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Le syndicat des pilotes d’Air France vote la création d’une filiale low cost

Par Anthony Torres
25 juillet 2017

Le syndicat des pilotes d’Air France a validé la création d’une filiale low cost sur moyen et long courrier. Ceci constitue une nouvelle attaque contre les travailleurs aériens coordonnés par la direction d’Air France et le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL).

Le SNPL et le syndicat Spaf négociaient depuis plusieurs mois le projet stratégique d’Air France «« Trust Together ». Ce projet prévoit la création d’une filiale low cost appelée « Boost » de moyen et long courrier composée de 18 avions, visant à faire concurrence notamment aux compagnies du Golfe. La direction prétend qu’avec ce projet, les lignes déficitaires d’Air France seront maintenues et que d’ici 2020, Air France embaucherait 750 pilotes.

78 pour cent des adhérents du syndicat SNPL ont validé le projet stratégique d’Air France qui prévoit la création de « Boost », permettant selon le syndicat SNPL d' « entériner des efforts de productivité à hauteur de 40 millions d’euros annuels, ainsi qu’un processus de rattrapage des parts de productions perdues ». Ceci signifie i,e réduction de 4 pour cent de la masse salariale pilotes, d’après L’Express.

Les pilotes ont consenti de perdre un jour de repos mensuel en moyen-courrier et la suppression des toilettes dans les A330 et futur A350 afin d’ajouter des places supplémentaires pour les passagers. Les vols « Boost » seront opérés par des pilotes Air France volontaires avec des conditions d’emploi inchangées, tandis que les hôtesses et les stewards seront recrutés à un coût inférieur de 45 pour cent à celui d’Air France. Le SNPL veut faire porter sur les pilotes la responsabilité des attaques sur les conditions salariales des stewards et des hôtesses, afin de diviser les pilotes des autres travailleurs.

Compte tenu des attaques de ces dernières années sur les pilotes et le personnel d’Air France, il n’est pas à exclure qu’Air France lance une offensive maintenant sur les salaires des pilotes de la filiale Boost. Ces derniers seront fragilisés car le SNPL aura divisé les pilotes, des stewards et des hôtesses.

Le SNPL aurait proposé un projet alternatif à celui de la direction qui n’a obtenu que 16,4 pour cent d’approbation. On peut comprendre que le projet alternatif du SNPL n’avait rien de sérieux mais visait à imposer aux pilotes le projet stratégique de la direction d’Air France et des conditions de travail et salariales moins favorables pour les travailleurs aériens de Boost.

Le syndicat et la direction d’Air France applaudissent à présent la validation du projet stratégique. Le DRH d’Air France explique que ce résultat témoigne d’une « envie de tourner la page après plusieurs années de dialogue sociale difficile ». Cette déclaration souligne l’intégration des syndicats dans la stratégie anti-ouvrière de la direction, qui s’est intensifiée depuis les luttes des travailleurs d’Air France en 2014.

Le « dialogue social » entre les syndicats et Air France, loin d'être difficile, a fait face à l’opposition des travailleursaux différents plans dont le but était de rentabiliser la compagnie en abaissant les salaires en en réduisant le nombre d'emplois. Les syndicats ont joué un rôle majeur pour mettre fin à la lutte des travailleurs d’Air France qui menaçait de s’étendre à d’autres branches de l'économie.

Les attaques contre les travailleurs aériens négociées entre les syndicats et la direction d’Air France est la conséquence de la défaite des pilotes d’Air France en 2014 dont la responsabilité incombe au SNPL qui pour ne pas fragiliser économiquement Air France et le gouvernement Hollande avait imposé la fin de la grève.

Le syndicat majoritaire, le SNPL, a ordonné aux pilotes de reprendre le travail sans avoir rien obtenu après deux semaines de conflit en 2014, pendant lesquels la compagnie avait perdu des centaines de millions d’euros.

Alors que le rapport de force était favorable aux pilotes du fait du blocage qu’il exerçait sur la compagnie, le syndicat des pilotes prétexta qu’il ne pouvait pas mettre en péril de la compagnie pour mettre fin à la grève. Les pilotes avaient exigé la garantie que la croissance de filiales low cost d’Air France, comme Transavia-France, ne conduirait pas à des réductions de salaires et à une aggravation des conditions de travail, et que les pilotes obtiendraient un contrat unique couvrant l’ensemble des filiales de l’entreprise.

Non seulement la direction d'Air France n’a pas accordé de telles garanties, mais elle a ouvertement annoncé son intention d’imposer de fortes réductions en forçant les pilotes à voler pour Transavia-France ou n’importe quelle autre low cost qu’Air France créerait à l’avenir.

Les syndicats et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) se félicitèrent de la fin de la grève, prétendant que c'était une victoire pour les travailleurs. En fait, comme l’avait annoncé le WSWS, la fin de la grève n’empêcherait pas la direction d’Air France de lancer d’autres attaques. Il était impossible pour les travailleurs d’Air France de défendre leurs intérêts sous la direction des appareils syndicaux et de leurs alliés de pseudo gauche qui défendent la compétitivité du capitalisme français. La lutte des travailleurs d’Air France ne serait victorieuse qui si elle s’étendait plus largement aux autres sections de travailleurs y compris à l’étranger.

Un an plus tard, alors que les syndicats en était informés depuis plusieurs semaines, la direction d’Air France annonça une réduction de 10 pour cent de l'activité long-courrier, l'élimination d'achats de Boeing 787 afin d'économiser €1,4 milliards, et l'élimination de 300 postes de pilote, de 900 postes de personnel navigant, et de 1.700 postes de personnels au sol.

Alors que les travailleurs s’étaient révoltés lors du comité d’entreprise d’Air France, les syndicats ont voulu montrer à la direction d’Air France qu’ils étaient des organisations respectables avec qui la direction pouvait compter pour mener les futures attaques contre les travailleurs.

L'intégration totale des syndicats dans les sphères dirigeantes soulignent la nécessité urgente d'une lutte indépendante du NPA, de la CGT, et de l'ensemble des syndicats qui négocient les attaques que prépare le gouvernement Macron dans la loi travail.

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