La guerre et le blocus saoudiens soutenus par les Etats-Unis mettent des millions de vies en danger au Yémen

Par Niles Niemuth
20 novembre 2017

Les dirigeants de l'Organisation mondiale de la santé, de l'UNICEF et du Programme alimentaire mondial (PAM) ont publié jeudi une déclaration commune demandant la levée immédiate du blocus du Yémen par l’Arabie Saoudite, mettant en garde contre la mise en danger de millions de vies dans le pays le plus pauvre du monde arabe.

Le 6 novembre, l'Arabie saoudite a dramatiquement intensifié sa guerre de presque trois ans contre le Yémen en mettant en place un blocus total de tous les ports, de l'espace aérien et des frontières du pays. L’action a été prise soi-disant en réponse au tir d'un missile unique depuis le Yémen qui a été abattu près de l'aéroport international de Riyadh.

Le blocus est un crime de guerre violant directement l'article 33 de la Conventions de Genève, adoptée à la suite de la Seconde Guerre mondiale et qui interdit la punition collective de civils. Selon une note confidentielle obtenue par Intercept, les experts de l'ONU estiment que l'Arabie saoudite bloque délibérément la livraison d'aide sans aucune justification légale.

Sur fond d’appels à lever le blocus, l'ambassadeur saoudien à l'ONU a facétieusement annoncé que les ports et les aéroports contrôlés par les forces soutenues par la coalition seraient rouverts, ce qui signifie que la plus grande partie du pays reste soumise au blocus. Hodeida, le port par lequel 80% de l'aide humanitaire entre dans le pays, est toujours contrôlé par les Houthis et ne peut donc recevoir de livraisons d’aucune sorte.

Le Directeur général de l'OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Directeur exécutif de l'UNICEF, Anthony Lake et le Directeur exécutif du PAM David Beasley ont tous averti que « d’innombrables milliers» de personnes mourront faute d’accès aux médicaments essentiels, aux vaccins et aux vivres. Avant que ce blocus asphyxiant ne soit mis en place le Yémen souffrait déjà de la pire crise humanitaire au monde.

« Le temps est compté et les stocks de fournitures médicales, alimentaires et humanitaires s’épuisent déjà », ont-ils averti. « Le coût de ce blocus se mesure au nombre de vies perdues. »

Leur déclaration a passé en revue une catastrophe qui est le produit des crimes de guerre quotidiens commis par l'Arabie Saoudite avec le soutien total du gouvernement américain. La presse occidentale a presque sans exception passé ces crimes sous silence.

Presque toute la population du Yémen, 20 millions sur 28 millions de personnes, a besoin d'une forme quelconque d'aide humanitaire ; 11 millions enfants et près de 15 millions de personnes n'ont aucun accès aux soins médicaux élémentaires.

Environ 17 millions de personnes ne savent pas où elles trouveront leur prochain repas et 7 millions dépendent totalement de l'aide alimentaire pour éviter la famine. Quelque 400 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sont sur le point de mourir de faim. Sans traitement, 150 000 enfants mal nourris mourront dans les mois à venir.

L'organisation d'aide internationale Save the Children a rapporté cette semaine que 50 000 enfants yéménites sont déjà morts de faim extrême ou de maladie cette année, plus de 130 mourrant chaque jour.

La monarchie saoudienne, à la tête d’une coalition d'autres monarchies sunnites du Golfe persique avec le soutien des Etats-Unis, mène une guerre brutale contre le Yémen depuis près de trois ans dans le but de repousser les rebelles houthis et des forces alliées qui ont pris le contrôle de la capitale, Sanaa, au début de 2015.

Les avions de chasse de la coalition saoudienne ont mené une campagne de bombardement implacable, détruisant hôpitaux, écoles, marchés, usines, ports et zones habitées, ainsi que des infrastructures électriques et hydrauliques essentielles. Cette campagne a été facilitée par des vols de ravitaillement, de renseignement sur les cibles et d'autres supports logistiques fournis par l'armée américaine, d'abord sous Obama et maintenant sous Trump.

Jusqu'à présent, la guerre saoudienne a directement tué plus de 12 000 personnes, dont plus de la moitié sont des civils. Environ 3 millions de personnes ont été déplacées.

La destruction des infrastructures du Yémen et l'effondrement de son système de santé ont conduit à la pire épidémie de choléra de l'histoire moderne, avec près d'un million de cas suspects depuis la fin de l'année dernière. Plus de 2 000 personnes sont mortes de maladie d'origine hydrique, facilement traitable lorsqu’il y a accès aux médicaments et à l'eau potable.

Alors que le nombre de nouveaux cas de choléra récemment déclarés a diminué, la Croix-Rouge a averti vendredi que les pénuries de carburant causées par le blocus ont mis près d'un million de personnes dans les villes de Hodeida, Saada et Taiz à risque de contracter la maladie.

Une épidémie de diphtérie, une infection bactérienne facilement évitable grâce à une vaccination adéquate, a déjà fait 14 victimes. Alors que la maladie a été presque entièrement éradiquée dans le monde, elle menace maintenant la vie d’un million d'enfants au Yémen, car les envois de vaccins ne peuvent entrer dans le pays.

La monarchie saoudienne affirme que les Houthis sont financés et armés par l'Iran, accusation que Téhran a continuellement rejetée. Mais les Saoudiens et leurs soutiens à Washington voient la guerre comme un effort vital pour bloquer l’émergence d’un Iran capable de défier la domination américano-saoudienne sur la Péninsule Arabe et le Moyen-Orient en général.

Le fait que le Yémen soit situé à la frontière du détroit de Bab al Mandab, un point d'étranglement géopolitique à travers lequel une grande partie des cargaisons de pétrole du monde doit passer, revêt une importance particulière pour Washington.

Lundi, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté une résolution non contraignante 366-30 reconnaissant le fait déjà connu que les États-Unis facilitent la guerre au Yémen sans aucune autorisation du Congrès. La résolution de la Chambre ne fera rien pour soulager les souffrances de millions d'hommes, de femmes et d'enfants yéménites.

Introduite d’un air grave par le député démocrate Ro Khanna, la résolution promet de soutenir les efforts saoudiens pour « améliorer leurs choix de cibles » et a spécifiquement condamné l'Iran. La résolution a également réaffirmé le droit des États-Unis de patrouiller dans le détroit de Bab el Mandab et de mener une guerre au Yémen sous le couvert usé de la guerre contre le terrorisme d’Al-Qaïda et de l'Etat islamique.

Si une poignée de députés et de sénateurs démocrates dont Khanna et le sénateur Chris Murphy prennent des postures critiques face au soutien du gouvernement Trump à l’hécatombe organisée par l’Arabie Saoudite au Yémen, les démocrates ne sont pas fondamentalement opposés à cette guerre, eux qui ont soutenu toutes les guerres initiées ou élargie par l'ancien président Obama, y compris celle du Yémen.

(Article paru en anglais le 19 novembre 2017)