Le meurtre d’un Béret vert américain par des Navy Seals au Mali révèle les opérations militaires criminelles en Afrique de l’Ouest

Par Eddie Haywood
17 novembre 2017

Deux membres des Navy Seals, des forces spéciales américaines, font l’objet d’une enquête pour le meurtre en juin du sergent Logan Melgar, un membre des Bérets verts, après avoir été retrouvé mort dans un ensemble de logements mis à disposition par l’ambassade américaine à Bamako, au Mali. Aucune accusation n’a encore été déposée contre les deux commandos, mais l’affaire fait l’objet d’une enquête pour homicide.

Les deux Navy Seals, le quartier-maître Tony E. DeDolph et le premier maître Adam C. Matthews, ont été expulsés du pays vers les États-Unis et ont été mis en disponibilité.

Alors que les circonstances ne sont pas encore complètement établies, plusieurs sources au sein des opérations spéciales ont déclaré au Daily Beast qu’il y a eu une altercation entre Melgar et les deux Navy Seals vers 5 h du matin le 4 juin, où les trois se sont battus, avec comme résultat qu’un des Navy Seals, qui serait DeDolphin, a étouffé Melgar jusqu’à ce qu’il perde conscience.

Selon les responsables d’AFRICOM (le Commandement des États-Unis pour l’Afrique), les deux Navy Seals ont conduit Melgar à une clinique proche, où le personnel médical l’a déclaré mort. Les deux soldats ont affirmé que Melgar avait été en état d’ébriété au moment de l’altercation, mais le rapport d’examen d’autopsie de Melgar a signalé qu’aucune drogue ni alcool n’avait été trouvé dans son sang.

Melgar, ainsi qu’un nombre inconnu d’autres commandos d’élite, ont été déployés dans cette nation ouest-africaine pour mener des opérations de renseignement et d’entraînement contre des militants affiliés à Al-Qaïda qui faisaient la guerre au gouvernement soutenu par les Français.

Des informations venant de responsables américains sous le couvert de l’anonymat indiquent que les deux Navy Seals ont volé de l’argent dans une « caisse noire » mise de côté par l’ambassade des États-Unis dans le but de payer des informateurs au cours de la chasse aux combattants islamistes, et que Melgar avait découvert les vols et avait menacé d’alerter les autorités. Selon la source, les deux Navy Seals ont offert à Melgar une partie des fonds illicites, mais Melgar a refusé.

Dans un appel téléphonique à sa femme aux États-Unis, Melgar a exprimé ses soupçons sur les deux Navy Seals, disant qu’il avait un « mauvais pressentiment » à propos des deux hommes, mais a refusé de préciser ses doutes et lui a dit qu’il allait révéler toute l’histoire. quand il serait rentré.

L’AFRICOM a déclaré aux médias que des responsables avaient immédiatement soupçonné un acte criminel dans la mort de Melgar et avaient envoyé un enquêteur au Mali dans les 24 heures suivant la mort du Béret vert. Un médecin légiste militaire a déclaré que la mort était un « homicide par asphyxie ».

Selon le New York Times, les responsables militaires ont déclaré que les fonds provenant de tels fonds occultes « ont tendance à disparaître ». Les responsables ont également déclaré que dans le cas du Mali, le montant volé peut atteindre 20 000 dollars à un moment donné et qu’il est relativement facile d’écrémer le fonds, car de nombreux cas de vol impliquent le truquage de reçus.

L’ensemble de logements à Bamako où séjournait Melgar était partagé par trois autres soldats d’élite, dont les deux Navy Seals. Alors que le nombre de commandos d’élite au Mali est gardé secret par l’AFRICOM, le contingent déployé dans le pays est estimé être plus petit que les 800 soldats d’élite du Niger voisin et fait partie d’un contingent plus large d’environ 2000 soldats des forces spéciales déployées dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Pour sa part, Melgar a été officiellement chargé d’assurer la sécurité de l’ambassadeur américain au Mali, Paul Folmsbee. Ses fonctions de « sécurité » comprenaient le fait de fournir directement à Folmsbee des renseignements sur les groupes de combattants, ainsi que la protection de l’ambassade et du personnel américain, et la coordination des exercices d’entraînement avec les forces maliennes.

L’assassinat d’un Béret vert par deux de ses complices met en lumière et expose le caractère criminel plus large de l’offensive militaire américaine menée en Afrique de l’Ouest.

Les opérations spéciales américaines de grande envergure menées à travers le continent sont entourées de secret et n’ont été portées à la connaissance du public que le mois dernier lorsqu’une embuscade tendue par des militants islamistes a entraîné la mort de quatre Bérets verts au Niger voisin.

Les troupes des forces spéciales déployées en Afrique de l’Ouest proviennent d’unités militaires d’élite, dont les Bérets verts, les Navy Seals et la Delta Force, et ont mené certains des pires crimes de l’impérialisme américain contre l’humanité. La liste des tâches souvent illégales que ces forces effectuent comprend des assassinats, des opérations antiterroristes, des guerres non conventionnelles, des opérations psychologiques et la formation de forces étrangères que Washington souhaite utiliser comme force de substitution pour les opérations de changement de régime.

Au Vietnam, des troupes américaines d’élite se sont livrées à la torture et à l’exécution massive de civils, y compris des enfants, et à la destruction de villages entiers. Au cours de la période récente, ces forces se sont livrées à la torture, au viol et au meurtre en Irak et en Afghanistan.

Les deux commandos de la Marine qui font actuellement l’objet d’une d’enquête pour la mort de Melgar sont issus de la « Team Six » des Navy Seals, l’unité d’élite qui a participé au raid et à l’assassinat d’Oussama Ben Laden en 2011 dans son enceinte d’Abbottabad, au Pakistan.

La toile de fond de l’offensive militaire américaine en Afrique de l’Ouest est la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN en Libye en 2011 pour expulser Mouammar Kadhafi du pouvoir. En enrôlant et en utilisant des combattants affiliés à Al-Qaïda pour mener une opération de changement de régime qui a entraîné la capture et l’assassinat de Kadhafi, l’administration Obama a supervisé la destruction complète de la société libyenne. Les combattants islamistes se sont répandus à partir des ruines de la Libye et se sont dispersés à travers le nord de l’Afrique et dans le Sahel.

Washington a ses forces militaires sont réparties à travers l’Afrique de l’Ouest non pour « combattre le terrorisme » mais pour s’accaparer par la force militaire les vastes ressources économiques et la classe ouvrière de la région au profit des sociétés américaines. L’Afrique de l’Ouest possède d’énormes quantités de minéraux, y compris de l’or, des diamants, de l’uranium, des gisements de gaz et de pétrole, et divers autres minerais.

Washington cherche également à neutraliser l’influence économique croissante de la Chine sur le continent, où Pékin obtient des accords d’investissement dans presque tous les secteurs économiques, y compris les mines, le pétrole et le gaz, l’agriculture et les infrastructures.

Comme l’administration Trump assouplit les restrictions sur les règles d’engagement des forces spéciales américaines en Afrique, ce qui constitue une absolution officielle de tous les crimes commis par ses soldats, l’offensive menée en Afrique de l’Ouest par l’armée américaine menace d’engloutir toute la région dans une violence toujours plus intense.

(Article paru en anglais le 15 novembre 2017)