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Chaque semaine, les États-Unis massacrent des centaines de civils syriens à Raqqa

Par Jordan Shilton
29 août 2017

L'offensive soutenue par les États-Unis contre le bastion de Raqqa, contrôlé par l'État islamique (ÉI), fait des centaines de victimes civiles chaque semaine, incluant des dizaines de femmes et d'enfants. Les aéronefs américains et des troupes au sol utilisent la force sans discrimination dans un quartier résidentiel où l'on estime à 25.000 le nombre de personnes prises au piège et où 270.000 ont déjà fui les lieux.

Selon Airwars, qui surveille les frappes aériennes menées par la coalition dirigée par les États-Unis en Syrie et en Irak, 725 civils ont perdu la vie depuis le début de l'offensive de Raqqa en juin. L'Observatoire syrien des droits de l'homme, un groupe de surveillance basé au Royaume-Uni ayant des liens avec l'opposition anti-Assad, a rapporté qu'entre le 14 et le 22 août seulement, 168 civils ont péri dans des attaques aériennes et dans des bombardements d'artillerie dirigés par les États-Unis.

La situation humanitaire est si mauvaise que les Nations Unies ont appelé la semaine dernière à une pause dans les opérations militaires afin de permettre aux civils de s'échapper. Un représentant à Washington à rejeté sans aucun égard le plaidoyer des Nations Unies, déclarant qu'une pause permettrait à l'ÉI «d'avoir plus de temps pour préparer ses défenses et ainsi mettre plus de civils en danger» et de «renforcer ses tactiques d'utilisation des civils comme boucliers humains».

L'impérialisme américain est déterminé à consolider ses intérêts géostratégiques et économiques en Syrie, en Irak et dans la région plus largement, contre ses rivaux, même si cela implique la destruction de centres urbains entiers et le massacre de dizaines de milliers de civils innocents. Alors que la propagande officielle de Washington clame que les États-Unis veulent éliminer l'ÉI, la raison principale de cet assaut sans merci sur des villes densément peuplées a été d'assurer que les forces appuyées par les États-Unis prennent possession de régions stratégiques dans l'est de la Syrie et l'ouest de l'Irak avant que les combattants pro-Assad, appuyés par les forces armées russes et les soldats iraniens, le fassent.

Un rapport d'Amnistie Internationale publié jeudi dernier a révélé que les troupes américaines, supposément déployées pour faire office de «conseillers» auprès des Forces démocratiques syriennes dominées par les Kurdes, effectuent des bombardements sans discrimination sur Raqqa. Un incident documenté par l'organisation a vu douze obus toucher un bâtiment résidentiel, causant la mort de douze personnes, dont un nouveau-né. «Mourir ou survivre repose sur la chance parce qu'on ignore où le prochain obus frappera», a affirmé un résident à Amnistie Internationale.

La principale conseillère d'Amnistie Internationale pour les situations de crise, Donatella Rovera, a indiqué que l'assaut dirigé par les États-Unis crée un «labyrinthe mortel» pour les civils, qui sont assaillis feu de tout côté. Elle a également accusé le gouvernement Assad de bombarder des villages au sud de Raqqa.

Des rapports suggèrent que près de 60% de Raqqa a été recapturée par les Forces démocratiques syriennes, menées par les Unités de protection du peuple, une milice kurde soutenue par les États-Unis. Mais même dans les zones censées être reprises par la milice, les soldats de l'ÉI continuent de lancer des contre-attaques.

L'horrible massacre de civils à Raqqa se produit seulement quelques mois après que les forces irakiennes soutenues par les États-Unis et leurs forces aériennes ont dévasté des pans entiers de la ville de Mossoul au nord de l'Irak. Les avions américains ont plusieurs fois employé une force disproportionnée sur des quartiers résidentiels, larguant régulièrement des bombes à munitions non guidées contre des tireurs d'élite de l'ÉI. Certains ont estimé le nombre de morts dans cette ville à 40.000, et il y a eu de nombreux rapports faisant état d'un non-respect systématique des droits de l'homme par les forces irakiennes, incluant des exécutions sommaires.

Ces crimes atroces contre les populations durement éprouvées de Syrie et d'Irak sont des crimes de guerre et des violations flagrantes du droit international, qui interdit le ciblage des civils et les attaques aveugles sur des centres urbains. Ces crimes n'impliquent pas seulement les hauts fonctionnaires de l'administration Trump, mais également le président lui-même qui s'est vanté d'enlever toute restriction dans l'utilisation des forces militaires. Il y a aussi le président Obama, qui est devenu le premier président américain à être en guerre durant deux mandats, et qui a lancé l'offensive de Mossoul.

La perspective imminente de voir l'ÉI forcé de quitter son dernier grand bastion urbain ne va pas mener à une diminution, mais plutôt à une augmentation de l'implication militaire américaine en Syrie. Les forces spéciales américaines et britanniques ont entrainé des rebelles islamistes syriens dans le sud-est du pays dans l'optique de les utiliser pour prendre les territoires de l'ÉI plus au nord, plutôt que de les laisser tomber aux mains des troupes d'Assad. La région de la frontière orientale est d'une importance stratégique considérable puisqu'elle permettrait à l'Iran d'établir un pont terrestre de Téhéran à Damas jusqu'à ses alliés du Hezbollah au Liban. L'administration Trump, qui a qualifié l'Iran de principal soutien du terrorisme dans la région, ne pourra tolérer une telle possibilité.

Un indice des discussions présentement bien entamées au sein des cercles dirigeants américains est donné par un article intitulé «Trump a-t-il l'intention d'entraver les ambitions de l'Iran en Syrie?» publié jeudi par Foreign Policy, qui avertit: «Le président risque de devenir célèbre dans l'histoire comme l'homme qui a vaincu l'État islamique pour ensuite rendre le Moyen-Orient sûr pour une hégémonie iranienne».

Alléguant qu'Israël se sent menacé par l'établissement d'un corridor iranien vers la méditerranée, l'auteur de l'article, John Hannah, qui a servi en tant que conseiller à la sécurité nationale de Dick Cheney sous l'administration Bush et qui est désormais chercheur principal pour la Foundation for Defense of democracies, s'attaque à démontrer que le principal objectif de Trump en Syrie devrait être de «prévenir un revirement fondamental dans le rapport de force en faveur des ennemis de l'Amérique les plus déterminés dans une région longtemps considérée vitale pour les intérêts américains».

L'utilisation incontrôlée de la force militaire par Washington ne se limitera pas à l'Irak et à la Syrie. Le 21 août, le président Donald Trump a parlé devant une audience composée de soldats en uniforme et s'est vanté qu'une totale liberté d'action serait donnée aux commandants militaires pour déterminer quand faire usage de la force brute pour «oblitérer» les ennemis en Afghanistan. Des dizaines de milliers de victimes civiles de plus sont à prévoir dans ce pays appauvri d'Asie centrale, où des centaines de milliers de personnes ont déjà perdu la vie dans cette effroyable guerre d'occupation néocoloniale dirigée par les États-Unis qui dure depuis 16 ans.

Trump et son secrétaire à la Défense ont utilisé un langage non moins incendiaire dans leurs menaces belliqueuses contre la Corée du Nord. Après que Trump a averti que Pyongyang ferait face au «feu et à la fureur» des États-Unis, Mattis n'a laissé aucun doute quant à l'ampleur de l'offensive qui se prépare contre Pyongyang en proclamant qu'une guerre avec la Corée du Nord mènerait à la «destruction de son peuple».

L'éruption de la violence impérialiste américaine sous des formes de plus en plus sanglantes est une condamnation accablante de toutes les forces politiques qui ont tenté, depuis le dernier quart de siècle, de dépeindre Washington comme le défendeur des «droits de l'homme» et de la «démocratie». Les démocrates, menés par les «libéraux» du New York Times, ont fournit la propagande nécessaire pour justifier la guerre en Irak en 2003, le bombardement de la Libye en 2011 pour mener à un changement de régime sous le prétexte fallacieux de «responsabilité de protéger» et enfin, de l'armement des rebelles islamistes en Syrie sous le motif de supporter une supposée «opposition» démocratique. Ils étaient appuyés par de multiples groupes de la pseudo-gauche qui allaient jusqu'à présenter les événements en Syrie comme une «révolution» et appelaient les États-Unis et ses alliés impérialistes européens à intervenir de manière plus décisive du côté des «rebelles».

L'an dernier, les grands médias ont dénoncé sans arrêt la Russie et le régime d'Assad pour les crimes de guerre et les violations du droit international commis lors de leur reprise de la ville d'Alep sous le contrôle des jihadistes islamistes armés par les États-Unis. Les centaines de civils tués ou mutilés par l'offensive conjointe des forces russes et syriennes ne se comparent pas aux dizaines de milliers massacrés dans les opérations menées par les États-Unis cette année, sans mentionner les millions de personnes tuées en raison des guerres d'agression ininterrompues lancées par les États-Unis à travers le Moyen-Orient depuis 25 ans.

Précisément pour cette raison, les principales agences de média ont délibérément cherché à dissimuler la couverture des récents événements, donnant autant de place aux dénégations absurdes de la part des militaires américains quant à leur responsabilité qu'aux rapports accablants d'Airwars et Amnistie Internationale.

Ces rapports n'ont pas arrêté Thomas Friedman, un chroniqueur au Times qui a effectué la propagande pour toutes les guerres d'agression menées par les États-Unis depuis les années 1990, de continuer à glorifier les prouesses militaires américaines. Dans un récent article intitulé «De Kaboul à Bagdad», Friedman s'enthousiasme de sa visite du centre de bombardement conjoint des États-Unis dans la ville d'Irbil, au nord de l'Irak, d’où ont été lancés plusieurs missiles qui ont fait des victimes civiles. Il a été témoin du lancement d'un missile de 500 livres en direction d'un bâtiment occupé par un tireur d'élite de l'ÉI, et n'a pu contenir son enthousiasme. «L'écran qui transmettait les images de la capsule de visée du F-15E a montré la bombe aller directement à travers le toit», écrit Friedman comme s'il décrivait un jeu vidéo.

«Nous avons atteint la cible, dit un des contrôleurs sur un ton monotone alors que d'immenses trainées de fumée engouffraient l'image vidéo». Tout ce qui restait, continue Friedman, était un tas de «décombres fumants», un résultat qui assurément a été produit des centaines de fois au cours de la brutale guerre aérienne américaine.

Au cours des derniers mois, les démocrates ont été le fer de lance d'une vicieuse campagne antirusse qui cherchait à mettre de la pression sur la Maison-Blanche de Trump pour qu'elle maintienne une position hostile à l'égard de Moscou.

La campagne antirusse a également dépeint les militaires, incluant Mattis, le chef de cabinet John Kelly et le conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster, tous impliqués dans les crimes de guerre américains à travers le monde, comme des «modérés» et les «adultes dans la pièce» capables de contenir Trump.

Le bain de sang infligé à l'Irak et à la Syrie, et la menace imminente de son expansion en Afghanistan démontrent à quel point ces affirmations sont frauduleuses.

(Article paru en anglais le 25 août 2017)