Les États-Unis sont-ils au bord de la guerre nucléaire ?

Par André Damon
12 décembre 2017

Au cours des treize jours qui se sont écoulés depuis que la Corée du Nord a testé un missile balistique intercontinental capable d’atteindre une grande partie de l’Amérique du Nord, les États-Unis ont intensifié leurs menaces de guerre.

• Jeudi, l’ambassadeur américain aux Nations Unies Nikki Haley a averti qu’il était possible que les États-Unis n’envoient pas des athlètes participer aux Jeux olympiques d’hiver de 2018 en Corée du Sud, car ils ne pourraient pas garantir leur sécurité en cas de guerre.

• Dimanche dernier, le conseiller à la sécurité nationale, H.R. McMaster, a averti que la menace de guerre entre les États-Unis et la Corée du Nord « augmente chaque jour ».

• Le même jour, le sénateur républicain de la Caroline du Sud, Lindsey Graham, a averti que les États-Unis « s’approchaient d’un conflit militaire » avec la Corée du Nord et a exhorté les militaires à retirer leurs familles de la Corée du Sud.

Ces développements ont suscité des avertissements alarmés de la part de l’establishment de la politique étrangère des États-Unis ainsi que des organismes internationaux.

• Vendredi, le Washington Post a publié un récit hypothétique effrayant de Jeffrey Lewis, chercheur à l’Institut d’études internationales de Middlebury, intitulé « C’est ainsi que se déroulerait la guerre nucléaire avec la Corée du Nord ». Lewis a donné les détails alarmants d’un scénario où « près de 2 millions d’Américains, de Sud-Coréens et de Japonais étaient morts dans la guerre nucléaire complètement évitable de 2019 ».

• Samedi, le New York Times a averti que la rhétorique de l’administration Trump sur la Corée du Nord ressemblait de plus en plus à celle de l’administration Bush dans la perspective de l’invasion de l’Irak. Le journal a ajouté : « Des experts de l’extérieur concluent de plus en plus que les menaces de l’administration Trump ne sont peut-être pas vaines et que les autorités envisagent sérieusement d’attaquer la Corée du Nord et ses arsenaux nucléaires et de missiles ».

• Le même jour, l’envoyé des Nations Unies Jeffrey Feltman a déclaré qu’après des discussions avec les dirigeants nord-coréens, l’ONU et la Corée du Nord avaient conclu que « la situation actuelle était la plus tendue et la plus dangereuse au monde ». Avec l’avertissement : « Il n’y a plus de temps à perdre ».

• Dimanche, lors d’une cérémonie pour décerner le Prix Nobel de la paix à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, les représentants du groupe ont averti qu’ « il ne faut qu’une seule crise de colère [de la part de Trump] pour déclencher la destruction mutuelle » entre les Etats-Unis et la Corée du Nord.

• Dimanche, le chroniqueur conservateur George Will a clairement laissé entendre qu’une attaque américaine contre la Corée du Nord violerait le droit international, affirmant que les « crimes contre la paix » constituaient la base du tribunal de Nuremberg pour les crimes de guerre nazis. Will a conclu : « Les deux premiers chefs d’accusation dans les procès de Nuremberg de 1946 concernaient une 'guerre d’agression ».

De telles déclarations soulignent le profond malaise et la préoccupation avec lesquels de grandes sections de l’establishment de la politique étrangère américaine et internationale envisagent une guerre potentielle avec la Corée du Nord. Contrairement aux guerres successives menées contre l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie, les Etats-Unis n’ont pas de partisans internationaux dans une guerre potentielle contre la Corée du Nord. Ils opèrent de plus en plus en dehors du cadre du droit international, avec une indifférence flagrante envers les mandats des Nations Unies et le consensus de leurs anciens alliés.

Les critiques du gouvernement au sein de l’establishment politique américain craignent qu’une guerre contre la Corée du Nord ne soit un désastre absolu pour les Etats-Unis dans tous les scénarios imaginables, impliquant au moins des centaines de milliers de civils des deux côtés de la frontière de la Corée du Nord.. Une telle guerre briserait tout ce qui reste de l’autorité de Washington sur la scène internationale, ce qui en ferait un état paria.

La position de plus en plus belliqueuse à l’égard de la Corée du Nord, qui menace de l’engloutir dans une guerre bien plus désastreuse que l’invasion de l’Irak, a été un facteur important de spéculation sur la possibilité d’un coup de Palais à la Maison Blanche.

Dans un article publié dans le numéro actuel de Foreign Affairs, Scott D. Sagan prévient que le fait d’éviter une guerre potentiellement désastreuse avec la Corée du Nord pourrait donner un élan substantiel à la destitution de Trump par des sections de l’armée.

Sagan note que, d’une certaine manière, l’impasse américaine avec la Corée du Nord est encore plus dangereuse que la crise des missiles cubains, quand « des chefs civils forts ont contré les instincts dangereusement va-t-en guerre de l’armée américaine ». Mais maintenant, « c’est la direction politique aux États-Unis qui a fait des menaces imprudentes, et il est revenu au secrétaire à la Défense James Mattis (un ancien général) et des officiers supérieurs de l’armée d’être la voix de la prudence. »

Il ajoute : « Si les hauts responsables de l’armée croient à n’importe quel moment que Trump est affaibli, ils ont le devoir de contacter Mattis, qui devrait alors convoquer une réunion d’urgence du cabinet pour déterminer si Trump est « incapable de s’acquitter des pouvoirs et fonctions de son poste », et si donc il devrait invoquer le 25ᵉ amendement.

Si personne ne devrait sous-estimer le danger d’un tel coup militaire, l’idée que les dirigeants militaires américains serviraient en quelque sorte à freiner la marche de l’administration Trump vers la guerre dans le Pacifique est un vœu pieux. Le secrétaire à la Défense, « Mad Dog » (chien enragé) Mattis, a menacé de perpétrer un génocide contre la Corée du Nord, avertissant qu’une guerre pourrait mener à la « destruction de son peuple ». Le conseiller à la sécurité nationale HR McMaster a également déclaré que les États-Unis étaient prêts à lancer une guerre « préventive » contre la Corée du Nord, c’est à dire une guerre non provoquée.

Alors que les Etats-Unis sont confrontés à une accélération sans précédent de l’effondrement de leur hégémonie d’après-guerre, la possibilité existe qu’ils puissent partir en guerre simplement pour honorer les menaces de l’administration Trump.

Pendant ce temps, les rumeurs croissantes sur la possibilité de se débarasser de Trump par destitution, démission forcée ou l’invocation du 25ᵉ amendement renforcent la pression sur l’administration pour qu’elle cherche par la guerre une solution à la crise politique intérieure qui agite les Etats-Unis.

Tout cela souligne l’immense danger que représente le bras de fer nucléaire américain. Bien qu’il existe des divergences de factions au sein de l’élite dirigeante américaine sur l’opportunité d’une guerre avec la Corée du Nord, il n’y a pas de faction anti-guerre au sein de l’élite dirigeante. La politique exigée par les factions qui s’opposent à Trump – une escalade du conflit avec la Russie – pose son propre danger d’escalade vers une guerre mondiale totale.

Loin de mettre en garde contre le danger grandissant de la guerre, le Parti démocrate a passé les deux dernières semaines à intensifier sa campagne contre la prétendue collusion de l’administration Trump avec la Russie. Il œuvre simultanément à corrompre la conscience publique avec sa chasse aux sorcières contre « l’inconduite sexuelle » à Hollywood et au Capitole, visant à rallier une couche de la classe moyenne supérieure pour son conflit avec l’administration Trump.

La seule force sociale capable d’éviter une troisième guerre mondiale catastrophique est la classe ouvrière internationale. Cette force sociale doit être mobilisée, sur la base d’un programme socialiste, dans un mouvement anti-guerre international de masse, visant à mettre fin à la guerre et au système capitaliste qui la crée.

(Article paru en anglais le 11 décembre 2017)