste du Québec.

En s’associant à un parti politique formé par l’ex-banquier d’affaires Jean-Martin Aussant avec la bénédiction de l’ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau, QS veut aussi prouver à l’élite dirigeante qu’il constitue une force politique respectable, prête à se tailler une place dans l’establishment, et ne posant aucune menace à l’ordre capitaliste existant.

Québec Solidaire a une longue histoire de collaboration avec le PQ et les milieux souverainistes, particulièrement à travers les OUI-Québec (Organisations unies pour l'indépendance), un organisme dominé par le Parti québécois sur lequel QS siège.

En 2012, QS avait offert au Parti québécois de l'appuyer sans condition pendant un an s'il détenait la balance du pouvoir dans un gouvernement péquiste. Par un tel chèque en blanc, QS avait aidé la bureaucratie syndicale à détourner derrière le PQ une grève étudiante militante qui risquait de s’étendre à la classe ouvrière et de menacer tout le programme d’austérité de l’élite dirigeante québécoise et canadienne.

Si QS serre maintenant encore plus les rangs avec les autres formations souverainistes, c’est pour renforcer le rôle qu'il joue depuis sa fondation: utiliser son image de «gauche» pour redonner de la crédibilité au mouvement souverainiste et au Parti québécois discrédité. Le projet de fusion avec ON a été favorablement accueilli par les divers courants de la pseudo-gauche qui se sont dissouts au sein de QS.

En plus de diviser les travailleurs sur des lignes linguistiques, le programme de l’indépendance du Québec vise à renforcer la position géo-stratégique du grand capital québécois et à accélérer le démantèlement des services publics. Les couches aisées des classes moyennes que représentent QS voient dans ce programme réactionnaire un tremplin pour améliorer leur propre position sociale.

Chaque fois qu'il a été au pouvoir, le PQ a imposé des mesures d'austérité, autant sinon pires que son principal rival fédéraliste, le Parti libéral du Québec. Incapable d'offrir quoi que ce soit de progressiste devant l'immense crise du système capitaliste, le PQ, avec toute la classe dirigeante québécoise et les grands médias, s'est tourné vers un virulent chauvinisme anti-immigrants, que QS a aidé à légitimer en disant que le débat sur les «accommodements raisonnables» était «nécessaire».

Dans un contexte où les tensions de classe s'accentuent à travers le monde, la bourgeoisie a désespérément besoin de nouveaux mécanismes pour neutraliser l’opposition croissante des travailleurs et bloquer le développement d’un mouvement socialiste parmi les travailleurs.

En Catalogne, par exemple, divers courants séparatistes se sont rapprochés sur la base égoïste qu’une république indépendante catalane n’aurait plus à financer les régions plus pauvres d’Espagne. QS, dont les représentants se sont plusieurs fois rendus en Catalogne, voit le mouvement séparatiste catalan comme un modèle de «convergence» pour le mouvement indépendantiste québécois.

La coalition catalane vantée par QS est menée par les forces traditionnelles de la droite qui ont formé un gouvernement régional ayant imposé l’austérité capitaliste et brisé des grèves. Ceci n’a pas empêché Madrid de recourir aux mesures les plus violentes et anti-démocratiques pour contrer la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, emprisonner des dirigeants séparatistes catalans et préparer l’envoi de l’armée pour suspendre l’autonomie de la région.

Les autres «modèles» de QS, réaffirmés par Nadeau-Dubois et Zanetti, sont Bernie Sanders aux États-Unis et le parti La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Cela fait partie des efforts de QS pour se donner un air «radical» afin de mieux bloquer une véritable rupture des travailleurs et des jeunes avec le système capitaliste et avec les mécanismes politiques qui assurent sa survie.

C’est justement un tel rôle qu’ont joué Sanders et Mélenchon. Le premier, en se présentant faussement comme un socialiste, a ramené le sentiment de rébellion anti-capitaliste de millions de jeunes Américains derrière le parti démocrate pro-patronal. Le second, lui-même ex-dirigeant du Parti socialiste (PS), a fourni une caution «de gauche» à Emmanuel Macron, porté au pouvoir pour intensifier l’attaque anti-ouvrière lancée par le gouvernement PS précédent de François Hollande.

Nadeau-Dubois et Zanetti ont réaffirmé l’adhésion de leur nouveau parti à la «souveraineté économique». Ils critiquent les politiques de libre-échange non pas sur la base d’une opposition au système de profit, mais du point de vue des sections plus faibles du capital, qui perdent du terrain face à leurs rivales dans la lutte pour les marchés et les investissements.

Dans le contexte d’une hausse des tensions entre pays impérialistes, le protectionnisme est utilisé par les gouvernements à travers le monde pour faire porter la crise capitaliste à leurs rivaux, tout en accélérant les préparatifs pour la guerre.

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