Donna Brazile, ex-chef du DNC, soulève de nouvelles questions sur l’assassinat de Seth Rich, et affirme craindre pour sa vie

Par Andre Damon
9 novembre 2017

Une série de déclarations de Donna Brazile, ancienne présidente par intérim du Comité national démocrate (DNC), a de nouveau soulevé des questions sur la mort d’un membre du personnel du Parti démocrate, Seth Rich, le 10 juillet 2016.

Rich, alors âgé de 27 ans, occupait le poste de directeur des données du développement des électeurs du DNC depuis 2014. Il a été abattu à environ un pâté de maisons de son appartement dans le quartier de Bloomingdale à Washington.

Rich a été tué par deux blessures par balles dans le dos, dans une affaire de meurtre qui reste non résolue. La police a rapidement déclaré que son meurtre était un vol ayant mal tourné, malgré le fait qu’aucun de ses biens n’a été pris. Il a été tué deux semaines avant que WikLeaks commence à publier des courriels provenant du DNC.

Dans son nouveau livre, « Hacks : l’histoire intérieure des instrusions et des pannes qui ont mis Donald Trump à la Maison-Blanche » (Hacks: The Inside Story of the Break-ins and Breakdowns That Put Donald Trump in the White House), et dans des entretiens au cours des derniers jours, Brazile a dit qu’elle craignait pour sa vie après le meurtre de Rich.

Brazile est apparue dimanche dans l’émission This Week de la chaîne ABC pour discuter de son livre, dans lequel elle allègue que la campagne de Clinton a exercé une autorité inappropriée sur le DNC avant la sélection de Clinton comme candidate.

Interrogée par le présentateur, George Stephanopoulos, à propos de ses critiques au sein du Parti démocrate, Brazile leur a dit d’« aller au diable ». Elle a continué : « Et je leur dis d’aller au diable parce que : Pourquoi dois-je être la seule personne à ne pas pouvoir raconter mon histoire ? »

« J’ai entendu beaucoup de gens me dire d’autres choses aussi. Mais voici ce qu’ils ne savent pas […] Ils ne savent pas ce que c’est d’enterrer un enfant. Je l’ai fait : Seth Rich. »

Interrogé par Stephanopoulos : « Vous avez mentionné Seth Rich qui, bien sûr, a été tué pendant la campagne. Est-ce que vous vous sentiez menacée ? » Brazile a répondu : « Tous les jours », ajoutant : « Ma maison l’est en ce moment – j’ai tous les différents types de dispositifs de sécurité. J’ai dû faire passer au peigne fin ma maison pour des écoutes. J’ai dû faire passer le DNC au peigne fin deux fois. C’était horrible. ».

Une grande partie du livre de Brazile est consacrée à une critique de l’approche « axée sur les données » de la campagne Clinton, qui privilégiait les publicités ciblées plutôt que les campagnes traditionnelles sur le terrain et les efforts d’expansion des électeurs. Vu son intérêt pour cette question, il est probable que sa relation avec Rich, le responsable des données sur le développement des électeurs, ait été étroite.

La relation étroite de Brazile avec Rich indique clairement qu’il n’était pas un membre du personnel de « bas niveau », comme il a été généralement décrit. Il était clairement une figure notable dans le DNC. Brazile inclut Rich parmi ceux auxquels le livre est dédié, l’appelant « mon collègue et patriote du DNC, Seth Rich ». Elle rapporte que la mort de Rich : « a provoqué un sentiment d’insécurité [chez les gens dans le bureau du DNC] ».

Dans son livre, Brazile implique fortement que le FBI ait mené une enquête sur le meurtre de Rich, que l’agence a jusqu’à présent nié. « Le FBI a déclaré qu’ils n’y ont pas trouvé d’empreintes digitales », écrit Brazile, « mais ils ont promis de se pencher sur l’affaire ».

Brazile avance plusieurs motifs possibles pour son meurtre. Elle spécule que Rich aurait pu être tué par les « Russes », écrivant : « Avec tout ce que je sais maintenant sur le piratage des Russes, je ne peux pas m’empêcher de me demander s’ils ont joué un rôle dans son meurtre non résolu. »

À un autre moment, elle spécule que Rich aurait pu être tué par un adversaire du Parti démocrate. « Tout ce à quoi je pouvais penser était à Seth Rich. Avait-il été tué par quelqu’un qui était un opposant aux Démocrates ? Probablement pas, mais en tout cas, nous ne savions pas », écrit-elle.

Brazile se réfère seulement brièvement aux déclarations du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui a indiqué que Rich aurait pu être la source des courriels du DNC qui ont fuité, soulevant la possibilité qu’il ait été assassiné en conséquence. Brazile note qu’« un interviewer de la télévision néerlandaise a interrogé Julian Assange à propos de la mort de Seth. Sur la cassette que j’ai vue de l’entretien, Assange a alimenté une théorie du complot. Il laissa tomber son sourire et dit : “Nos sources prennent des risques”. Assange laissait entendre que Seth était une source pour WikiLeaks ! »

WikiLeaks a ensuite offert une récompense pour les informations menant à la condamnation des assassins de Rich.

Au cours de l’année écoulée, le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post ont dénoncé à plusieurs reprises tout écart par rapport au récit officiel selon lequel le meurtre de Rich serait un « vol bâclé » comme une « fausse nouvelle » et une « théorie du complot ».

Peu importe sur qui Brazile porte ses spéculations sur l’origine du meurtre, l’une des militantes du Parti démocrate les plus haut placées estime qu’il pourrait y avoir un motif politique à la mort de Rich. Pourquoi alors les grands journaux ont-ils dénoncé ceux qui cherchaient une explication politique à sa mort ?

(Article paru d’abord en anglais le 8 novembre 2017)