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Au milieu de fortes tensions, la Corée du Nord tire un missile de moyenne portée au-dessus du Japon

Par Peter Symonds
30 août 2017

La Corée du Nord a fait un essai d’un missile balistique à moyenne portée au tôt ce mardi matin, heure locale, une action qui ne peut qu’ajouter aux tensions élevées sur la péninsule coréenne. Le lancement a suivi le tir de trois missiles à courte portée samedi et intervient au milieu de manœuvres militaires américains et sud-coréens à grande échelle dans le Sud.

Le missile a volé environ 2700 km au-dessus de l’île de Hokkaido, au Nord du Japon, atteignant une altitude d’environ 550 km avant de s’écraser en mer à environ 1180 km à l’est du Japon. C’était la première fois depuis 2009 qu’un missile nord-coréen survolait le Japon.

L’agence de presse Yonhap a rapporté que de hauts gradés militaires des États-Unis et de la Corée du Sud ont décidé d’y répondre de manière forte, certaines des mesures militaires prises n’ont pas été précisées. Elle a déclaré que les présidents des deux conférences d’état-major interarmées ont convenu par téléphone « de prendre des mesures le plus tôt possible, qui peuvent démontrer la forte volonté de l’alliance, y compris des mesures militaires ».

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a dénoncé « l’acte imprudent de tirer un missile au-dessus de notre nation » comme « une menace sans précédent, sérieuse et significative ». Il a déclaré que le Japon avait déjà déposé « une protestation ferme contre la Corée du Nord » et a appelé à une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pour « renforcer encore la pression contre la Corée du Nord ».

Abe a ensuite déclaré qu’il a parlé par téléphone au président américain Donald Trump, qui a soutenu l’appel à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Selon Abe, Trump a déclaré que les États-Unis étaient « 100 pour cent avec le Japon » et a manifesté son attachement à la défense du Japon.

À l’instar d’Abe, la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop, a condamné le lancement de missiles comme un « acte provocateur, dangereux, déstabilisant et menaçant » et a déclaré que « nous sommes prêts à soutenir le Japon à tout moment ». Penny Wong, porte-parole du Parti travailliste qui est dans l’opposition, a rejoint le concert de condamnation en dénonçant ce tir de missile comme « provocateur et illégal ».

Si ce test de missiles de la Corée du Nord augmente de façon imprudente le risque de conflit en Asie du Nord-Est, la responsabilité principale de l’affrontement incombe aux États-Unis et à leurs alliés. Plus tôt ce mois-ci, en réponse à deux essais de missiles à longue portée par Pyongyang, le président Trump avait averti que les États-Unis allaient saturer la Corée du Nord sous le « feu et la fureur » si elle menaçait les États-Unis de quelque manière que ce soit.

Les États-Unis ont également refusé d’annuler les manœuvres militaires Ulchi-Freedom Guardian qui impliquent des dizaines de milliers de soldats sud-coréens et américains, ce qui équivaut à une répétition d’une guerre avec la Corée du Nord. Le régime de Pyongyang a condamné à maintes reprises ces manœuvres annuelles et a mis en garde les États-Unis contre toute attaque sur son territoire. Un petit nombre de soldats australiens participent aux exercices et l’Australie accueille des bases américaines servant aux renseignements, ainsi qu’aux Marines, aux navires de guerre et aux avions militaires.

Dans une lettre, lundi, l’ambassadeur de Corée du Nord à l’ONU, Ja Song Nam, a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’organiser de manière urgente une discussion sur les exercices militaires américano-sud-coréens. Il a comparé les exercices à l’ajout de « carburant à un feu sans garde-feu » et a accusé les États-Unis d’organiser « un exercice militaire conjoint provocateur et agressif à ce moment critique pour la péninsule coréenne, où la situation est comme une bombe à retardement ».

En même temps, les troupes américaines et japonaises viennent de terminer des manœuvres militaires, baptisés Northern Viper (NV17), sur l’île de Hokkaido. Les manœuvres du 10 au 28 août ont impliqué environ 2000 soldats des marines américains et 1500 soldats japonais au sol avec des avions de chasse F-16, des appareils Osprey MV-22, des hélicoptères militaires et pour la première fois au Japon des essais de tir du système lance-roquettes à haute mobilité M142.

Le colonel R. Scott Robe de l’armée de l’Air des États-Unis a souligné les conditions tendues dans lesquelles ces manœuvres ont eu lieu. « Misawa [la base aérienne] est une plaque-tournante pour les opérations de déploiement en première ligne si un scénario réel devait se produire ; il est essentiel pour nous de maintenir la sécurité et d’améliorer nos capacités combinées. » En d’autres termes, le NV17 a été un entraînement pour le « scénario réel » le plus évident – une guerre avec la Corée du Nord.

En lançant un missile au-dessus du Japon, le régime de Pyongyang a directement joué le jeu du gouvernement de droite d’Abe, qui a exploité la menace supposée de la Corée du Nord pour faire progresser son programme de remilitarisation du Japon. Depuis sa prise du pouvoir en 2012, Abe a renforcé le budget de la défense, a desserré les limites constitutionnelles imposées à l’armée et mène campagne pour réécrire la constitution pour supprimer les contraintes restantes.

Le gouvernement d’Abe a utilisé le lancement du missile pour alimenter de nouveau un climat de peur et de panique. Le système officiel d’information d’urgence a envoyé des alertes en quelques minutes avec le message : « Lancement de missile. Lancement de missiles. La Corée du Nord semble avoir lancé un missile. Veuillez vous mettre à l’abri dans des bâtiments solides ou des sous-sols. » L’alerte a été annulée un quart d’heure plus tard.

Le Japon et la Corée du Sud ont convoqué des réunions de leurs conseils de sécurité nationale respectifs ce matin. Alors qu’Abe jouait le danger du missile nord-coréen, l’armée japonaise a rapidement compris que le missile allait survoler le pays sans risque et n’a pas tenté de l’abattre.

Le Pentagone a publié un bref communiqué ce mardi matin, disant qu’il évaluait toujours le lancement du missile, tandis que le Commandement de la Défense aérospatiale de l’Amérique du Nord a déclaré que le lancement ne représentait aucune menace pour les États-Unis.

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement Trump n’avait fait aucune déclaration sur le test de missile. À la suite de la menace « de feu et de fureur » de Trump, le régime de Pyongyang l’a averti qu’il pourrait tester trois missiles de moyenne portée dans des eaux proches du territoire américain de Guam, qui abrite deux grandes bases militaires américaines.

Après que la Corée du Nord a fait marche arrière, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a laissé entendre la semaine dernière que des discussions pourraient être possibles parce que la Corée du Nord « a démontré un certain niveau de retenue » en ne faisant aucun essai de missile depuis le début d’août. Dimanche, il a minimisé l’importance du tir de missiles à courte portée la veille et a réitéré que les États-Unis poursuivaient leur campagne de pression « en vue de commencer un dialogue sur un avenir différent pour la péninsule coréenne et la Corée du Nord ».

Cependant, Tillerson et d’autres hauts responsables de Trump ont clairement précisé que « l’option militaire » reste possible si la Corée du Nord refuse de capituler devant les exigences des États-Unis qu’elle abandonne son programme nucléaire.

(Article paru en anglais le 29 août 2017)