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Élections allemandes

Hostilité croissante envers les sociaux-démocrates et d’autres partis capitalistes dans les sondages

Par Johannes Stern
25 juillet 2017

Deux mois avant les élections du Bundestag (Parlement fédéral), le candidat au poste de chancelier du Parti social démocrate (SPD), Martin Schulz, est loin derrière la Chancelière Angela Merkel (Union démocratique chrétienne, CDU). Mercredi, l’institut de sondages Forsa a rapporté que Merkel avait encore pu augmenter son avance sur Schulz d’un point, à 30 pour cent. Si le chancelier pouvait être élu directement, 52 pour cent de tous les électeurs voteraient pour Merkel et seulement 22 pour cent pour Schulz.

Manfred Güllner, directeur général de Forsa, a déclaré que la situation du SPD était « probablement sans espoir ». C’est le moins qu’on puisse dire. Le SPD est détesté pour avoir mis en œuvre les « réformes » antisociales de l’État providence et des conditions du travail de l’Agenda 2010 qui ont plongé des millions de gens dans la pauvreté et créé le plus grand secteur à bas salaire d’Europe. Surtout dans la classe ouvrière, le SPD a perdu presque tout son soutien ces dernières années. Selon une étude récente de l’Institut allemand de recherche économique (DIW), seulement 17 pour cent des électeurs SPD sont des travailleurs. En 2000, c’était encore de 44 pour cent.

Le rejet du SPD est le plus grand chez les jeunes. Un autre sondage récent de YouGov et du magazine pour la jeunesse Bravo montre que seulement cinq pour cent des jeunes de 14 à 17 ans estiment que leurs préoccupations sont abordées par Schulz. Il est derrière Gregor Gysi du Parti de Gauche (six pour cent) et loin derrière Merkel (28 pour cent). Aucun des répondants ne voterait pour les candidats principaux du Parti de gauche (Dietmar Bartsch) et des Verts (Katrin Göring-Eckardt) ; les principaux candidats de l’Alliance pour l’Allemagne (AfD) extrémiste de droite, Alice Weidel et Alexander Gauland, n’auraient pas non plus un seul vote.

Dans l’ensemble, les résultats montrent l’abîme béante entre tous les partis capitalistes et la grande majorité des travailleurs. Merkel est en tête des sondages, mais elle est tout sauf populaire parmi ceux qui votent pour elle. Aux yeux des jeunes, elle semble traditionnelle, ennuyeuse et « éloignée ». Seulement sept pour cent des 14 à 17 ans la décrivent comme « moderne ». Un jeune sur quatre pense qu’aucun parti ne représente ses intérêts.

Déjà au printemps, l’enquête Generation what ? menée par l’Union européenne de radiodiffusion a révélé que la majorité des jeunes rejettent les politiques de droite de tous les partis de l’establishment et étaient prêts à lutter contre eux. Par exemple, 78 pour cent des jeunes en Allemagne se sont plaints du fait qu’ils ont observé un nationalisme croissant, ce qu’ils considéraient comme une mauvaise chose. Plus des deux tiers des jeunes ont déclaré qu’ils n’étaient pas prêts à se battre pour l’Allemagne lors d’une guerre. Plus de la moitié participerait à un « soulèvement à grande échelle contre ceux qui étaient au pouvoir ».

Surtout, le SPD réagit à l’opposition croissante de la population avec une campagne électorale qui met l’accent sur le tout sécuritaire. Il attaque Merkel depuis la droite et, avec l’Union sociale chrétienne (CSU) et la frange de droite de la CDU, courtise ceux qui ont voté pour l’AfD d’extrême droite lors des dernières élections régionales. C’est le seul moyen de comprendre la réaction des sociaux-démocrates aux événements entourant le récent sommet du G20 à Hambourg.

En contrôlant l’exécutif de l’État à Hambourg avec les Verts, le SPD a organisé un spectacle massif de violence policière contre des manifestations essentiellement pacifiques. Ensuite, il a lancé une véritable chasse aux sorcières contre la gauche qui fait appel ouvertement aux éléments fascistes. Le ministre fédéral de la Justice, Heiko Maas (SPD), a appelé à la création d’une « base de données des extrémistes » européenne pour les radicaux de gauche et a appelé à un concert « Rock contre la gauche ». L’exécutif du SPD a inventé le terme « terrorisme de protestation » pour criminaliser toute résistance aux coupes sociales et à la politique de guerre impérialiste.

Schulz lui-même était le plus agressif, c’est pourquoi il est perçu par de larges sections de la population comme le « plus grand mal » par rapport à Merkel. Dans ses apparitions de campagne électorale, il a déblatéré sur la banalisation de la violence de gauche et a affirmé que les émeutes dans le quartier de Schanzenviertel de Hambourg, qui ont été éhontément exagérées par les médias, ont montré des « traits de terrorisme ». Les travailleurs et les jeunes comprennent très bien que les apparences publiques répulsives de Schulz et la clameur des médias sont dirigées contre eux. Son « Plan pour l’Allemagne », nationaliste, comprend l’intensification du programme Hartz IV de « réformes » de l’aide sociale et du code de travail, l’armement massif de la Bundeswehr (forces armées) et la construction d’une armée européenne.

Le rejet répandu de cette politique antisociale et militariste ne trouve aucune expression dans l’establishment officiel du parti. Depuis le gouvernement Schröder-Fischer (1998-2005), les Verts sont détestés par les travailleurs en tant que deuxième parti de Hartz IV et de la guerre. Et malgré ses phrases occasionnelles concernant la « justice sociale » et la « paix », le Parti de gauche est également vu pour ce qu’il est : un appendice du SPD, qui représente au fond le même programme pro-impérialiste et anti-travailleurs.

Quel que soit le virage à droite fait par le SPD, le Partie de gauche suit. Au niveau des États, il organise avec le SPD et les Verts depuis des années des coupes sociales massives. À l’instar du SPD, il critique Merkel depuis la droite quand il s’agit d’augmenter les pouvoirs de l’État.

« C’est comme ça que Merkel patauge. Premièrement, 17 000 emplois dans la police sont supprimés. Quand, à la suite des attaques, l’erreur faite en ce sens est claire, elle fait campagne pour plus de policiers lors des élections », a déclaré Oskar Lafontaine, le père fondateur du Parti de gauche, sur sa page Facebook lundi.

En politique étrangère, le Parti de gauche se présente également comme un parti qui peut faire appliquer de manière plus cohérente une politique de grande puissance allemande et européenne plus indépendante que celle de la CDU / CSU. « On ne peut vraiment s’attendre à rien » de Merkel « qui défie les États-Unis », a déclaré Lafontaine dans un autre article de Facebook. Il a également écrit : « Pendant des années, le Parti de gauche appelle à une politique étrangère européenne indépendante. Il y a longtemps que Charles de Gaulle reconnaissait que la France elle-même devait décider elle-même si elle participerait à une guerre. C’est pourquoi ce pays n’a pas intégré l’armée française dans les structures militaires de l’OTAN, à savoir les États-Unis. »

La campagne électorale est donc fortement polarisée sur les questions sociales et politiques. D’un côté, les partis de la classe dirigeante – des partis CDU / CSU au Parti de gauche – réagissent à la crise mondiale du capitalisme par le réarmement militaire, les attaques sociales et la création d’un état policier, tout comme dans les années 1930. De l’autre côté, le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti socialiste d’égalité, SGP) est le seul parti à défendre un programme international socialiste contre les compressions sociales, la dictature et la guerre.

Au centre de la campagne électorale du SGP se trouvent les demandes suivantes :

* Jamais plus de guerre ! Arrêtez le retour de l’Allemagne à une politique de grande puissance agressive !

* Mettre fin à la pauvreté et à l’exploitation – pour l’égalité sociale !

* Défendre les droits démocratiques et le droit d’asile ! Non à l’augmentation des pouvoirs et de la surveillance de l’État !

La condition préalable la plus importante pour la réalisation d’un programme socialiste est l’établissement d’un nouveau parti de masse socialiste. Nous appelons donc tous ceux qui rejettent le capitalisme et ses partis et veulent lutter contre la guerre, la pauvreté et l’oppression, à adhérer au SGP et à soutenir notre campagne électorale. Partagez et discutez de notre déclaration électorale avec des amis, des collègues et des connaissances, organisez des événements autour des élections dans votre région, faites un don à notre fonds électoral et votez SGP le 24 septembre ! Chaque vote pour le SGP est un vote contre la guerre et le capitalisme.

(Article paru en anglais le 22 juillet 2017)