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Révolution Permanente (NPA) défend la domination des luttes contre Macron par les appareils syndicaux

Par Anthony Torres
23 juin 2017

Au lendemain de la victoire aux législatives du mouvement La République En Marche du président Macron, son gouvernement se prépare avec l'aide de l'état d'urgence à une attaques sans précédent contre les acquis sociaux des travailleurs. Une confrontation sociale historique se prépare entre la classe ouvrière et un gouvernement qui veut dicter sa loi sociale par ordonnances et pérenniser l'état d'urgence.

C'est dans ce contexte politique explosif que le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) tente de légitimer le contrôle des luttes des travailleurs par les organisations syndicales et par des partis politiques liés au PS. C'est malgré le fait que ces forces ont systématiquement été responsables de défaites de la classe ouvrière dans les luttes contre les réformes des retraites et les fermetures de sites industriels depuis les années 1990, et que le PS lui-même est entièrement discrédité.

Le site Révolution permanente, publié par une fraction moréniste du NPA, craint l'instabilité politique provoquée par la victoire de La République en Marche (LREM) et l'effondrement du PS. Le NPA et son prédécesseur, la Ligue communiste révolutionnaire, ont en effet travaillé étroitement avec le personnel du PS au sein des appareils syndicaux, d'associations telles que SOS-Racisme, et dans les universités, en tant qu'alternative petite-bourgeoise à la formation d'un parti trotskyste.

Dans un article intitulé Macron a les pleins pouvoirs, mais il n’est pas invincible. Dès ce 19 juin, construisons la riposte dans la rue, il écrit : « Cependant, ce serait oublier un peu vite la situation que traverse le pays, à savoir que l’élection actuelle est l’expression de la crise de régime et la façon dont le macronisme est une tentative de réponse sans pour autant être une garantie de succès. Les scores surprise de LFI et du PCF illustre qu’il existe toujours une colère dans le pays, contenue, qui s’est exprimée au premier tour de la présidentielle, reflet du mouvement du printemps 2016 contre la Loi El Khomri et de la rupture totale du peuple de gauche avec ses référents traditionnels du PS. ».

En fait, les scores de La France insoumise et du PCF stalinien aux législatives exprime non pas leur capacité de représenter la colère ouvrière qui monte en France et à travers l'Europe, mais plutôt leur banqueroute politique. En effet, leurs scores sont en dessous de ce qu'a obtenu Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Mélenchon a obtenu plus de 7 millions de voix parmi de larges sections de jeunes et de travailleurs radicalisés pour la présidentielle soit environ 19 pour cent. LFI par contre n'a obtenu qu'une dizaine de sièges à l'Assemblée.

Ce décrochage est le produit de la faillite politique de Mélenchon. Alors que le Parti de l'égalité socialiste appelait à un boycott actif pour préparer la lutte des travailleurs et des jeunes contre un gouvernement, qu'il soit FN ou LREM, qui s'appuierait sur la politique d'état d'urgence pour préparer les attaques contre la classe ouvrière, Mélenchon a préféré ne donner aucune consigne de vote. Ceci accordait un soutien implicite à Macron alors que de larges sections de jeunes et de travailleurs qui avaient voté pour lui rejetaient les deux candidats au second tour.

A la suite de la victoire de Macron, Mélenchon a posé sa candidature à un poste de premier ministre comme moyen de faire pression pour « adoucir » la politique de Macron en l'absence d'une politique indépendante pour la classe ouvrière. A présent Mélenchon, tente de présenter le petit groupe parlementaire qu'il formera comme la principale force d'opposition à Macron.

Révolution Permanente ne présente aucune critique de Mélénchon qui a lâchement refusé de donner une consigne de vote pour que les voix qu'il a obtenu se reporte sur Macron. De même, le NPA a affirmé « comprendre » pourquoi les électeurs voteraient pour Macron contre le FN faisant écho à la campagne officielle des médias et des élites pour Macron.

Révolution Permanente a appelé pour l'entre deux tour des législatives à voter « Partout où des candidats de la France Insoumise ou du PCF se maintiendront, indépendamment de l’orientation néo-réformiste et néo-chauvine d’un Mélenchon, indépendamment du soutien du PCF au PS à de multiples échelons, locaux et régionaux, ces dernières années, nous voterons pour eux, sans illusions, mais sachant que c’est notamment aux côtés des électeurs de FI et du PCF, dans les manifs et dans les entreprises, que nous nous retrouverons pour lutter. »

Cependant, Révolution Permanente est parfaitement conscient que le groupe de parlementaire de la France Insoumise ne suffira pas à canaliser l'opposition des travailleurs à la politique de Macron : « Que cette abstention, mais aussi le très grand nombre de bulletins blancs, ait une signification politique, c’est une réalité. Que celle-ci soit « offensive » comme l’affirme Mélenchon illustre les limites de la stratégie par les urnes et institutionnelle à laquelle France Insoumise est afférée. »

C'est pourquoi Révolution Permanente se rabat sur la promotion d'illusions sur la capacité des appareils syndicaux liés au PCF et à LFI de s'opposer à Macron : « il nous faut exiger, dès maintenant, l’arrêt total des « discussions » et des « négociations » avec le gouvernement de la part des organisations syndicales, demander, à l’inverse, un plan de bataille clair, qui ne peut être fait d’un calendrier d’appels éparpillés sur les territoires ou de journées d’action sans lendemain. C’est autour de ces revendications, à partir des structures existantes, qui regroupent des équipes militantes et syndicales, qu’il nous faudra mener la bataille, dès le 19 juin. ».

Macron négocie avec les syndicats une nouvelle réforme du code du travail dès juillet pour la faire passer très rapidement par ordonnances. Les syndicats savent exactement ce que Macron prépare et que les conséquences pour la classe ouvrière seraient désastreuses. La loi Travail a pour but d'assurer une déréglementation complète des salaires, des conditions de travail, des prestations sociales et de la protection des emplois des travailleurs. Leur but est d'assurer le compétitivité des entreprises implantées en France, une stratégie pro-patronale qui est compatible avec la campagne nationaliste menée par la CGT depuis 2016 « pour la reconquête de l’industrie française ».

Les appareils syndicaux défendent des intérêts tout à fait différents de ceux des travailleurs. Ces organisations représentent une couche de bureaucrates, incrustés dans des structures dépourvues de toute participation ouvrière réelle, dont les intérêts sont alignés sur ceux du patronat et de l‘appareil d‘Etat. Ce n'est pas un hasard qu'une des principales mesures de la loi Travail est de donner aux syndicats des pouvoirs plus étendus sur la gestion des entreprises, dont celui de négocier des accords d’entreprise violant le Code du Travail.

Si Révolution Permanente subordonne la lutte politique des travailleurs contre Macron aux directions syndicales qui négocie actuellement avec le gouvernement Macron, c'est parce que ce site Web veut donner une couverture à la ligne politique du NPA et aux syndicats fortement discrédités par le rôle qu'ils ont joué pendant les différentes luttes de la classe ouvrière.

La première étape est de rejeter la perspective nationaliste des vieux appareils, avec lesquels il faut rompre tout autant qu'avec le PS. La première tâche est d'unifier les luttes ouvrières internationales et notamment à travers l'Europe contre l'austérité, sur un programme internationaliste, ŕévolutionnaire et véritablement socialiste. Alors que le NPA tente de redorer le blason de LFI et des vieux appareils, le PES explique que cette lutte doit se mener par opposition à toutes ces forces qui ont été pendant des décennies des alliés du PS.