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La police allemande reste passive devant des néonazis qui font un salut hitlérien au concert « Rock contre les étrangers »

Par Christoph Vandreier
21 juillet 2017

L’un des plus grands rassemblements néonazis au cours de la dernière décennie a eu lieu dans la petite ville de Themar, dans l’État allemand de Thuringe, samedi dernier. Plus de 6000 extrémistes de droite sont venus de toute l’Europe pour participer au festival « Rock contre l’infiltration étrangère ».

Les extrémistes de droite se sentaient manifestement encouragés par la campagne menée par les principaux partis politiques en Allemagne contre les manifestants de gauche après le sommet du G20 à Hambourg. Ce fut, après tout, Heiko Mas, le ministre social démocrate de la Justice, qui a lancé un appel pour un concert « Rock contre la gauche ».

Alors que la police a agi brutalement contre des manifestants pacifiques au G20 et a dispersé violemment les rassemblements autorisés, elle a servi de service d’ordre pour les participants au festival néonazi. Même lorsque les extrémistes de droite ont commencé à commettre des actes criminels partout, ont utilisé le salut nazi et scandé « Sieg Heil », la police a refusé de disperser le rassemblement et d’en arrêter les auteurs.

Les néonazis ont agi de manière extrêmement agressive et, dès le départ, n’ont pas caché leurs perspectives politiques. Die Zeit a signalé un participant qui est arrivé à l’événement avec une veste ouverte révélant un T-shirt avec une croix gammée. D’autres participants portaient des T-shirts avec « National-Socialiste » et « I Love HTLR ». Des centaines de vidéos mises en ligne en attestent. Les journalistes ont été menacés et on leur a craché dessus.

Les groupes qui ont joué incluaient Stahlgewitter, qui chante la Wehrmacht et chante « 88 », un code pour « Heil Hitler » dans les cercles néonazis. La musique a été interrompue par des discours de représentants du NPD néonazi, Pegida et bien d’autres organisations extrémistes de droite.

Il y a peu photos de l’intérieur du terrain, qui n’était pas visible car isolé par des barrières de construction. Les journalistes ont constaté qu’ils pouvaient entendre le chanteur du groupe extrémiste de droite Blutzeugen crier à plusieurs reprises « Sieg Heil » depuis la scène et que des slogans similaires ont été repris par la foule.

L’une des quelques courtes vidéos de l’événement a révélé des dizaines de néonazis faisant le salut nazi et criant « Sieg Heil ». La vidéo ne montrait qu’une petite partie de la foule, ce qui donnait l’impression que des centaines de nazis ont levé les bras. La vidéo a été supprimée peu de temps après par son auteur, mais elle avait déjà été partagée partout dans les médias sociaux.

La police a d’abord affirmé dimanche soir qu’elle n’avais pas connaissance de ces scènes. Mais compte tenu de l’absurdité de cette affirmation, elle a été contrainte lundi à reconnaître qu’elle savait que des symboles en violation de la constitution, dont l’utilisation est une infraction pénale, ont été affichés. Néanmoins, la police a déclaré que disperser le rassemblement aurait été disproportionné parce qu’il fallait protéger le droit à la liberté de réunion.

Une semaine après la brutale répression par la police des manifestants pacifiques anti-G20, ces affirmations sont très hypocrites. À Hambourg, un campement de tentes de manifestants de gauche contre le G20 a été violemment dispersé par la police. Plusieurs manifestants pacifiques ont été attaqués avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes. Mais lorsque les néonazis se rassemblent pour glorifier Hitler et donner le salut nazi, ce qui est illégal en droit allemand, leur « droit fondamental à la liberté de réunion » est protégé par la police !

À Themar, en dépit des infractions pénales généralisées et de la glorification d’Hitler par les 6000 néonazis, la police a porté seulement 43 accusations pénales, y compris pour l’utilisation de symboles appartenant à des organisations constitutionnellement interdites, des menaces, des lésions corporelles graves et des violations des lois sur le port d’armes.

La police a protégé les hordes néonazies avec efficacité. Une photo largement partagée sur les médias sociaux montre un agent de police qui discute amicalement avec l’un des groupes de musique extrémistes de droite. La police a insisté dans un communiqué de presse pour dire que l’image ne représentait pas une poignée de main. Mais l’image parle d’elle-même.

De plus, le magazine Vice a mentionné que la police avait discuté des manifestations du G20 avec les néonazis. Deux néonazis se sont approchés d’un groupe d’officiers et leur ont demandé : « Et étiez-vous à Hambourg ? » Lorsque les officiers ont hoché la tête, les néonazis ont dit : « C’était de la merde, non ? Si seulement vous étiez intervenus un peu plus fermement. »

Le gouvernement rouge-vert-rouge de Thuringe était responsable de l’opération de police à Themar. On savait bien depuis des mois que des milliers de néonazis viendraient à l’événement et le gouvernement dirigé par un ministre-président du Parti de gauche, Bodo Ramelow, avait de toute évidence décidé de protéger la foule fasciste.

Le ministre de l’Intérieur de la Thuringe, Holger Poppenhäger, a remercié la police pour son opération sans incident, déclarant : « Le plan de la police a fonctionné merveilleusement, la police a toujours eu la situation sous contrôle. Surtout compte tenu des lourds fardeaux opérationnels dans le sillage du sommet du G20, je remercie tout particulièrement la police de Thuringe et ces unités provenant d’autres États qui l’a soutiennent.

Ramelow n’a fait aucune critique de l’opération de la police. Au lieu de cela, il a appelé à la restriction de la liberté de réunion afin qu’« à l’avenir les fonctionnaires de l’État et les autorités, et par la suite les tribunaux qui prendraient les décisions ne considéreraient plus ce genre de chose comme une question de liberté d’opinion. »

Une telle mesure ne serait pas dirigée contre les néonazis, qui ont pu commettre des infractions pénales partout sous le nez de la police de Thuringe, mais plutôt contre des manifestants de gauche. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement de Ramelow a déployé 450 officiers à Hambourg pour attaquer les droits fondamentaux des manifestants.

Le fait que les mêmes policiers aient ensuite été chargés de défendre les droits des néonazis doit être considéré comme un grave avertissement. Tous les partis bourgeois, du SPD au Parti de gauche, sont prêts à renforcer l’état et à mobiliser la lie fascisante de la société pour supprimer l’opposition populaire croissante à leurs politiques de droite.

(Article traduit de l’anglais le 20 juillet 2017)