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Le professeur allemand de droite Jörg Baberowski menace les étudiants qui le critiquent

Par nos correspondants
15 février 2017

Jörg Baberowski, professeur d’histoire à l’université Humboldt à Berlin, réagit aux critiques de plus en plus nombreuses contre ses positions politiques d’extrême-droite en proférant des insultes grossières à l’encontre de ses critiques et en incitant ses étudiants à agir contre eux.

Le 8 février, Sven Wurm, le porte-parole de l’International Youth and Students for Social Equality (Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale, IYSSE) à l’université, ainsi qu’une autre étudiante, distribuaient tous deux des tracts pour annoncer la réunion de solidarité avec le Comité général des étudiants (Asta) de l’université de Brême qui est la cible de poursuites judiciaires engagée par Baberowski.

Wurm fut physiquement pris à partie par Baberowski qui l’insulta en menaçant d’appeler la police et en le photographiant sans sa permission. Baberowski continua ses dénonciations de l’IYSSE durant son cours en demandant aux étudiants présents d’agir contre l’IYSSE.

Baberowski accusa entre autres Wurm, qui fait ses études dans sa faculté, d’être un « fasciste en tunique rouge » et un « délateur répugnant ». Il a traité le mouvement de jeunesse du Comité international de la Quatrième Internationale de « sale secte stalinienne ». Il a accusé la direction de l’université d’être « lâche » et de permettre à « ces criminels de faire ce qu’il leur plaît ». au lieu de « simplement [leur] interdire l’accès aux salles de cours ». Baberowski a incité les étudiants à perturber la réunion de l’IYSSE. « Tout le monde peut faire quelque chose », a-t-il déclaré, en lisant à haute voix les coordonnées de la prochaine réunion de l’IYSSE.

L’action en justice intentée par Baberowski contre l’Asta de Brême a pour but d’obtenir une injonction préliminaire empêchant non seulement l’Asta de le critiquer mais aussi de citer certaines de ses déclarations. Mercredi 15 février, le tribunal de grande instance de Cologne se prononcera en première instance sur l’affaire. Si Baberowski sortait victorieux, cela créera un précédent qui rendra passible de lourdes amendes quiconque critiquera des positions politiques de droite.

L’Asta de Brême bénéficie d’un vaste appui. Le 2 février, une centaine d’étudiants étaient venus à une réunion de solidarité tenue à Brême et à laquelle des membres de l’IYSSE de Berlin avaient pris la parole. À Berlin, plusieurs associations d’étudiants, dont de l’Université libre et de l’université Humboldt, ont délivré des messages de solidarité. Des représentants de l’Asta de Brême seront présents à la réunion de solidarité de l’IYSSE prévue le lundi 13 février à l’université Humboldt.

Avec ses attaques virulentes à l’encontre de l’IYSSE, qui a remporté quatre sièges au parlement étudiant lors des élections de début d’année, Baberowski cherche à étouffer par l’intimidation toute critique à l’égard de ses positions droitières. Il profite de son autorité de professeur pour faire pression sur ses étudiants qui dépendent de lui à maints égards – de l’évaluation de leurs travaux jusqu’à leur carrière universitaire – pour les rallier à ses positions politiques de droite. S’ils le critiquent ou s’ils se solidarisent avec l’IYSSE, qu’il qualifie de « criminels », ils peuvent s’attendre à tomber en disgrâce.

La question n’est cependant pas celle d’une « campagne personnelle » menée par l’IYSSE contre Baberowski, comme il cherche à le faire croire. L’IYSSE combat plutôt les efforts entrepris par l’extrême-droite pour promouvoir son programme réactionnaire en supprimant la liberté d’expression et en intimidant les étudiants.

Baberowski n’est pas un professeur qui est victime de harcèlement et injustement attaqué. C’est un démagogue de droite qui utilise sa position à l’université Humboldt et ses relations avec les médias pour s’affirmer politiquement. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il ne promeuve ses points de vue de droite dans des articles de journaux, des entretiens, des émissions-débats et des apparitions publiques.

Pour avoir laissé entrer sur le territoire des réfugiés, il a accusé la chancelière conservatrice Angela Merkel de violer la constitution en décrivant la République fédérale comme une « république des vertus » où l’on ne pouvait exprimer son opinion, et il réclame un État policier.

Le fait que Baberowski prenne en ligne de mire l’IYSSE en recourant à un mélange de distorsions, de menaces et de mobilisation d’éléments de droite est typique de l’extrême-droite. Il emploie la même recette que celle utilisée par Donald Trump pour devenir président des États-Unis, et que le haut conseiller politique et stratège en chef de Trump, le fasciste Stephen Bannon, envisage d’utiliser pour faire rentrer tout le pays dans le rang.

Ce n’est pas par hasard que Breitbart News, le site d’extrême-droite dirigé depuis un certain temps par Bannon, a fait l’éloge du « célèbre professeur » pour ses déclarations anti-réfugiés. Le quotidien néo-nazi Daily Stormer a également applaudi Baberowski. Il en va de même pour le journal allemand d’extrême-droite Junge Freiheit et le parti fasciste NPD en Allemagne.

Par contre, Baberowski a défendu la victoire électorale de Trump dans un article intitulé « Contre la culture du politiquement correct », en écrivant, « Je voulais que mon vote compte, c’est ainsi qu’un citoyen américain a justifié sa décision de voter Trump. N’est-ce pas ce que nous voulons tous ? Alors nous devons aussi le concéder à tout le monde. »

Dans le Basler Zeitung, Baberowski a aussi défendu le politicien suisse d’extrême-droite Christoph Blocher comme un « brillant homme d’affaires conservateur » qui « n’est certainement pas un radical de droite ». Blocher détient des parts du Basler Zeitung qui publie une chronique régulière de Baberowski.

Dans son travail académique, Baberowski promeut aussi un programme explicitement de droite. En février 2014, il s’était prononcé en défense de l’apologiste nazi Ernst Nolte et avait déclaré : « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel. Il ne voulait pas que les gens parlent de l’extermination des Juifs à sa table. » Dans ses écrits, Baberowski minimise le rôle joué par l’antisémitisme dans l’Holocauste en affirmant que les généraux soviétiques ont imposé une guerre à la Wehrmacht, « qui n’a plus épargné la population civile. »

Cette banalisation et cette minimisation des crimes nazis ont une logique politique. En vue de préparer de nouvelles guerres et de faire une fois de plus de la xénophobie et du chauvinisme des moyens politiques, comme c’est actuellement le cas aux États-Unis, l’histoire doit être réécrite en Allemagne et les crimes de l’impérialisme allemand doivent être justifiés et blanchis.

(Article original paru le 13 février 2016)