Suite aux divulgations de Brazile, Sanders appelle à raviver le Parti démocrate

Par Patrick Martin
11 novembre 2017

Dans le cadre d'entrevues télévisées et d'une lettre ouverte à ses partisans politiques, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, a renouvelé son engagement et sa fidélité à vie envers le deuxième plus vieux parti capitaliste du monde. Il a envoyé un courriel de masse intitulé: «Revitaliser le Parti démocrate», peu après les élections au New Jersey et en Virginie, que les démocrates ont gagnées avec beaucoup d'avance.

Cette déclaration est la première véritable réponse de Sanders aux révélations de l'ancienne présidente par intérim du Comité national démocrate (DNC), Donna Brazile, concernant la prise de contrôle du DNC par la campagne d'Hillary Clinton en août 2015, six mois avant les premiers votes pour la nomination démocrate présidentielle.

L'accord commun de collecte de fonds entre la campagne d'Hillary Clinton et le DNC avait donné à Clinton un droit de veto sur les nominations et les actions du DNC, même si cette plus haute instance du parti devait, selon ses propres règles, demeurer neutre dans la rivalité entre Clinton, Sanders et plusieurs autres candidats.

Au lieu de condamner la collusion flagrante, qui a poussé le DNC à se ranger entièrement derrière Clinton pendant les primaires démocrates, Sanders a cité les divulgations de Brazile comme un argument pour s'unir avec les anciens conseillers de Clinton qui dirigent maintenant le DNC, comme l'actuel président du DNC, Thomas Perez, qui était secrétaire au Travail dans l'administration Obama et qui a appuyé Clinton pour la nomination présidentielle démocrate.

Sanders a écrit: «Ce que les extraits récemment divulgués du livre de l'ancienne présidente par intérim du DNC, Donna Brazile, ont montré clairement est qu'à moins que nous n'agissions ensemble, nous n'allons pas être efficaces, que ce soit pour affronter Donald Trump ou pour arrêter le programme d'extrême droite des républicains.»

«Pour faire cela, nous devons repenser et reconstruire le Parti démocrate. Nous avons besoin d'un Parti démocrate qui ouvre ses portes à de nouvelles personnes, à de nouvelles énergies, à de nouvelles idées. Nous avons besoin d'un Parti démocrate qui est vraiment un parti de la base, où les décisions sont prises du bas vers le haut, pas du haut vers le bas.»

Contrairement à ce que dit Sanders, le Parti démocrate est détenu et dirigé par Wall Street, pas par le peuple américain. C'est un des deux partis capitalistes, dirigés par l'aristocratie financière, qui existe pour donner une illusion de choix politique dans les élections pendant qu'ils suivent tous les deux les instructions des milliardaires.

Cette perspective n'est pas nouvelle pour Sanders. Malgré son «indépendance» de nom du système bipartite, il s'est présenté aux primaires démocrates tout en s'engageant dès le début à appuyer l'éventuel candidat démocrate. Après avoir perdu aux mains de Clinton, il a donné tout son appui à la candidate qui était la favorite de Wall Street, de l'armée et du renseignement.

Sa tâche principale pendant la campagne de 2016, qui se poursuit maintenant, est de donner un vernis populiste, voire «socialiste» à ce parti corrompu de la grande entreprise américaine. Conséquemment, dans sa longue déclaration par courriel, Sanders met de l'avant une série de réformes cosmétiques. Il exhorte ensuite ses partisans à les exiger du président du DNC, Perez, et de la Commission de la réforme et de l'unité du DNC, qui comprend d'anciens partisans de Clinton et de Sanders ainsi que d'autres membres désignés par Perez.

Parmi ces demandes, on retrouve la réduction, mais pas l'élimination, des super délégués, une participation plus ouverte aux primaires et aux caucus et une transparence accrue pour les procédures et le budget du DNC. En plus de ces demandes pathétiques, Sanders a exhorté ses partisans à signer une pétition à remettre à Perez afin de le pousser à agir quant aux propositions de réformes faites lors de la rencontre finale de la commission le 8 et 9 décembre. De façon significative, il n'a rien dit dans son courriel à propos de la décision par Perez de retirer plusieurs partisans de Sanders des comités du DNC qui supervisent les règles de l'organisation.

Sanders a poursuivi dans la même veine avec une série d'entrevues après les victoires électorales des démocrates mardi. Interviewé par Anderson Cooper de CNN mercredi, il a fait l'éloge de Donna Brazile pour avoir montré «un immense courage» en exposant les manœuvres en coulisses entre le DNC et le camp Clinton, mais n'a pas décrit les primaires comme étant «truquées». Il a continué: «Anderson, pour être très honnête avec vous, mon travail, notre travail, est d'aller de l'avant, c'est de faire tout ce que nous pouvons pour défaire ce programme de droite du Parti républicain représenté par l'administration Trump, pas de regarder en arrière.»

Jeudi, Sanders a longuement discuté avec le Washington Post concernant son appel à réformer le DNC, incluant des changements dans la façon que le DNC décide de l'appui financier pour les candidats au niveau local, des États ou fédéral. «Nous n'avons pas de transparence», a-t-il dit. «C'est dur, mais ça veut dire qu'il ne peut y avoir quelques personnes dans une réunion qui disent: “Nous ne pouvons appuyer cette personne au Kansas. Nous ne pouvons appuyer cette personne dans le Montana ou ailleurs”. Ce processus doit être beaucoup plus ouvert.»

Autrement dit, la «réforme» du Parti démocrate est une lutte sordide sur quels candidats va recevoir l'argent distribué par le DNC provenant de ses collectes de fonds auprès des «millionnaires et milliardaires» que Sanders prétend renier.

Selon le Post, Sanders leur a dit que les divulgations de Brazile ne devraient pas devenir une distraction. «Les médias aiment toutes les divisions, et Clinton versus Sanders: c'est bon», a-t-il dit, mais il n'a pas voulu s'étendre davantage sur le sujet.

Ces commentaires de Sanders ne représentent en aucun cas un changement dans son orientation, mais montrent de façon encore plus catégorique qu'il poursuit la même orientation politique établie pendant sa campagne pour les primaires démocrates. Stupéfait par l'appui de masse qu'il a reçu des jeunes et de sections des travailleurs pour ses prétentions (purement symboliques) d'être un socialiste, Sanders a cherché à repousser ce mouvement vers la gauche des travailleurs vers la camisole de force du système bipartite contrôlé par la grande entreprise, afin de faire obstacle à toute rupture de la classe ouvrière avec le Parti démocrate.

(Article paru en anglais le 10 novembre 2017)