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Sánchez réélu président du Parti socialiste espagnol

Par Alejandro López
8 juin 2017

Huit mois après son limogeage du poste de secrétaire général du Parti socialiste (PSOE), Pedro Sánchez a y a été réélu avec 50,2 pour cent des voix. Il a vaincu la favorite de l’establishment politique, la présidente du gouvernement régional d’Andalousie Susana Díaz, qui a reçu 40 % des voix.

Le PSOE était dirigé par un comité intérimaire depuis l’échec de Sánchez en octobre, dans un coup d’état interne orchestré par une cabale de banquiers, de services de renseignement et de médias. Dirigé par l’ancien Premier ministre du PSOE, Felipe González et le rédacteur en chef d’El País, Juan Luis Cebrián, ils ont évincé Sánchez en raison de son refus de permettre au Parti populaire conservateur (PP) de Mariano Rajoy de former un gouvernement minoritaire. À ce moment-là, l’Espagne était sans gouvernement depuis 10 mois.

L’opposition de Sánchez était le reflet des intérêts de factions au sein de la bureaucratie du PSOE, soutenus par des publications de « gauche » comme Público et Eldiario.org, qui craignaient que le soutien du PSOE à un gouvernement PP ne discrédite complètement l’un des principaux piliers du capitalisme espagnol après la période de la dictature de Francisco Franco.

Des sections de l’appareil du parti et de ses adhérents ont été gagnées à la proposition de Sánchez pour un vague « virage à gauche » et le développement de relations plus étroites avec le parti Podemos. C’est une tentative désespérée de répondre au mécontentement social croissant et de le contrôler.

La radicalisation de vastes couches de la population s’est traduite par un récent sondage auprès des jeunes par l’European Broadcasters Union. Lorsqu’on leur a posé la question, « Participeriez-vous activement à un soulèvement à grande échelle contre la génération au pouvoir si cela se passait dans les prochains jours ou mois ? » plus de la moitié, 53 pour cent, a déclaré « oui ». En Grèce, en France et en Espagne, le chiffre était supérieur à 60 %.

Avec le choix de Sánchez, le PSOE signale à Podemos et aux organisations autour de lui qu’il est prêt à entrer au gouvernement si le gouvernement minoritaire du PP s’effondre. Un tel gouvernement chercherait à supprimer le sentiment anticapitaliste croissant et à continuer d’exécuter les ordres de l’oligarchie financière.

Sánchez a précisé qu’il ne vise pas à faire tomber le gouvernement du PP. Il s’oppose à la motion de censure contre le PP proposé par Podemos au parlement. La semaine dernière, par ailleurs, le PSOE a collaboré avec le PP au parlement pour enterrer une commission d’enquête chargée d’enquêter sur la « police politique », une unité créée par l’ancien ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, pour contrer les conspirations de politiciens nationalistes catalans.

Sánchez a également répondu à l’une des principales préoccupations de la bourgeoisie espagnole : l’organisation d’un referendum sur l’indépendance dans la région riche de la Catalogne.

Trois jours seulement après avoir pris le contrôle du PSOE, il a téléphoné à Rajoy pour lui dire que le PSOE rejoindra son gouvernement pour défendre la « légalité et la Constitution en Catalogne » et qu’il s’oppose au referendum prévu de l’indépendance catalane. C’était une réponse directe à la convocation du premier ministre catalan d’une réunion avec tous les partis politiques en faveur du referendum sur l’indépendance.

La nomination de Sánchez a été bien accueillie par la pseudo-gauche, qui vise à travailler avec le PSOE. Le dirigeant de Podemos, Pablo Iglesias, a déclaré sur Twitter : « Les membres ont parlé clairement. Félicitations à Pedro Sánchez ». Le lendemain, Iglesias et Sánchez parlaient par téléphone ; tous deux étaient d’accord sur la « situation insoutenable du PP au gouvernement, embourbé dans la corruption. »

Iglesias a annoncé qu’il était disposé à laisser tomber la motion de censure de Podemos si le PSOE annonçait sa propre motion de censure. Selon le système constitutionnel espagnol, une motion de censure implique un débat dans lequel le parti qui propose la motion demande au parlement de former une majorité gouvernementale. C’est-à-dire qu’en laissant tomber sa motion de censure en faveur du PSOE, Podemos signale son soutien à un gouvernement dirigé par le PSOE.

Iglesias essaie de former un gouvernement avec le PSOE depuis les élections législatives de décembre 2015. Un tel gouvernement, comme l’a affirmé le WSWS, et comme les expériences au Portugal et surtout l’imposition de l’austérité en Grèce par Syriza l’ont montré, ne serait pas différent des précédents. Il agirait rapidement contre la classe ouvrière.

Au niveau local, les conseils municipaux contrôlés par Podemos se sont déjà révélés être des défenseurs de l’ordre bourgeois, mettant en œuvre l’austérité, payaient des milliards d’euros aux banques et mobilisant la police pour écraser les grèves et persécuter les migrants.

La victoire de Sánchez a été saluée par les différents groupes en orbite à l’intérieur ou autour de Podemos, tels que la Gauche révolutionnaire (Izquierda Revolucionaria), la Lutte de classe (Lucha de Clases) et Classe contre la classe (Clase contra Clase).

Izquierda Revolucionaria (Gauche révolutionnaire, IR), section espagnole du Comité pour une Internationale des travailleurs, a déclaré que Sánchez « est passé d’une “marionnette” aux mains de l’appareil à la résistance à l’assaut de Felipe González. […] Maintenant, Pedro Sánchez jouit d’une autorité parmi la base du PSOE et les électeurs du PSOE beaucoup plus grande que n’importe quel autre chef du parti. » Ils ont conclu en prônant une alliance avec Podemos pour former un gouvernement.

De même, Lucha de Clases appelle à une alliance PSOE-Podemos. Elle a affirmé que « la classe dirigeante a perdu, en principe et en attendant le développement du congrès du PSOE en juin, le contrôle direct de la direction de ce parti, qui est plus exposée à l’influence de la pression ouvrière et de Unidos Podemos. »

La Tendance des travailleurs révolutionnaires, moreniste, affirme que Sánchez « appartient à un nouveau groupe de politiciens intelligents de la bourgeoisie [qui] n’ont pas l’intention de s’opposer au modèle capitaliste, et qui veulent seulement le rendre moins brutal. Il veut réformer, non pas révolutionner. Il “aspire” également à ce que le capitalisme soit un peu moins austère pour la vie des travailleurs. »

Jaime Pastor, chef de file de longue date des pablistes espagnols et chef de l’instance supérieure de Podemos à Madrid, le Conseil citoyen, a annoncé dans Viento Sur que « le temps nous dira » si la victoire de Sánchez « est limitée à un changement dans l’élite dirigeante de ce parti ou si, au contraire, elle annonce l’entrée dans une phase où le social-libéralisme devient une chose du passé. »

Ces forces veulent désespérément empêcher les travailleurs de tirer des conclusions politiques des expériences que la classe ouvrière espagnole et internationale ont eu avec les partis social-démocrates et leurs successeurs de pseudo-gauches comme Podemos et Syriza. Ils ont imposé les prescriptions des capitalistes partout où ils sont au pouvoir. Néanmoins, ces forces insistent pour dire que, au lieu de construire un parti trotskyste révolutionnaire dans la classe ouvrière, il est possible d’aller de l’avant grâce à une alliance avec le PSOE.

La référence de Pastor à une « chose du passé » est un euphémisme pour la politique militariste et libérale du PSOE au cours des quatre dernières décennies. C’est le parti qui a fait entrer l’Espagne dans l’Union européenne, l’OTAN et l’euro, et qui a effectué les premières attaques contre la classe ouvrière par le biais des réformes du code de travail et des retraites, d’une politique de désindustrialisation, de privatisations et de mesures de répression des droits démocratiques.

Cest ce parti qui a envoyé l’armée espagnole dans ses premières missions dans les guerres dirigées par les États-Unis dans l’ex-Yougoslavie et au Moyen-Orient, les premières interventions à l’étranger depuis la Seconde Guerre mondiale et qui l’envoyé contre les aiguilleurs du ciel en grève en décembre 2010.

(Article paru en anglais le 6 juin 2017)