La Maison-Blanche de Trump prépare une attaque de grande envergure contre les démunis

Par Patrick Martin
14 décembre 2017

L’administration Trump prépare un assaut frontal contre les programmes sociaux venant en aide aux Américains les plus démunis, selon un reportage publié lundi par le site web Politico. Le site Web poursuit en disant que cet assaut apporterait «les changements les plus radicaux en une génération aux programmes fédéraux constituant le filet de sécurité sociale, au moyen de la législation et de mesures exécutives pour cibler les bénéficiaires des coupons alimentaires, Medicaid et l’aide au logement».

Politico poursuit: «La Maison-Blanche est en train de préparer tranquillement un décret imposant une révision de haut en bas des programmes fédéraux sur lesquels s’appuient des millions d’Américains démunis. Les législateurs républicains entament les premières étapes de leur élaboration d’une législation qui rendra encore plus difficile l’admissibilité à ces programmes.»

Ce décret pourrait être publié dès le mois prochain. Dans une véritable conspiration politique contre les sections les plus démunies de la classe ouvrière, la Maison-Blanche, les dirigeants du Congrès et des dizaines de gouvernements d’États travaillent tous ensemble à réduire les dépenses dans les programmes d’aide aux plus démunis en leur imposant une combinaison de réductions d’avantages directs et un renforcement des conditions à leur admissibilité, maltraitant ainsi les familles les plus vulnérables dans le but de les chasser autant que possible des programmes dont elles dépendent actuellement.

Le département de l’Agriculture a déclaré la semaine dernière qu’il donnerait plus de pouvoir aux États pour limiter l’admissibilité aux coupons alimentaires, en imposant des tests de dépistage de drogues ou des exigences de travail plus strictes, même si la grande majorité des familles bénéficiant de coupons alimentaires comptent au moins un adulte au travail.

Les dirigeants républicains au Congrès ont indiqué que l’attaque contre les dépenses sociales au pays ne se limiterait pas qu’aux programmes assujettis à un examen du revenu tels que les coupons alimentaires et Medicaid, qui ne sont accessibles qu’aux familles à faible revenu. En effet, même les programmes de prestations plus généraux et fournissant des services à toutes les familles, indépendamment de leur revenu, seront également ciblés.

Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a déclaré la semaine dernière à la radio: «Nous allons revoir dès l’an prochain tous les programmes d’admissibilité.» Il a ciblé les soins de santé en promettant non seulement d’abolir Obamacare, abolition déjà tentée cette année, mais rejetée plus tôt par le Sénat, mais aussi de privatiser l’assurance-maladie, qu’il a dénoncée comme «des soins de santé gérés par le gouvernement».

Reprenant les déclarations sans cesse répétées par les républicains selon lesquelles il est nuisible d’aider les familles pauvres à avoir accès à des soins médicaux adéquats ou à mettre de la nourriture sur la table pour leurs enfants, Ryan déclare: «Nous avons un système de protection sociale qui piège les gens dans la pauvreté et les paie pour ne pas travailler.»

Le secrétaire à l’Agriculture, Sonny Perdue, a repris le même thème, appelant à de nouvelles réductions dans le programme de coupons alimentaires officiel, le Supplemental Nutrition Assistance Program (Programme d’aide supplémentaire à la nutrition) ou «SNAP». «Le programme SNAP a été créé pour fournir aux gens l’aide dont ils ont besoin pour se nourrir et nourrir leurs familles, mais ce n’était pas destiné à être un mode de vie permanent», a déclaré Perdue.

Les mesures préparées par l’administration Trump et les républicains au Congrès, à l'insu du peuple américain, vont faire en sorte que ce seront les couches les plus démunies de la classe ouvrière qui vont payer la réduction d’impôt massive accordée aux riches qui en est maintenant aux dernières étapes avant son approbation au Congrès.

Tant la Chambre des représentants que le Sénat ont déjà nommé leurs membres qui participeront à une conférence spéciale pour combiner différentes versions de la réduction d’impôt de 1,5 billion de dollars pour les riches approuvées à la Chambre en novembre et au Sénat la semaine dernière. Tout porte à croire que, loin de représenter la quête d’un «compromis», la conférence va en fait retenir les mesures les plus réactionnaires des deux versions de la Chambre et du Sénat pour produire un projet de loi final encore pire que l’un ou l’autre des projets de loi distincts.

Jeudi dernier, 54 républicains siégeant à la Chambre des représentants ont d’ailleurs envoyé une lettre à leurs dirigeants républicains en Chambre exigeant qu’ils restent fermes sur le plan de la Chambre d’abroger entièrement la taxe foncière – qui n’est payée que par 5500 familles super-riches – plutôt que d’accepter le plan du Sénat qui appelle à maintenir cette taxe, mais augmente la taille minimale de la succession à laquelle il s’appliquerait de 22 millions de dollars à 44 millions de dollars.

Par ailleurs, les républicains au Sénat ont demandé au comité de la conférence d’accepter la suppression de la pénalité fiscale prévue par l’Obamacare pour ceux qui n’achètent pas d’assurance-maladie, une mesure qui déstabiliserait le marché de l’assurance et laisserait 13 millions de personnes sans couverture de soins de santé.

L’essence de ce projet de loi, qui sera certainement conservée peu importe la version adoptée, est un abaissement de l’impôt sur le revenu pour les capitalistes et une augmentation de l’impôt sur le revenu pour les travailleurs. C’est une législation de classe du type le plus flagrant et le plus réactionnaire qui soit. Comme l’explique une analyse du projet de loi parue dans le New York Times, «pour la première fois depuis que les États-Unis ont adopté un impôt sur le revenu, un taux d’imposition plus élevé s’appliquera aux salaires et aux traitements des employés que celui imposé aux revenus gagnés par les propriétaires, les sociétés et les corporations fermées.»

Dans ces conditions, le Parti démocrate a choisi de porter son attention non pas sur le caractère historique de l’attaque menée contre les travailleurs, mais sur une série de scandales politiques, d’abord avec la supposée ingérence de la Russie dans les élections présidentielles de 2016 et maintenant sur la question des prédateurs sexuels présumés dans l’industrie du divertissement, les médias et le monde politique, et qui espèrent-ils saperont Trump.

Quatre sénateurs démocrates, dont Bernie Sanders, qui s’est présenté contre Hillary Clinton pour la nomination présidentielle en 2016, et Kirsten Gillibrand, qui mène l’actuelle purge sur l’inconduite sexuelle, ont appelé Trump à démissionner de la présidence en raison d’allégations d’inconduite sexuelle envers plus d’une dizaine de femmes, et impliquant des incidents étalés sur trois décennies.

Il est remarquable que les démocrates n’exigent pas que Trump démissionne à cause des crimes commis par son administration contre des millions de travailleurs – alors qu’il attaque les programmes sociaux, s’en prend à l’application des règlements sur la santé-sécurité et de protection de l’environnement, expulse les immigrants et révoque la protection du programme DACA de près d’un million d’immigrés amenés ici comme enfants – sans compter ses menaces contre le monde entier de déclencher une guerre nucléaire contre la Corée du Nord.

Non. Les démocrates préfèrent se concentrer entièrement sur la conduite personnelle de Trump avant son entrée à la Maison-Blanche plutôt que sur les politiques poursuivies par son administration. Pourquoi? Parce que les démocrates soutiennent eux aussi largement les mêmes politiques et feraient la même chose ouvertement et avec enthousiasme si ces mêmes mesures étaient mises en œuvre par une présidente Hillary Clinton.

Les démocrates agissent de la même façon dans leur campagne pour la course au Sénat en Alabama où les électeurs votaient mardi. Toute leur action a tourné autour d’allégations d’inconduite sexuelle lancées contre le candidat républicain Roy Moore et qui remontent jusqu’à 40 ans. Ils sont restés silencieux sur les conditions sociales effroyables créées par des décennies de règne républicain dans cet État du sud.

Selon un rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté qui a visité l’État la semaine dernière, l’Alabama affiche la pire pauvreté de toutes les régions du monde développé. Il y existe une prévalence de maladies comme l’ankylostome, qui n’existe que dans les zones les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne. Le responsable des Nations Unies, Philip Alston, a visité une communauté rurale où «les eaux d’égout s’écoulent des maisons par des tuyaux en PVC exposés vers des tranchées et des fosses ouvertes», a-t-il déclaré à un interviewer.

Les États-Unis comptent 41 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté officiel et affichent le deuxième taux de pauvreté le plus élevé du monde développé – juste après l’État d’Israël qui compte la vaste population palestinienne opprimée.

Le Parti démocrate se moque de tous ces problèmes et partage en fait la responsabilité des conditions dévastatrices auxquelles est confrontée la classe ouvrière et qui ont été aggravées de façon significative par huit années de politiques de droite sous l’administration Obama.

(Article paru en anglais le 12 décembre 2017)