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Un travailleur d’AmazonFresh parle : Amazon oblige illégalement des ouvriers à rester dans une chambre froide pendant plus de deux heures

Par Alex Gonzalez
20 juillet 2017

L’International Amazon Workers Voice (IAWV, La Voix internationale des travailleurs d’Amazon) a parlé récemment avec un jeune travailleur d’AmazonFresh en Virginie. Lancé en 2007, AmazonFresh, l’entreprise d’épicerie en ligne de la société Amazon, propose des livraisons de produits d’épicerie à ses Prime members (membres privilégiés) dans certaines villes. AmazonFresh représente une tentative de concurrencer directement les magasins traditionnels sur le marché de l’épicerie qui vaut 800 milliards de dollars. Selon Business Insider, Amazon prévoit d’ouvrir 20 magasins en dur d’AmazonFresh au cours des deux prochaines années.

Les aliments et autres produits périssables dans les installations d’AmazonFresh sont stockés dans des réfrigérateurs et des congélateurs avec des températures allant de 30 à -22 degrés Fahrenheit (-1 à -30 degrés Celsius). « Vous ne savez pas où vous serez affecté à tel ou tel jour donc pas non plus ce qu’il conviendrait de porter comme vêtement. J’ai un collègue qui porte trois couches différentes de vêtements qu’il met et enlève tout au long de la journée », a déclaré ce travailleur.

Bien que les employés ne soient légalement pas autorisés à rester dans la chambre froide pendant plus d’une heure, le travailleur affirme que la direction enfreint fréquemment la loi. « Il n’y a pas d’horloge dans la chambre froide. Il n’y a aucun moyen de suivre le temps. Aucun cadre ne vient vous informer que vous devez quitter la chambre froide au bout d’une heure. Vous pouvez régler une alarme sur votre téléphone, mais alors il faut retirer vos vêtements de protection contre le froid à -22 degrés pour éteindre l’alarme. S’arrêter pour vérifier l’heure vous ralentit, et ils ne cessent jamais de surveiller votre rythme de ramassage de produits. Si vous êtes affecté au service dans la chambre froide après le déjeuner, vous y serez de 12h25 à 15h. »

Un entrepôt d’AmazonFresh en Virginie

Amazon a annoncé récemment son intention d’acquérir la chaîne d’épicerie Whole Foods pour un montant de 13,7 milliards de dollars afin de renforcer son emprise sur l’industrie alimentaire. En raison de la position dominante d’Amazon dans les ventes au détail en ligne, les conditions d’exploitation des travailleurs à Amazon deviennent de plus en plus la norme pour toute la classe ouvrière. Pour rivaliser avec Amazon, Walmart a récemment annoncé des plans pour obliger leurs employés à livrer des colis en route vers le travail.

« Ils vous tiennent en laisse », a déclaré l’ouvrier d’Amazon, « la plupart des gens que je connais ont plusieurs emplois parce qu’ils ne savent jamais quand Amazon va les mettre à pied ». Il a exprimé son accord avec un article récent publié par l’IAWV sur les conditions de travail sur les sites d’Amazon au Maryland et en Virginie. « Il est évident que vous êtes en contact avec les travailleurs de l’usine : ce que vous avez décrit est très juste. »

Ancien étudiant, cet ouvrier a pris un travail chez Amazon après avoir appris qu’il y avait une prime de 122 dollars offerte à la signature de l’embauche, un montant approximativement égal au salaire d’une journée. Cependant, il affirme que l’entreprise a omis de les informer qu’en contrepartie de la prime, ils étaient liés par un contrat de 11 mois. Les ressources humaines lui auraient également promis que la direction n’allait pas les surveiller en ce qui concerne la rapidité avec laquelle ils étaient capables de sélectionner les articles dans les rayons – le « rythme de ramassage » – pendant au moins quelques mois. « Ce fut un mensonge complet et total », a-t-il déclaré : « Après quatre mois, je n’ai toujours pas touché cet argent et l’entreprise a imposé un rythme de ramassage après mon embauche. C’était extrêmement stressant parce que chaque jour je pensais que je serais viré. »

Le taux du renouvellement du personnel était si élevé que la direction a récemment abaissé le rythme de ramassage sur le site. « Ces dernières semaines, ils ont embauché des gens à tour de bras. En pointant pour sortir déjeuner, je vois deux ou trois grands groupes de recrues. Je suis sûr qu’après le Prime Day (le temps fort des promotions de produits) Amazon va licencier tous ces travailleurs. Ils sont tous à temps partiel. En une semaine, la moitié d’entre eux démissionneront ou seront licenciés. »

« Nous travaillons debout 11 heures par jour. Nous reprenons le travail après trois jours et notre corps n’a pas eu assez de temps pour récupérer. J’ai une vingtaine d’années et je suis usé. Ils ne se soucient pas de savoir si vous êtes malade ou si vous souffrez. Ils ne se soucient pas de savoir si vous avez des enfants ou des engagements, ce qui compte c’est leur résultat net. Nous sommes aussi remplaçables que les kleenex », a-t-il dit.

Il a également raconté au journaliste de l’IAWV l’histoire récente d’un ouvrier blessé sur un site d’Amazon au Tennessee en raison des conditions dangereuses sur le parking. « Les Amazon Associates (partenaires d’Amazon) et les camionneurs partagent un parking sur mon site de travail, je pense qu’un accident va se produire un jour », a-t-il dit.

Le correspondant de l’IAWV a parlé avec ce jeune ouvrier de l’énorme potentiel de la technologie qu’Amazon contrôle et qui pourrait bénéficier à toute l’humanité. « Nous avons la technologie disponible pour augmenter la production agricole, introduire des cultures résistantes à la sécheresse dans le monde entier. Vous pouvez parachuter des livres à travers le monde et fabriquer des vaccins moins chers pour les masses. Le seul problème est que les oligarques tout en haut ne voient pas de profits à tirer de ces activités », a-t-il déclaré.

« C’est un gigantesque transfert de richesse. Le gouvernement a donné à Amazon des dollars gratuits pour construire ces sites d’activité. Nous avons toutes ces taxes et nos infrastructures sont en train de se désintégrer, cela aide le 1 % en haut de l’échelle économique alors que tous les autres souffrent et déclinent », a-t-il déclaré.

Les travailleurs d’Amazon ne peuvent mettre fin aux abus de l’entreprise qu’en s’appuyant sur leur unité internationale et leurs intérêts communs en tant que membres de la classe ouvrière.

Des centaines de milliers de travailleurs d’Amazon dans le monde luttent dans les mêmes conditions. Dans chaque pays, l’entreprise collabore avec le gouvernement pour attaquer le niveau de vie et les conditions de travail des travailleurs. Pour lutter contre l’exploitation par les entreprises, les travailleurs doivent avoir leurs propres organisations – des comités sur les lieux de travail – qui soient indépendants des syndicats et des partis politiques capitalistes et dont l’objectif soit de faire avancer les intérêts de la classe ouvrière et de rapprocher les travailleurs les uns aux autres dans une lutte internationale commune pour l’égalité sociale.

Pour en savoir plus sur les comités de lieux de travail, pour en créer un dans votre entrepôt, ou pour en savoir plus sur la Voix internationale des travailleurs d’Amazon, contactez-nous aujourd’hui.

(Article paru en anglais le 18 juillet 2017)