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Après les manifestations à Hambourg contre le G20 : le SPD, Die Linke et les Verts misent sur une campagne sécuritaire pour les élections

Par Johannes Stern
18 juillet 2017

S’il fallait encore de plus amples éléments de preuve qu’un éventuel gouvernement « rouge-rouge-vert » en Allemagne, c’est-à-dire une coalition entre le Parti social-démocrate (SPD), le parti Die Linke (La Gauche) et les Verts, ne représenterait pas une alternative de gauche à l’actuelle « grande coalition » menée par le parti de droite de la chancelière Angela Merkel, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), alors ces éléments furent fournis ces derniers jours.

Après les manifestations et leur brutale répression par l’État durant le sommet du G20 à Hambourg, les sociaux-démocrates, le parti Die Linke et les Verts révèlent leur vrai visage comme partis de l’ordre bourgeois. Ils se sont alignés sur la CDU, le Parti libéral démocrate (FDP) et l’ultra-droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en approuvant la brutale répression policière et en profitant des événements pour mener une campagne électorale promouvant la Loi et l’Ordre.

Lors d’un entretien télévisé, Olaf Scholz, le maire social-démocrate de Hambourg, a exprimé sa totale solidarité avec la police. « J’ai toujours soutenu l’attitude ferme de la police, avant et durant le sommet, et je continue de le faire après coup », a-t-il dit. À la question de savoir si les forces de sécurité avaient agi trop durement, il a répondu de manière provocatrice : « Il n’y a pas eu de violence policière, c’est une dénonciation que je réfute catégoriquement […] Il y a eu des interventions très pondérées, très courageuses et très difficiles. Et la police a vraiment fait tout ce qu’elle pouvait. »

Sur sa lancée, Scholz a menacé de punir les auteurs potentiels de violence. Une « grande commission spéciale » évaluerait « toutes les preuves matérielles que nous avons recueillies pour ensuite entamer une procédure pénale. » Cela entraînera certainement de graves inculpations et de sévères jugements et certains qui s’imaginent actuellement s’être tiré d’affaire à bon compte, malgré tout ce qu’ils ont fait, auront de quoi s’étonner. »

Nous avions déjà indiqué dans un article précédent que le SPD renouait directement avec les traditions de Gustav Noske, le premier ministre social-démocrate de la défense qui avait déclaré lors de la révolution de novembre 1918 : « Eh bien, quelqu’un doit faire office de molosse sanguinaire ! Je ne me dérobe pas à cette responsabilité ! » Noske et le SPD ont brutalement réprimé l’insurrection des travailleurs à la fin de la Première guerre mondiale, notamment par le meurtre des révolutionnaires Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

De nos jours, bien sûr, le SPD a évolué bien plus vers la droite et n’a absolument rien à voir avec la classe ouvrière et ses conditions sociales. C’est le parti des « réformes » réactionnaires de la protection sociale et de la guerre et qui ne défend que les intérêts des banques, des grands groupes, de l’armée et des services secrets.

En conséquence, le SPD est à juste titre méprisé par de nombreuses couches de la population. « Qu’est-ce qu’il cherche ici, celui-là ? Martin [Schulz] fiche le camp ! », « Sales traîtres ! » et « On n’a que faire de vous tous ici ! » ne furent que quelques-unes des remarques que le candidat du SPD à la chancellerie, Martin Schulz, a dû entendre vendredi lors de son passage dans le cadre de sa campagne électorale dans le quartier de Schanzen à Hambourg, selon le Süddeutsche Zeitung.

Les sociaux-démocrates réagissent à cette hostilité populaire ouverte en opérant un virage plus prononcé vers la droite. Comme ils l’avaient fait il y a un siècle, le SPD recourt à la violence en faisant appel aux forces les plus réactionnaires pour réprimer et étouffer dans l’œuf toutes les manifestations contre les inégalités sociales, le militarisme et la guerre.

Les Verts et Die Linke sont entièrement d’accord avec ce programme. Ils défendent tout autant la chasse aux sorcières menée par la police contre la gauche.

La présidente du groupe parlementaire du parti des Verts, Anjes Tjarks, a commenté : « Hambourg a connu une semaine d’un sommet difficile qui a poussé jusqu’à l’extrême nos citoyens, mais surtout les forces de sécurité. C’est pourquoi donc, je remercie particulièrement la police dans nos rues. On a demandé à la police de faire l’inimaginable. Elle a travaillé jusqu’à l’épuisement total. Elle mérite pour cela notre grand respect et nos remerciements. Il est par conséquent également juste que la ville apporte sa contribution en offrant une compensation en temps libre, le paiement des heures supplémentaires et des congés supplémentaires. »

Sahra Wagenknecht, la présidente du groupe parlementaire du parti Die Linke et candidate tête de liste aux élections fédérales, a défendu jeudi la police à la télévision publique allemande ARD. La police n’était en rien responsable du vandalisme, a-t-elle souligné, mais ce sont bien les casseurs qui en sont responsables. « Je pense que ce qui s’est passé à Hambourg était grave. C’était tout simplement des casseurs invétérés. » La politicienne du parti Die Linke n’a pas dit le moindre mot sur la violence policière généralisée et sur les nombreux comptes rendus faisant état des policiers provocateurs infiltrés parmi les fauteurs de troubles.

Le fait que le SPD, Die Linke et les Verts placent désormais la défense des forces de sécurité au cœur de leur campagne électorale correspond à soutenir ce qui est dans la pratique un État policier en vue de réprimer la population. Les affrontements qui furent provoqués par les autorités et purent avoir lieu dans le but d’attiser la campagne sécuritaire ne furent pas l’événement surprenant à Hambourg, mais bien plutôt la violence impitoyable des forces de l’ordre à l’encontre des manifestants pacifiques et dont de nouveaux détails sont régulièrement mis à jour.

Un étudiant a déclaré jeudi au Hamburger Morgenpost comment des manifestants allant à Rondenbarg (dans le quartier de Bahrenfeld) furent d’abord contraints par les forces de sécurité de grimper sur un mur pour ensuite être jetés à bas du mur. « La police a donné des coups de pied dans la clôture en la poussant jusqu’à ce qu’elle s’effondre. » Alors même que deux mètres plus bas gisaient des gens avec des fractures ouvertes, les officiers de police ont continué à forcer les autres à sauter du mur en criant : « Cochons antifascistes ! Voilà votre petit-déj’ ! » Certains des blessés se trouvent encore à l’hôpital.

Dans une lettre ouverte adressée à Scholz et au sénateur pour l’Intérieur de Hambourg Andy Grote (SPD), le collectif de manifestants « Tout pour tous » [Alles allen] a fait état d’actes de violence identiques commis par la police. Le groupe a expliqué qu’outre l’agression policière contre le camp officiellement autorisé dans le parc d’Entenwerder et la manifestation pacifique de jeudi, « l’événement le plus marquant a été une attaque délibérée des USK [commandos spéciaux de soutien] de Bavière » près du Pferdemarkt (Marché aux Chevaux) de Hambourg samedi soir.

Après cela, un grand nombre de manifestants ont été blessés. Une personne frêle et pacifique a été attaquée si violemment par la police que celle-ci lui cassa une jambe et lui infligea une blessure à la tête. La police n’a même pas cessé de rouer de coups des victimes alors même qu’un grand nombre d’entre elles était déjà à terre en geignant. Au lieu de cela, elle a continué à donner des coups de pied et à tabasser encore et encore les personnes qu’elle avait plaquées au sol.

(Article original paru le 17 juillet 2017)