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Le Premier ministre français renvoyé en seconde place à la primaire présidentielle du Parti socialiste

Par Alex Lantier
24 janvier 2017

Le président français François Hollande a subi un autre revers humiliant dimanche soir dans la primaire présidentielle de son Parti socialiste (PS), où son ancien Premier ministre Manuel Valls, qui a démissionné de son poste pour se présenter à la primaire, a été relégué en deuxième place par Benoît Hamon.

Hamon, ancien ministre de l’éducation, a obtenu 36,21 % des voix, avec Valls à 31,19 %, l’ancien ministre de l’économie Arnaud Montebourg à 17,62 % et Vincent Peillon 6,48 %. Les autres candidats ont tous obtenu moins de 5 %.

La primaire a eu lieu dans une atmosphère générale d’indifférence populaire. Moins de deux millions d’électeurs ont participé à la primaire du PS, après que plus de 4 millions d’électeurs aient participé aux élections primaires qui ont désigné François Fillon comme candidat du parti de droite Les Républicains (LR). Alors que Fillon a été généralement considéré comme le futur vainqueur de la présidentielle suite à sa victoire aux primaires de LR, on s’attend à ce que ni Hamon ni Valls soient en mesure de participer au second tour des élections présidentielles.

Le dernier sondage Ipsos a montré qu’ils recevraient respectivement 8 et 9 % des suffrages, donnant lieu à un second tour entre Fillon et Marine Le Pen du Front national (FN) néo-fasciste.

Ce vote devrait intensifier la crise profonde du PS, l’un des deux principaux partis bourgeois de gouvernement, dont la survie est en jeu. Après cinq ans d’une présidence très impopulaire, le PS est profondément divisé et menacé par une scission alors qu’il est confronté à un anéantissement dans les élections d’avril-mai 2017. Maintenant, cependant, de larges sections du PS proches du gouvernement peuvent soutenir Emmanuel Macron, le banquier d’investissement et ancien ministre de l’économie et des Finance de Hollande plutôt que de soutenir Hamon, si Hamon devait battre Valls au second tour et devenir le candidat du PS.

Hamon, qui s’est présenté en lançant des appels au mécontentement envers les politiques d’austérité de Hollande et une promesse démagogique d’instituer un revenu universel minimum pour tout le monde en France, a appelé ses électeurs à voter à nouveau au deuxième tour de la primaire PS dimanche prochain. « Les électeurs de gauche, c’est ma conviction, ont voté par conviction et pas par résignation », a-t-il estimé. « il s’agit maintenant d’amplifier la mobilisation qui s’est opérée lors de ce premier tour, de lui donner davantage de force. »

Hamon a également remercié Montebourg, qui a quitté la primaire en appelant ses électeurs à voter pour Hamon au deuxième tour des primaires.

Valls, qui, au cours des jours précédant le vote, était censé obtenir la première place mais perdre ensuite au second tour contre Hamon, a essayé de faire bonne figure quant à sa deuxième place surprise et a affirmé être le seul candidat viable pour s’opposer à Donald Trump, la Russie et le Front national. « Une nouvelle campagne commence dès ce soir. Un choix très clair se présente désormais à nous, et à vous. Le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, le choix entre des promesses irréalisables et infinançables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays ».

Il a poursuivi : « Je refuse d’abandonner les Français à leur sort face à l’extrême droite qui détruirait notre pays, ou la droite, celle de François Fillon, dure, libérale comme jamais et conservatrice, face à l’Amérique de Donald Trump, la Russie de Vladimir Poutine ».

Le Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a salué ce vote comme « réussi » et la preuve que le PS et ses électeurs pouvaient offrir une « résistance à l’air du temps » et éviter un effondrement complet de son parti. Néanmoins, il ne pouvait pas s’empêcher d’adopter un ton pessimiste quant aux perspectives futures du PS.

« Je suis persuadé que l’exercice démocratique tiendra la gauche debout. Je suis persuadé qu’un nouvel alliage est en train de naître, scellé par le vote du jour », a aussi assuré Cambadélis. « Je suis persuadé que l’élection présidentielle n’est pas jouée », a-t-il ajouté.

La crise qui engloutit le PS témoigne du caractère général et international de l’effondrement et du discrédit des institutions politiques de l’après-guerre. Le PS a joué un rôle central dans la pression pour la construction de l’Union européenne (UE) et de l’euro sous le président François Mitterrand dans les années 1980 et 1990. Par rapport au parti de Le Pen et à LR, il reste le moins hostile à l’égard de l’UE de tous les partis majeurs aux élections présidentielles françaises.

Cependant le Parti socialiste, après avoir déçu les attentes de la population dans des gouvernements successifs sous la présidence de Mitterrand, sous le gouvernement de la gauche plurielle de 1997-2002 dirigé par Lionel Jospin (proche collaborateur de Mitterrand), et maintenant sous la présidence Hollande, se désintègre politiquement. Hollande est actuellement à 4 pour cent dans les sondages.

Comme les autres partis sociaux-démocrates européens qui ont imposé un diktat d’austérité impitoyable depuis le crash de Wall Street en 2008, comme le Pasok grec ou le Parti socialiste espagnol, le PS est confronté à la perspective de l’effondrement ou même de l’annihilation électorale. Les enjeux géostratégiques d’un tel effondrement sont d’autant plus importants que la dissolution du PS porterait un coup supplémentaire à l’UE, déjà ébranlée par le Brexit britannique et par l’expression d’une hostilité manifeste de Trump envers l’UE et l’Allemagne avant son inauguration.

Dans ce contexte, l’émergence de Valls et Hamon comme les deux principaux candidats du PS indique la faillite du PS et plus largement de l’UE.

Valls personnifie comme nul autre le caractère socialement régressif du PS. Un politicien qui a appelé le PS à abandonner tout bonnement le nom de « socialiste », il est directement associé aux politiques les plus réactionnaires de la présidence de Hollande. Il défend l’état d’urgence, les mesures d’austérité telles que la loi travail et le pacte de responsabilité, ainsi que l’intégration de plus en plus étroite du PS dans l’appareil policier et des services de renseignement, fondée sur des appels sécuritaires et antimusulmans.

Si Valls échoue à vaincre Hamon, de puissantes sections de la bourgeoisie intensifieront la pression sur ses alliés au sein du PS pour qu’il se rallie à Macron, se liquidant effectivement dans le mouvement électoral personnel d’un banquier d’investissement étroitement lié à l’extrême droite nationaliste comme Philippe de Villiers. En d’autres termes, la pose de Valls comme une force anti-FN est une fraude hypocrite et vide.

La décision de lancer Hamon comme candidat montre une sensibilisation répandue parmi les sections de la classe dirigeante et les médias à l’opposition sociale profonde et a la colère contre les inégalités économiques se développant dans la classe ouvrière en France et à l’échelle internationale.

Néanmoins, les propositions de Hamon offrent peu aux travailleurs et, surtout, ne sont pas envisagées sérieusement. Son programme pour un revenu universel de 600-800 euros par mois saurait à peine faire sortir les chômeurs de la pauvreté, mais coûterait des centaines de milliards d’euros, dans des conditions où la bourgeoisie elle-même est hostile à toute nouvelle dépense sociale.

Et comme la présidence Hollande l’a très bien souligné, non seulement le PS mettra en œuvre le diktat d’austérité de la bourgeoisie, mais sa faction dite « rebelle », d’où provient Hamon, ne mobilisera aucune opposition efficace, elle jouera sur la nécessité d’empêcher la droite d’accéder au pouvoir.

Dans ces conditions, les plans de Hamon ne sont rien que la poussière qu’il espère jeter aux yeux de ces sections restantes de l’électorat toujours prêtes à voter pour le PS.

(Article paru en anglais le 23 janvier 2017)