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Manifestations contre Trump et la violence nazie à Charlottesville

Par nos correspondants
17 août 2017

Ces derniers jours, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à travers les États-Unis pour dénoncer les violences meurtrières des néo-nazis ce week-end à Charlottesville, qui ont fait un mort et 19 blessés. Les déclarations du président Donald Trump, qui fournissait une couverture politique aux auteurs de ces violences ont intensifié l'indignation provoquée par la quasi occupation d'une ville universitaire par des centaines de fascistes armés.

La manifestation antifasciste à Minneapolis

Des manifestations se sont déroulées lundi dans de nombreuses régions, dont Nashville, Durham, Minneapolis, New York et Washington, DC. À Nashville, au capitole, des manifestants ont tenté de retirer un buste de Nathan Bedford Forrest, un officier sudiste qui fut l’un des premiers dirigeants du Ku Klux Klan. À Durham, des manifestants ont renversé la statue d’un soldat confédéré.

Les journalistes du World Socialist Web Site ont parlé à des manifestants à New York City et à Washington DC. À Manhattan, des milliers de personnes s’étaient rassemblées devant la Trump Tower, où Trump effectuait sa première visite depuis son inauguration.

Jorge

Jorge, étudiant et technicien en droit au City College of New York, a déclaré: « Je suis ici pour protester contre Trump suite aux violences commises par le KKK et les nazis. C'est cela que Trump a permis, et il doit le reconnaître. Et même s'il est destitué, il y Pence et Sessions qui sont liés aux suprémacistes blancs, et tout ce gouvernement leur a offert une tribune. »

Il a ajouté: « Le fascisme n'a jamais pris racine aux États-Unis, mais il existe depuis les années 1930. Je pense que beaucoup de ces petits groupes ont pu se renforcer sous Obama. »

Quand le journaliste du WSWS a comparé la situation actuelle à la dépression des années 1930, Cruz a ajouté: « Je m’oppose au fascisme sous toutes ses formes. Le fascisme de Mussolini ou de Hitler contrôlait d’une certaine manière le capitalisme, mais aujourd’hui c’est presque une nouvelle forme. Trump fait si ouvertement ce que veulent les riches. »

Zack, un élève du secondaire venu avec deux de ses amis, a dit: « Notre école est basée sur les idées de Martin Luther King, et nous sommes venus rejoindre les gens qui s'opposent à ce que Trump fait. Il n'a pas qualifié de terrorisme ce qui s'est passé à Charlottesville. Ce sont ces gens-là qui le soutiennent et qui le protègent. »

Daniel, l’ami de Zack, a ajouté: « La base de Trump s'appuie sur leurs propres idéaux raciaux. Ils forment la majorité de sa base à présent. Ils pourraient mener un petit soulèvement, comme ils l'ont déjà fait. Ils pourraient aussi étendre leur influence et utiliser leur idéologie pour réprimer les gens. »

Daniel, Zack et Roscoe

Après qvoir évoqueé le consensus entre démocrates et républicains sur de questions dont le financement de l'armée, leur ami, Roscoe, a remarqué: « C’est devenu comme un match de football, et il n'y a même pas d'accord entre les républicains sur de nombreux points. Mais, le budget militaire est adopté et c’est simplement de trop. »

Christopher, un chômeur, a dit: « Je vois apparaître un Etat autoritaire. Je suis venu ici, et je ne vais pas d’habitude aux manifestations, car j'ai l'impression que le silence c’est comme de la complaisance. Les déclarations de Trump font que les nazis et les suprématistes blancs se sentent enhardis. Nous devrions les affronter et nous sentir encouragés à le faire. »

Christopher

« Trump s’est refusé à condamner la violence parce qu'il veut pouvoir compter sur ces groupes au moment de sa destitution. J'essaie d'être optimiste et je pense qu’on a touché le fond, mais les choses pourraient encore s’aggraver avant de s’améliorer. »

Au sujet des Démocrates, il a ajouté: « Je ne suis pas sûr de ce que je pense des Démocrates. Ils sont plus proches des intérêts patronaux que des nôtres. »

Kambale, né au Congo, a déclaré: « Je suis aux États-Unis comme réfugié et on me dit maintenant de rentrer au Congo. Je suis vraiment choqué de voir que les gens soutiennent Trump, mais beaucoup de choses changent. Il y a deux ans, je me baladais dans des vêtements de style africain, mais je ne le ferais plus maintenant. On ne sait jamais qui on va croiser. »

Kambale

« Quelque chose s’est passé durant la campagne de Trump, et je me souviens avoir dit à mes amis que même s'il ne gagnait pas les élections, ce mouvement ne disparaîtrait pas facilement. Il a agité les gens au-delà d'un certain point. Je m'inquiète pour les questions de vie et de mort. À Charlottesville, quelqu'un est mort à cause du narratif politique de cet homme. »

Interrogé sur la situation politique, il a ajouté: « Je pense que les grands partis politiques, et je veux dire les démocrates comme les républicains, n’abordent pas les problèmes auxquels sont confrontés les Américains. Et puis, beaucoup de choses sont restés les mêmes avec Trump. L'armée américaine est toujours en Afrique. Elle est toujours au Moyen-Orient. »

A Washington, les journalistes de WSWS se sont entretenus avec des manifestants devant la Maison Blanche. 400 personnes s’y étaient rassemblées pour ensuite marcher vers le Trump Hotel au centre-ville.

Emma, une jeune étudiante, a déclaré: « Il est évident que la haine n'a pas de place ici. Et pourtant, nous avons une alt-right (droite alternative) armée dans nos rues. Ils ont été mobilisés par l'élection d'un président qui sympathise avec eux.

Sur les électeurs de Trump, elle a dit: « Je pense que les gens ont voté pour lui parce qu'ils pensaient qu'il était un outsider qui s’exprimait ouvertement. Ils n'aimaient pas le président Obama. Les gens de la ‘rust belt’ (les zones industrielles sinistrées) avaient le sentiment de n'avoir plus leur place dans la société américaine, ce qui n'est pas vrai. »

Le WSWS a également parlé à Jake et à Misha, deux jeunes étudiants. Jake a dit: « Je pense que ce que nous avons vu hier était affreux. Même les médias ont fait des acrobaties intellectuelles pour éviter de dénoncer les manifestations. Pourtant, le slogan 'Love Trumps Hate' (l’amour surpasse la haine) fait preuve d’une mentalité libérale très américaine. Il y a très peu de socialistes ou de communistes authentiques ici. »

Les journalistes du WSWS a discuté avec des étudiants du rôle joué par Léon Trotsky pour procéder au diagnostic de la situation en Allemagne avant la montée en puissance de Hitler et sa lutte afin d’assurer une direction révolutionnaire à la classe ouvrière allemande. Misha a dit: « J'ai fait beaucoup de recherches sur cette période. Trotsky était un homme d'action qui avait compris quel type d'organisation était nécessaire pour vaincre la contre-révolution. Je crois qu’il nous faut une avant-garde révolutionnaire dans ce pays. »

Un membre du Socialist Equality Party (Parti de l'égalité socialiste) s’est adressé à la foule. Il a dit: « Il est clair que Donald Trump représente un danger mortel pour la classe ouvrière et qui doit être écarté. Mais sur quelle base et en vertu de quel programme? Le Parti démocrate n'arrêtera pas la montée du fascisme. En fait, l'extrême-droite est encouragée en grande partie par les trahisons de ce qui passe pour être la ‘gauche’ aujourd'hui. Nous appelons à la rupture avec les démocrates et les républicains. Tous deux sont responsables de la montée de Trump et l’on ne peut se fier à aucun de ces partis pour s’opposer à lui. » La foule a réagi par des acclamations et des applaudissements.

(Article original paru le 15 août 2017)