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L’Allemagne et la France vont développer en commun un nouvel avion de combat

Par Johannes Stern
19 juillet 2017

Lors du conseil des ministres franco-allemand qui s’est tenu jeudi dernier à Paris, l’Allemagne et la France ont convenu d’une vaste coopération militaire. L’ampleur des projets d’armement prévus doit être considérée comme un avertissement par les travailleurs et les jeunes partout en Europe. Conformément aux projets élaborés par les gouvernements à Berlin et à Paris, des centaines de milliards seront consacrés au développement de nouveau matériel militaire.

Les « conclusions » officielles du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité comprennent entre autres :

* La construction d’un successeur commun des systèmes actuels de chars et d’artillerie.

* Le développement de « systèmes de reconnaissance navale » communs.

* L’achat bientôt de drones européens armés (« eurodrones »).

* La construction de nouveaux avions de chasse, hélicoptères et missiles.

L’Allemagne et la France sont parvenues à un accord en vue « de développer conjointement un futur avion de combat remplaçant sur le long terme leurs flottes actuelles d’avions de combats », précise le document. En outre, les deux pays ont convenu « de mettre en place un cadre de coopération pour la prochaine génération de l’hélicoptère Tigre ainsi que pour un programme commun de missiles tactiques air-sol. »

Ces projets de réarmement massifs font partie de la stratégie franco-allemande de transformer l’Union européenne en une grande puissance militaire capable de mener des guerres dans le monde entier. « L’Allemagne et la France sont déterminées à promouvoir une véritable politique européenne étrangère et de sécurité qui soit véritablement commune et à ce que l’UE devienne un véritable acteur mondial notamment en matière de défense et de sécurité », peut-on lire dans la toute première phrase du document.

Il poursuit : « La politique de sécurité et de défense commune fait partie intégrante de la politique étrangère et de sécurité commune ; elle fournit à l’UE la capacité d’opérer en mobilisant des moyens civils et militaires. Le renforcement de la politique de sécurité et de défense nécessitera que les États membres fassent des efforts en termes de capacités, tant civiles que militaires. »

Concrètement, Berlin et Paris ont annoncé dans la section intitulée « Améliorer la coopération opérationnelle », une expansion des interventions militaires en Afrique, en particulier dans les pays du G5 Sahel : Mauritanie, Burkina Faso, Niger, Mali et Tchad. En Europe de l’Est, « la France, dans le cadre de la présence avancée renforcée de l’Alliance, déploiera en 2018 des troupes dans le groupement tactique de l’OTAN en Lituanie, avec l’Allemagne comme nation-cadre. Et, d’ici 2021, « une unité binationale d’avions de transport militaire C-130 J » sera créé.

La classe dirigeante allemande en particulier salue les projets militaires franco-allemands comme un jalon très important dans le développement d’une politique étrangère et de défense européenne indépendante. La Fondation allemande pour la politique étrangère (DGAP) a décrit le développement d’un avion de combat européen commun comme « une révolution pour l’industrie de défense en Europe ». EIle met en évidence « la prétention allemande et française à la direction de l’UE et la volonté de coopérer de plus en plus étroitement dans le domaine de la défense. »

L’importance de cette décision « dépasse de loin la question de savoir quels systèmes d’armes la France et l’Allemagne utiliseront au cours des 40 à 50 prochaines années. » Avec ce projet, l’Allemagne et la France donneraient l’opportunité à l’Union européenne de « conserver une industrie de l’armement indépendante en ne devenant pas tributaire des entreprises américaines. » L’article ajoute que « ce faisant, l’autonomie européenne se rapproche un peu plus. »

Après le Brexit, l’élection de Donald Trump aux États-Unis et l’élection du président pro-européen Emmanuel Macron en France, l’élite dirigeante allemande en particulier a l’intention de rapidement mettre en œuvre le détachement de sa politique étrangère de Washington et de promouvoir la construction progressive d’une armée européenne dirigée par l’armée allemande.

Ce « plan Allemagne » (Deutschlandplan) présenté dimanche à Berlin par le candidat social-démocrate à la chancellerie Martin Schulz comprend l’objectif électoral explicite de trouver « la voie vers une armée européenne ». La remilitarisation de l’Europe devant être mesurée par rapport à la force militaire des États-Unis. « L’efficacité des dépenses militaires en Europe ne représente que 15 pour cent de celle des États-Unis », déplore le SPD en réclamant : « devoir parvenir de par une intégration nettement meilleure des capacités européennes de sécurité et de défense à utiliser notre argent de manière plus efficace. Cela concerne aussi la consolidation de l’industrie de l’armement dans une Union européenne de la défense. »

Les critiques que Schulz formule à l’égard de l’objectif de l’OTAN de consacrer 2 pour cent du PIB à la défense n’ont absolument rien à voir avec le désarmement, et encore moins avec le pacifisme. « L’armée a besoin de plus d’argent pour accomplir ses tâches » stipule explicitement le « plan Allemagne ». Le SPD entend toutefois veiller à ce que cette mise à niveau militaire serve les intérêts impérialistes allemands et non ceux des États-Unis. Il est donc nécessaire de clarifier au sein de l’Europe et de l’OTAN, « pourquoi et dans quel but les dépenses de défense sont utilisées ».

L’offensive militaire franco-allemande aggravera non seulement les tensions entre l’Allemagne et les États-Unis, mais aussi entre l’Allemagne et la France. Il est significatif de noter que le jour même où avait lieu la réunion franco-allemande, Macron avait invité à Paris le président américain Donald Trump pour célébrer le centenaire de l’entrée de l’Amérique dans la Première Guerre mondiale aux côtés de la France contre l’Allemagne.

Certaines sections des médias allemands ont réagi avec préoccupation. Macron étant « prêt à remplacer l’Allemagne comme principal allié des États-Unis au sein de l’UE », a déclaré l’hebdomadaire allemand Focus dans un commentaire. Pour le président français, « les relations avec les États-Unis [sont] du moins égales aux relations avec les autres principaux États européens. Peut-être même un peu plus. Car peu de gens parieraient vraiment que l’UE puisse devenir une puissance mondiale. »

(Article original paru le 18 juillet 2017)