L'hystérie #balancetonporc vole au secours d’un gouvernement impopulaire

Par Francis Dubois
11 novembre 2017

Une campagne agressive a été déclenchée en France par les médias et le gouvernement contre le « harcèlement sexuel » dans le sillage de l‘affaire Weinstein aux Etats-Unis. Depuis mi-octobre, elle a été propagée de plus en plus massivement sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, sous les hashtags #balancetonporc et #metoo, ce sont surtout au départ des journalistes et professionnelles de l‘audiovisuel qui ont accumulé les allégations de méconduites ou de délits sexuels.

La campagne a été lancée le 13 octobre par une journaliste basée à New York, Sandra Muller. Elle déclare dans Libération avoir voulu, en créant le hashtag #balancetonporc, créer en France un effet similaire à celui de l'affaire Weinstein. Deux jours après, le président français Emmanuel Macron annonçait un projet de loi « contre le harcèlement de rue et le harcèlement sexuel ». Le lendemain, la secrétaire d´Etat pour l‘Égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa, confirmait le projet dans le journal catholique La Croix

#balancetonporc demande à des femmes de dénoncer des rencontres désagréables, sans distinguer un acte criminel d’une rencontre avec un mufle ou d’un simple malentendu. On alimente ainsi une atmosphère de lynchage médiatique et de chasse aux sorcières, où chaque figure publique est jugée selon qu’elle soutient ces dénonciations ou non.

Un instrument de la nouvelle « loi sur le harcèlement de rue » sera la création d‘une « police de la sécurité quotidienne » qui devra surveiller les voyageurs dans les trains, métros et autobus.

L’affaire Weinstein a vu des artistes de premier plan dénoncés pour des faits invérifiables datant de plusieurs dizaines d’années, et leurs carrières ruinées. Derrière l’affaire, il y a non seulement des éléments du Parti démocrate mais aussi l’ex-conseiller de Donald Trump et directeur du site d’extrême-droite Breitbart News, Stephen Bannon, sympathisant du Front national (FN). L'affaire Weinstein s’avère de plus en plus comme une tentative de droitiser la vie politique aux Etats-Unis sous couvert de politique de genre.

A présent, des milieux politiques proches de Macron s'activent pour importer ce mode opératoire politique en France. Des manifestations fortement médiatisées, rassemblant quelques centaines de personnes, ont été organisées le 29 octobre à Paris et dans d'autres villes de France à l‘appel du hashtag #metoo. Le gouvernement a explicitement soutenu les dénonciations sur Twitter. « Ça contribue à libérer leur parole, donc c‘est salutaire et ça ne peut être qu‘une première étape vers autre chose, vers parfois un dépôt de plaintes, » a dit Schiappa. 

Un mouvement est créé où toutes sortes de forces politiques peuvent se rallier à Macron, du FN jusqu'au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), en passant par La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon. La pseudo-gauche postsoixantehuitarde utilise depuis longtemps la politique de genre à des fins de promotion sociale. Elle réagit donc avec enthousiasme à cette initiative.

Si #balancetonporc, #metoo et le gouvernement des riches que dirige Macron prétendent « libérer la parole », leur campagne a surtout des allures réactionnaires. Plusieurs chercheurs critiquaient déjà, le 26 septembre dans Libération, qu’une nouvelle infraction pour « harcèlement de rue », viserait surtout « les jeunes hommes des classes populaires et racisées [victimes de racisme, qui] subissent déjà, plus que d’autres, le contrôle policier et les violences des forces de l’ordre ».

Un jugement renforcé par les accusations à l’encontre de l’islamiste suisse Tariq Ramadan, contre lequel deux plaintes pour viol ont été déposées ces derniers jours. Ramadan est une cible de longue date de l'extrême-droite française. Le site musulman francophone Oumma écrit, citant ses avocats: « ‘Le temps médiatique n’est pas celui de la justice et en aucune façon, le premier ne doit ni ne peut s’imposer au second’ .. à l’heure où certains journaux et médias, se substituant allègrement à la machine judiciaire, n’ont pas déjà dressé l’échafaud, mais presque… »

Le1er novembre, Charlie Hebdo se joignait à la campagne avec une caricature insultante de Ramadan qui n’aurait pas déparé les torchons antisémites des années 1930.

Manuel Valls, l’ex-premier ministre PS de Hollande applaudit sur Twitter : « Depuis des années je dénonce la duplicité de Tarik Ramadan, aujourd'hui la vérité éclate grâce à des femmes courageuses. Merci à elles! » Valls a été au centre des efforts du gouvernement Hollande pour développer une atmosphère anti-musulmane en France en prétextant la laïcité.

Valls – sous le gouvernement duquel on a imposé l’état d’urgence, brutalisé manifestants et manifestantes contre la loi travail et ont eu lieu des actes comme le viol du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois – tente aussi de redorer le blason terni de la police, qu’on présente maintenant comme ayant pour vocation de protéger les femmes en France

Ce n'est pas la première fois qu'une atmosphère d’hystérie sexuelle et de lynchage médiatique est répandue, fondée sur une masse d’allégations non vérifiées et qui sert à viser les musulmans.

Lorsque la classe dirigeante allemande a décidé, fin 2015, de se servir de la crise des réfugiés pour favoriser la construction d‘un parti d‘extrême-droite, elle a monté une campagne autour d‘allégations d‘agressions sexuelles par des immigrés maghrébins pendant la Saint-Sylvestre 2015 à Cologne. Sur des milliers de plaintes, seules 300 furent suivies de poursuites et 30 seulement de condamnations ; trois condamnations concernaient des délits d‘ordre sexuel. La plupart des condamnés étaient de petits délinquants qui reçurent des amendes ou des sursis pour vol de portable. Aujourd’hui ce parti, l’AfD, a quatre-vingt dix députés au Bundestag.

Les médias séparent arbitrairement la campagne de dénonciations sur Twitter de la situation du gouvernement Macron, de ses ordonnances, de la pérennisation de l’État d’urgence et des préparatifs de dictature visibles dans le soutien à un régime autoritaire en Catalogne. Mais en fait, on ne peut comprendre ces mesures en dehors du contexte politique.

La bourgeoisie française a été sonnée par la déstabilisation politique entraînée par l‘élection de Trump, la fragmentation de l‘Europe suite au Brexit, la résistance de la classe ouvrière à ses attaques sociales massives et l‘énorme colère sociale qui règne en France. Une majorité de Français déclare que la lutte des classes existe au quotidien.

Le gouvernement Macron, isolé et détesté en tant que « Président des riches », cherche à se construire une base politique en mobilisant la peur vis-à-vis des banlieues et des immigrés en se servant du harcèlement sexuel.

Macron essaie de rallier la classe politique sur un programme combinant féminisme et État policier. C'est un mouvement anti-ouvrier de la petite-bourgeoisie, dans lequel on ne parle que du rapport homme-femme et de questions identitaires, et non plus de la destruction des droits démocratiques, de la casse des acquis sociaux, et des préparatifs de guerre et de dictature.

Macron compte en cela sur le soutien des bureaucraties syndicales, de Mélenchon et de la pseudo-gauche. Ceux-ci lui ont déjà fait signe qu’il l’aideront en envoyant à la manifestation #metoo du 29 octobre à Paris l‘ex-candidat du NPA à la présidentielle Philippe Poutou et la conseillère de Paris LFI Danielle Simonet.

Les néofascistes ont d’ailleurs vite jugé le caractère de la campagne anti-harcèlement. Le FN a fait part de leur accord pour la nouvelle police de Macron, qui selon eux « peut avoir un sens sur ces questions [le harcèlement de rue] si on se pose les bonnes questions sur qui sont les agresseurs, » c‘est-à-dire en accuser les réfugiés et les immigrés.