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Verdict draconien contre un manifestant anti-G20 à Hambourg

Par Katerina Selin
31 août 2017

Le tribunal d’instance de Hambourg a rendu un premier verdict dans le cadre des procès en cours ayant trait aux manifestations et à la violence au sommet du G2 dans cette ville, début de juillet.

Le juge a infligé une peine de prison de deux ans et sept mois à un homme de 21 ans originaire des Pays-Bas ; il aurait jeté deux bouteilles de verre vides à un policier et résisté à son arrestation lors d'une manifestation. De l’avis de la cour, cela suffisait pour justifier une condamnation pour « émeute », avoir causé des lésions corporelles graves, être l’auteur d’une agression sévère contre les forces de l'ordre et avoir résisté aux forces de l'ordre.

Cette décision draconienne repose sur de faibles éléments de preuve. Le tribunal s'est appuyé sur les déclarations de deux agents d'une unité de police anti-émeute de Berlin, déployée à Hambourg pour le G20.

Peike S., l'accusé, est resté silencieux pendant le procès. Son avocate avait plaidé l’acquittement.

Il y a de bonnes raisons de ne pas accorder de crédit aux accusations des policiers. Dans le cas de l'interdiction de la plate-forme de gauche, le site Web linksunten.indymedia.org, par le ministère de l'Intérieur vendredi dernier, l’assertion par la police d'avoir trouvé des armes dans les appartements des administrateurs du site s’est rapidement avéré être un mensonge. Le ministère de l'Intérieur, interrogé sur le problème par le site Web netzpolitik.org, a été obligé de reconnaître qu'aucun objet dangereux n'avait été trouvé.

Le jeune homme condamné le 28 août n'a pas d’antécédents judiciaires et a déjà a fait plusieurs semaines de détention provisoire. Le 6 juillet au soir, il avait participé à la manifestation des autonomes de gauche , « Bienvenue en enfer » dans le quartier de Schanzen, qui prévoyait de marcher vers le centre de gauche « Rote Flora ». Une unité de la police antiémeute avec casques et matraques, vaporisateurs de poivre et canons à eau bloquait la route et a ordonné à la manifestation de se disperser. Lorsque les manifestants ont refusé de mettre fin à la manifestation et ont organisé des manifestations spontanées, les policiers sont intervenus avec les canons à eau et ont matraqué les gens. Des bouteilles ont été jetées depuis la manifestation en direction de la police.

L'accusé aurait jeté deux bouteilles qui ont touché le casque et la jambe d’un policier de 30 ans mais ne l'ont pas blessé. Il a dit qu'il ressenti une douleur, mais n'a pas reçu de traitement ni pris de congé maladie.

Au lieu de cela il est intervenu avec l'aide d'un autre officier contre Peike S. qu'il a identifié comme la personne ayant jeté les bouteilles de bière et l'a arrêté. Peike S. a cherché à se protéger de la police en se recroquevillant sur le sol et en tendant les muscles.

Cette « position fœtale » que le juge a estimé être de la « résistance », était un acte de légitime défense selon l'avocate de l'accusé. Son client s'était pelotonné par peur. Elle a également rejeté les autres accusations portées contre lui. Son identité n'a pas été confirmée hors de tout doute au procès, a-t-elle ajouté. En outre, l’accusation d’ « émeute » [littéralement « violation grave de la paix civile »] n'était pas justifiée, l’accusé faisant partie d'un petit groupe de moins de 15 personnes. Selon la Cour suprême fédérale, on ne pouvait parler de « violation de la paix civile » que dans le cas d’un groupe de 15 à 20 personnes au moins.

Les quelque 40 observateurs dans la salle d'audience se sont montrés choqués par le verdict. Le juge du tribunal d’instance, Johann Krieken, qui a une réputation de jusqu’au-boutiste, est allé encore plus loin dans sa condamnation que les demandes déjà sévères de la procureur, qui a requis une peine d'un an et neuf mois. Selon le Tageszeitung, le procureur a parlé d'intention criminelle importante de la part de l’accusé. Il fallait tenir compte de « conditions proches de la guerre civile » à Hambourg dans la détermination de la peine et dissuader d'autres délinquants potentiels. Il était donc, avant la décision du juge, clair selon elle que le procès ne visait pas à découvrir la vérité mais à donner l'exemple.

Le juge a fermement soutenu la police. Dans sa décision, il s’est appuyé sur la réforme d'une loi sur la protection des fonctionnaires chargés d’un service public, entrée en vigueur le 30 mai et facilitant la punition d’actes de résistance. Les policiers « ne sont pas des cibles légitimes pour une société du plaisir », a-t-il déclaré. Puisqu’ils ont été protégés par les législateurs, les tribunaux doivent également les soutenir, a poursuivi le juge. La présomption d'innocence en faveur de l'accusé ne semble plus jouer aucun rôle ici. Outre les déclarations des policiers aucun autre élément de preuve n'a été cité dans la presse.

Le verdict de Hambourg tourne en ridicule toute évaluation judiciaire minutieuse. Cela fait partie de la campagne politique contre « l'extrémisme de gauche » menée par tous les grands partis politiques et les médias allemands au cours des dernières semaines. La violence entourant le sommet du G20 a été délibérément exagérée afin de créer une atmosphère hystérique pour les prochaines élections législatives. Les politiciens et leurs porte-voix dans la presse sont tout-à-fait indifférents au fait que les enquêtes ont prouvé être sans fondement la plupart des histoires de soit-disant émeutes de gauche dans le quartier de Schanzen. Plusieurs politiciens, dont le maire social-démocrate de Hambourg, Olaf Scholz, ont réclamé à maintes reprises des peines sévères contre les manifestants détenus.

Il y a derrière la décision du tribunal des décisions politiques délibérées. Et ce n’est pas l’affirmation cousue de fil blanc du juge qu’il ne s’inquiétait pas de satisfaire les exigences des politiciens qui peut le dissimuler. La peine absurdement longue et les preuves très peu nombreuses sont les caractères typiques de décisions politiquement motivées telles qu’elles sont prises au quotidien dans des régimes dictatoriaux comme l'Égypte. L'objectif est de supprimer toute opposition aux politiques du militarisme, du renforcement de l'appareil d'État et de l'austérité sociale.

La police de Hambourg enquête actuellement sur 2.000 délits présumés par des opposants au G20. « Dans le cadre de la violence entourant le sommet du G20, le procureur du Land de Hambourg a enregistré 109 enquêtes contre des personnes dont les noms sont connus », a déclaré Carsten Rinio, porte-parole du procureur du Land, selon le Hamburger Abendblatt.

Une seconde procès-spectacle contre un manifestant du G20 a eu lieu hier. Le prévenu, Stanislav B., a été accusé d'avoir enfreint la loi sur les armes et les explosifs et la loi sur les réunions. Selon les enquêteurs, des gaz irritants, des lunettes de plongée, sept feux d'artifice, des « vêtements typiques de la scène » et deux billes se trouvaient dans son sac à dos lorsqu'il a été arrêté. Pour cela, il a reçu une peine de six mois avec sursis. L’avocat de la défense a annoncé qu’il ferait appel du verdict.

(Article paru d’abord en anglais le 30 août 2017)