Le Parti de gauche allemand soutient la politique de grande puissance du ministre SPD des Affaires étrangères

Par Johannes Stern
14 décembre 2017

Le fossé de classe qui existe entre le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, Parti de l’égalité socialiste) et le Parti de gauche pourrait difficilement être plus grand. Alors que le SGP est le seul parti appelant à de nouvelles élections et à se battre pour un programme socialiste contre la guerre et le militarisme, le Parti de gauche défend avec véhémence les intérêts du militarisme allemand et exige la formation rapide d’un gouvernement bourgeois de droite.

Dietmar Bartsch, leader du groupe parlementaire du Parti de gauche, a commenté le récent congrès du Parti social-démocrate (SPD) sur son compte Twitter : « Cher Martin Schulz, cher SPD, presque trois mois après les élections fédérales, les gens s’attendent légitimement à ce que vous n’engagiez pas des discussions sans limites avec Merkel, mais plutôt que vous imposiez des politiques justes dans le nouveau gouvernement fédéral. Bonne chance ! »

Bartsch sait très bien que le SPD n’appliquera pas de « politiques justes » dans le cadre d’une nouvelle grande coalition, mais continuera à poursuivre le retour de l’Allemagne à une politique étrangère agressive guidée par d’intérêts de grande puissance. C’est pour cette raison notamment que Bartsch soutient le SPD. En réponse à l’allocution très remarquée du ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel sur la politique étrangère lors du Forum sur la politique étrangère de la Fondation Körber, le 5 décembre à Berlin, M. Bartsch a déclaré à la radio publique ARD :

« Je salue expressément l’intention de l’Allemagne d’adopter une autre voie dans sa politique américaine. Il est grand temps que nous cessions d’être le béni-oui-oui des États-Unis, et que l’Allemagne joue un rôle affirmé dans le monde à travers le cadre européen. L’histoire montre, uniquement par le fait que les États-Unis ont même espionné le chancelier allemand, qu’il n’y a évidemment pas d’égalité entre les acteurs. Donc, pour être clair et précis : nous soutenons Sigmar Gabriel et espérons que cela deviendra rapidement une politique gouvernementale. »

Bartsch et le Parti de gauche montrent ainsi clairement qu’ils approuvent pleinement le retour du militarisme allemand et la voie suivie par le nouveau gouvernement fédéral. Gabriel n’a pas simplement exigé plus « d’égalité » avec les États-Unis, mais il a prononcé le discours le plus provocateur et agressif d’un ministre allemand des affaires étrangères depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le social-démocrate a esquissé une politique s’inspirant directement des ambitions de grande puissance de l’Allemagne au cours de la première moitié du XXᵉ siècle.

« À la suite de deux guerres mondiales dévastatrices, la politique étrangère allemande faisait partie de l’alliance transatlantique avec les États-Unis et ses alliés occidentaux, et a longtemps été limitée à la question allemande et à Ostpolitik », a déclaré Gabriel au début de son allocution. « Mais maintenant nous reconnaissons que même avec une grande prospérité économique dans notre pays, il n’y a plus de place confortable pour nous en marge de la politique internationale. Que ce soit pour nous en tant qu’Allemands ou Européens. »

Le discours était clair. Après sept décennies d’une politique étrangère relativement réticente, l’Allemagne, basée sur une Union européenne militarisée sous sa direction, doit recourir à une politique étrangère et militaire indépendante. Gabriel a non seulement identifié les États-Unis, avec ou sans Trump, comme un rival international, mais aussi la Russie et la Chine.

Gabriel a abordé sans vergogne les conséquences de la troisième course à la domination allemande du monde. « Une politique étrangère axée sur les valeurs, comme celle que nous, les Allemands, avons préféré poursuivre, ne sera certainement plus suffisante pour nous affirmer dans ce monde caractérisé par l’égoïsme économique, politique et militaire », a-t-il déclaré aux hauts responsables politiques et militaires. En clair, cela signifie que la classe dirigeante doit de nouveau recourir à des méthodes criminelles qui sont illégales en vertu du droit international pour poursuivre ses intérêts économiques et géostratégiques mondiaux.

Dans son appel à une politique étrangère plus stratégique, Gabriel s’est basé sur le politologue berlinois Herfried Münkler. Dans son dernier livre sur la guerre de Trente Ans, Münkler « fustige la classe politique en Allemagne » et se plaint d’une « fixation allemande sur la loi comme forme pour surmonter les défis politiques, ce qui équivaut presque à un refus de reconnaître la réalité ». Au lieu « d’analyser en profondeur ce qui se passe réellement », leur regard se tourne toujours vers « l’horizon des normes et des impératifs moraux », a déclaré le ministre des Affaires étrangères. Münkler, qui a déjà appelé l’Allemagne à redevenir le « gendarme » de l’Europe dans son essai « Pouvoir au centre » de 2015, a mis « le doigt sur un point sensible », a ajouté Gabriel.

Il faut aussi « se rappeler, cependant, que la période pendant laquelle l’Allemagne s’est autorisée à avoir des idées stratégiques était assez désagréable pour tout le monde », a ajouté Gabriel de manière provocatrice. Il faisait allusion aux crimes monstrueux de l’impérialisme allemand dans deux guerres mondiales, dont l’Holocauste et la guerre d’anéantissement à l’est lancée par Hitler, qui a coûté la vie à 27 millions de citoyens soviétiques.

Le fait que Bartsch puisse louer et soutenir un discours ouvertement militariste sans rencontrer aucune critique dans ses propres rangs, souligne le caractère réactionnaire et pro-impérialiste du Parti de gauche et les tendances pseudo-gauches qui le soutiennent. À mesure que les tensions entre les classes et les conflits entre les grandes puissances grandissent, ils se rapprochent de la classe dirigeante et abandonnent même les phrases sur les droits de l’Homme qu’ils ont utilisées dans le passé pour dissimuler leurs politiques de droite.

Sept partis sont maintenant représentés au parlement, plus qu’à aucun autre moment depuis la fondation de la République fédérale allemande. Mais tous se sont engagés à réhabiliter le militarisme allemand. Ce n’est pas une surprise. Le World Socialist Web Site a fait remarquer il y a quatre ans que Stefan Liebich, le représentant du Parti de gauche au sein du comité des affaires étrangères du Parlement, était impliqué dans la rédaction de l’étude par l’Institut allemand des Affaires internationales et sécuritaires (SWP), intitulée, « Nouvelle puissance – Nouvelle responsabilité ». Cela a servi en quelque sorte de plan directeur pour le retour du militarisme allemand.

Depuis lors, des représentants du Parti de gauche comme Bodo Ramelow (« Nous ne sommes pas pacifistes ») ont soutenu le militarisme, ou comme Sahra Wagenknecht (« Quiconque abuse du droit à l’hospitalité a perdu le droit à l’hospitalité »), ont mené une campagne qui ressemble à celle de l’Alternative pour l’Allemagne contre les réfugiés.

Le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP) et le Comité international de la Quatrième Internationale sont la seule tendance politique qui se bat par principe contre la guerre et le militarisme. Ceci est compris par des sections croissantes de travailleurs et de jeunes. La construction du SGP est la tâche centrale dans la lutte contre les attaques sociales, le militarisme et la guerre.

(Article paru en anglais le 13 décembre 2017)