RT qualifiée d'« agent étranger » aux États-Unis : Un acte alarmant contre la liberté d’expression

Par André Damon
13 novembre 2017

La chaîne RT America, la filiale américaine de RT (anciennement Russia Today), a annoncé jeudi que sous la pression du gouvernement des États-Unis, elle serait enregistrée comme « agent étranger » en vertu de la loi sur l’enregistrement des étrangers (FARA).

La demande du ministère de la Justice que RT s’inscrive en tant qu’« agent étranger » vise à délégitimer RT comme source d’information, à intimider ses journalistes et ses invités, et à créer un précédent pour des actions similaires contre d’autres médias.

Le gouvernement américain n’a donné aucune justification publique à sa demande, qui lui impose de fournir des informations sur ses finances et sur les personnes impliquées dans la direction du média. RT reflète clairement les vues du gouvernement russe et évite les critiques du régime Poutine. Cependant, les États-Unis n’ont fait aucune demande similaire par rapport à d’autres points de vente qui ont un financement et un soutien du gouvernement – la BBC, par exemple. En outre, les États-Unis exploitent un vaste réseau d’agences de presse qui travaillent, officiellement et officieusement, à promouvoir les intérêts de la classe dirigeante américaine dans le monde entier.

Les motivations du gouvernement américain sont entièrement politiques, liées à l’effort de présenter toute l’opposition aux États-Unis comme le produit des actions de la Russie. Dans ses reportages, quelles qu’en soient les raisons, RT fournit une plate-forme pour des voix critiques à l’égard de la politique du gouvernement américain.

Les États-Unis ont exprimé les raisons politiques pour se prononcer contre le radiodiffuseur dans le rapport du 6 janvier 2017 du Directeur du renseignement national américain sur « l’intervention russe » aux élections de 2016.

Le rapport allègue que « RT a diffusé, accueilli et annoncé des débats entre candidats tiers et a organisé des reportages en faveur du programme politique de ces candidats. Les animateurs de RT ont affirmé que le système bipartite des États-Unis ne représente pas le point de vue d’au moins un tiers de la population et constitue un “simulacre”. »

En plus, le directeur du renseignement national a dénoncé la couverture favorable de RT du mouvement Occupy Wall Street, déclarant : « RT a qualifié le mouvement de “combat contre la classe dirigeante” et a qualifié le système politique américain actuel de corrompu et dominé par les grandes entreprises ».

Plus récemment, les politiciens américains – dirigés par le Parti démocrate – ont développé un récit selon lequel la Russie, à travers des médias comme RT, a travaillé à « semer des divisions » aux États-Unis, comme si le peuple américain avait besoin de RT pour savoir que le système politique est corrompu et dominé par les grandes entreprises.

La campagne a été utilisée pour exiger un régime de censure sur Internet où des géants de la technologie tels que Google, Facebook et Twitter prennent des mesures pour bloquer ou rétrograder le contenu d’un large éventail de sites Web.

Plus tôt ce mois, Google a supprimé RT de sa liste de chaînes « préférées » sur YouTube, tandis que Twitter a bloqué toute publicité par la chaîne. En plus de sa répression sur RT, Google a apporté des changements radicaux à son moteur de recherche et son service de nouvelles qui ont considérablement réduit le trafic vers les sites web de gauche, anti-guerre et progressistes, y compris le World Socialist Web Site dont le trafic issu de recherches sur Google a baissé de 74 % depuis avril.

C’est précisément à cause de ses liens avec le gouvernement russe que le Département d’État américain l’a choisi comme première cible dans sa campagne pour persécuter, criminaliser et finalement mettre hors la loi tous les journalistes d’opposition.

Les hôtes de RT, y compris Chris Hedges, lauréat du prix Pulitzer, et Larry King, un animateur chevronné, seront-ils forcés de s’inscrire comme « agents étrangers » ? Est-ce que tous les invités de RT, dont des journalistes de gauche, des politiciens, des universitaires et même des célébrités sonnera-t-on à leur porte exigeant qu’ils présentent des papiers au ministère de la Justice ? Est-ce que toutes ces personnes vont maintenant être interrogées sur leur collaboration avec une « puissance étrangère hostile » ?

Ce mois, une organisation appelée European Values ​​Think-Tank, financée par l’ambassade et les fondations américaines associées au milliardaire George Soros, a publié une telle liste, incluant les noms de 2300 invités de RT, regroupés en politiciens américains et britanniques, journalistes, universitaires et célébrités. Ces personnes sont, selon le groupe de réflexion, les « idiot(s) utile(s) » d’une « puissance étrangère hostile ».

La liste comprend les journalistes Julian Assange, Max Blumenthal, Seymour Hersh, Jeremy Scahill, Ed Schultz et Matt Taibbi, ainsi que les universitaires Noam Chomsky et Stephen Cohen, ainsi que l’acteur Russell Brand et le cinéaste Oliver Stone.

Face à l’essor de l’inégalité sociale et à un renforcement militaire sans cesse croissant, le gouvernement américain s’emploie à faire taire toute alternative à ses organes de presse, étroitement surveillés et contrôlés, y compris les principaux journaux et réseaux de diffusion.

Le fait que RT soit ciblée en raison de ses positions politiques crée un précédent inquiétant. Cela signifie que la « propagande étrangère » est définie par des opinions politiques, jetant les bases d’un éventail beaucoup plus large de médias à être stigmatisés pour leur promotion supposée de la « propagande russe », inscrits sur une liste noire et finalement interdits.

(Article paru en anglais le 11 novembre 2017)