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Les syndicats américains soutiennent le programme d’extrême droite de “l’Amérique d’abord” de Trump

Par Jerry White
24 février 2017

Les principaux syndicats des États-Unis soutiennent ouvertement les politiques de Donald Trump de « l’Amérique d’abord » en matière de guerre commerciale et de militarisme. Dans ce gouvernement de milliardaires, de généraux et de simples fascistes, la bureaucratie syndicale américaine a trouvé un esprit apparenté à sa mentalité arriérée et à son jingoïsme.

S’adressant aux journalistes la semaine dernière, le président du syndicat United Auto Workers (UAW, Ouvriers unis de l’automobile), Dennis Williams, a félicité Trump pour son opposition à l’Accord de libre-échange nord-américain (NAFTA) et sa rhétorique de guerre commerciale contre le Mexique et la Chine. « C’est le premier président qui a abordé cette question. Je dois l’en féliciter », a déclaré le président de l’UAW.

Williams a annoncé que l’UAW relançait sa campagne « Achetez Americain » et le boycott des voitures étrangères. Il a dit que le syndicat allait bientôt diffuser des annonces télévisées basées sur le thème, « Si elle n’est pas fabriquée en Amérique, ne l’achetez pas. »

Le lendemain, à l’usine Boeing d’avions commerciaux en Caroline du Sud, Trump a déclaré : « Nous croyons en deux règles simples : acheter américain et embaucher des américains. » Dans un clin d’œil au Syndicat de la métallurgie (United Steelworkers), il a déclaré que les projets des pipelines Keystone et Dakota Access, qu’il a relancés par décret, seraient construits exclusivement avec de l’acier Made in America.

Trump n’a pas fait mention du rejet stupéfiant par les travailleurs qui n’ont pas reconnu le syndicat IAM (Association internationale des ingénieurs) comme leur représentant syndical dans l’usine lors d’un vote trois jours plus tôt. Le vote à 3 contre 1 rejetant l’IAM a exprimé le mépris que les travailleurs ressentent envers les syndicats après des décennies de collaboration syndicale avec les entreprises pour détruire les emplois et les niveaux de vie.

En tant que magnat de l’immobilier à New York et développeur de casino à Las Vegas, Trump a longtemps entretenu des relations étroites avec les syndicats. Son choix pour le secrétaire au Commerce, le milliardaire Wilbur Ross, a travaillé avec le Syndicat de la métallurgie au début des années 2000 alors qu’il achetait et restructurait l’industrie sidérurgique, réalisant un bénéfice de 1 milliard de dollars en détruisant les emplois et les pensions de retraite de milliers de travailleurs.

Le président du Syndicat de la métallurgie, Leo Gérard, a été parmi les plus fervents enthousiastes de Trump, se vantant que « Donald Trump a utilisé nos propres mots » pour critiquer « les politiques commerciales qui ont échouées » du passé.

Lors de son premier jour d’activité à la Maison Blanche, le 23 janvier, Trump a accueilli les dirigeants de plusieurs syndicats du bâtiment pour discuter de l’infrastructure et des projets de pipelines renouvelés. Après la réunion, le président de l’Union internationale des travailleurs d’Amérique du Nord, Terry O'Sullivan, a déclaré : « Pour des milliers d’hommes et de femmes qui travaillent dur, qui ont été exclus de notre économie pendant trop longtemps, cela commence à ressembler à un nouveau jour. » O'Sullivan a précédemment dirigé l’entreprise Union Labor Life Insurance Company, qui a investi dans des projets de Trump.

Le président de l’AFL-CIO (la centrale des syndicats), Richard Trumka, siège au panel de l’Initiative pour les emplois industriels de Trump, au côté du chef adjoint du personnel de l’AFL-CIO et de Thea Mei Lee, qui s’est spécialisé dans l’agitation anti-Chine. L’instance comprend 28 membres dont les PDG de Ford, General Electric, US Steel et d’autres sociétés, et a pour mission de relancer l’industrie américaine en réduisant les impôts des sociétés, en abolissant la sécurité au travail, les règles environnementales et le droit du travail, et en utilisant des mesures de guerre commerciale pour gagner des parts de marché et des profits pour les sociétés américaines.

En défendant la politique de déportation massive d’immigrants mexicains en situation irrégulière, le conseiller principal de Trump, Stephen Miller, a déclaré : « Nous devrions avoir un programme dans lequel on accorde la préférence à l’embauche d’abord aux travailleurs américains. Le président avait mené campagne là-dessus. C’est une question où les syndicats sont d’accord avec nous. »

Il y a une longue histoire de racisme anti-immigrants venant de la bureaucratie syndicale américaine. Les premiers syndicats aux États-Unis appuyaient des restrictions strictes à l’immigration, y compris l’Exclusion Act anti-Chinois de 1882, et ont tenu les travailleurs étrangers responsables de la baisse des salaires. Lors de son congrès de 1900 à Louisville, dans le Kentucky, l’AFL (Fédération américaine du Travail) avait mis en garde contre un « danger menaçant les travailleurs américains », le « travail de coolies chinois et japonais bon marché » et a appelé le Congrès à revenir à la loi d’exclusion des Chinois.

Ce sont les premiers socialistes qui se sont opposés à la préférence pour les travailleurs de souche et au racisme et qui ont mené une lutte pour unir tous les travailleurs, noirs et blancs, de souche et immigrés, contre la stratégie des employeurs consistant à diviser pour mieux régner. L’IWW (International Workers of the World), dont le Congrès fondateur de Chicago a célébré la première révolution russe de 1905, ont dirigé des grèves héroïques dans le textile chez Lawrence et les fabriques de soie de Paterson en 1912 et 1913, qui ont unifié les ouvriers immigrés des usines, dont les enfants travailleurs, d’Europe du Sud et de l’Est.

Un élément critique de la conscience de classe était de comprendre que la victimisation des travailleurs immigrés, tout comme l’oppression raciale des travailleurs noirs, était une attaque contre toute la classe ouvrière. Lorsque la classe ouvrière, dirigée par des socialistes et des militants de gauche, a finalement fait la percée de former des syndicats industriels de masse dans les années 1930, les travailleurs conscients de classe ont rejeté à la fois l’anticommunisme et les perspectives pro-entreprises de l’AFL (Americain Federation of Labor – Fédération américaine du Travail) et la xénophobie et l’antisémitisme des démagogues fascistes comme le père Coughlin de Detroit.

Les purges anticommunistes à la fin des années 1940, menées par des dirigeants du CIO (Congrès des syndicats industriels) tels que le président de l’UAW, Walter Reuther, ont porté un coup dur et tourné les syndicats dans une direction de trahison pure et simple des intérêts des travailleurs en favorisant le partenariat corporatiste avec les grandes entreprises et l’État. Cela a été institutionnalisé avec la fusion du CIO avec l’AFL en 1955 sur une base explicitement anti-communiste et pro-impérialiste.

Les conséquences catastrophiques d’un mouvement ouvrier basé sur le capitalisme et le nationalisme ont été révélées lorsque la domination du capitalisme américain d’après-guerre s’est érodée et qu’il a commencé son déclin au début des années 1970. Dès 1979-1980, la classe dirigeante avait abandonné sa politique de compromis social et relancé sa politique plus traditionnelle de lutte de classe, renouvelant la tactique de briser les grèves, de briser les syndicats, d’utiliser des milices de l’entreprise et des coups montés contre les travailleurs.

Dans les années 1980, en commençant par la destruction du syndicat des contrôleurs aériens PATCO en 1981, les syndicats ont isolé et trahi de nombreuses luttes contre la réduction des salaires et la suppression des syndicats dans un effort délibéré pour briser le militantisme de la classe ouvrière et permettre à la classe dirigeante de réduire les coûts du travail afin de concurrencer plus efficacement ses rivaux en Europe et au Japon.

L’effondrement des syndicats et leur transformation en agences directes des sociétés et de l’État a été la conséquence des changements objectifs profonds dans la structure sous-jacente de l’économie capitaliste mondiale. Le plus significatif de ceux-ci a été l’intégration mondiale sans précédent de la production qui s’est développée pendant et après les années 1980, reflétée dans l’émergence des sociétés transnationales. Celles-ci, utilisant des développements révolutionnaires en informatique, communications et transports, ont organisé la production à l’échelle mondiale et directement pour le marché mondial. En conséquence, elles ont été en mesure d’implanter des usines dans des endroits très éloignés, à la recherche de sources de main-d’œuvre toujours la moins chère.

Cela a totalement rongé la position des syndicats et toutes les autres organisations basées sur des programmes nationaux. Les syndicats aux États-Unis et partout dans le monde ont été transformés d’organisations qui avaient poussé les employeurs à faire des concessions aux travailleurs en organisations qui ont poussé les travailleurs à céder leurs avantages acquis pour accroître la compétitivité et la rentabilité de leurs « propres » capitalistes.

Dès 1982, l’UAW a officiellement adopté le corporatisme comme son principe directeur. La lutte des classes – entre la classe ouvrière et les exploiteurs capitalistes – était terminée, a affirmé l’UAW, et avait été remplacée par la lutte de la « nation » contre les concurrents étrangers. A partir de là, l’UAW a mis fin aux grèves et a demandé à ses délégués et membres des Comités d’entreprise d’arrêter de poser des revendications et d’abandonner toute résistance à l’accélération du rythme de travail et à l’exploitation. Le syndicat a été intégré dans la structure de la gestion d’entreprise, y compris des sièges aux conseils d’administration, et a supervisé la destruction de centaines de milliers d’emplois et une convention collective au rabais après l’autre.

Cela a coïncidé avec la campagne raciste visant à boycotter les voitures fabriquées par des Japonais, dont la destruction de Toyotas avec des masses, l’interdiction des voitures fabriquées à l’étranger sur les parkings d’usines et la distribution d’autocollants de pare-chocs « Rappelez-vous de Pearl Harbor ». L’ambiance créée par l’UAW était si nauséabonde qu’elle a conduit à l’assassinat en 1982 de Vincent Chin, âgé de 27 ans, un Sino-américain, qui a été battu à mort par deux contremaîtres de Chrysler à Detroit qui le prenaient pour un Japonais.

En se référant à l’appel lancé par l’UAW pour la mise en place d’organismes tripartites, composés du gouvernement, du patronat et des syndicats pour la mise en place d’une politique industrielle nationale, la Workers League (Ligue des travailleurs), prédécesseur du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste), a établi un parallèle avec les politiques mises en œuvre par le fascisme italien sous Mussolini. Les « efforts frénétiques de la bureaucratie syndicale pour élaborer un programme de renouveau national dans le cadre de la propriété privée capitaliste des moyens de production », écrivit-elle en 1982, « conduit l’UAW à adopter des conceptions économiques et sociales qui ressemblent de près à celles mises en œuvre par les régimes fascistes dans une dernière tentative pour sauver le capitalisme. »

Ce n’est pas un hasard si le principal conseiller de Trump, le fasciste Stephen Bannon, est un admirateur de Mussolini. Au sein de l’appareil syndical, il y en a sans doute beaucoup dont les opinions sont identiques à celles de Bannon.

Le nombre d’adhérents aux syndicats est tombé à son niveau le plus bas de la population active depuis les années 1920. Ils continuent d’exister uniquement au bon vouloir des sociétés et d’une partie de l’establishment politique, principalement dans le Parti démocrate, qui voit leur utilité à supprimer la lutte de classes et à battre les tambours pour la troisième guerre mondiale contre la Russie et la Chine.

(Article paru en anglais le 23 février 2017)