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L'opposition monte contre la transformation de l’état d’urgence en loi

Par Francis Dubois
21 juillet 2017

L’Assemblée nationale a voté le 6 juillet une nouvelle prolongation de l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre et les deux chambres ont discuté les 18 et 19 juillet, en procédure accélérée, un projet de loi qui inscrit dans le droit commun les principales mesures de l’état d’urgence.

L'examen de ces mesures liberticides suscite une vague d'opposition grandissante. Même à l'intérieur des milieux universitaires et associatifs qui ont défendu Macron pendant les présidentielles, il est impossible de nier que Macron franchit un pas historique vers la formation d'un régime autoritaire et antidémocratique en France.

Le 12 juillet, Libération et Médiapart ont publié des appels signés de 500 universitaires et chercheurs s’inquiétant de la pérennisation de l’état d’urgence. « Il s’agit là de mesures gravement attentatoires aux libertés qui, en vertu de ce texte, pourraient être décidées par le ministre de l’Intérieur ou le préfet, non plus en situation de ‘péril imminent’ mais, bien plus largement, en tout temps et en tout lieu et ...(pouvant) être ordonnées sur la base de simples soupçons,» disent ces appels, qui se finissent ainsi: « Nous ne pouvons accepter une telle régression de l’Etat de droit. »

Parallèlement, des manifestations organisées par une coalition d'associations, de syndicats (y compris de magistrats) et de partis historiquement liés au PS comme LFI, le PCF et le NPA ont eu lieu à Paris les 1er et 18 juillet sous le mot d’ordre de « Non à l’état d’urgence permanent ». Une autre manifestation est prévue pour le 10 septembre.

Les partis qui organisent les manifestations actuelles ont soutenu le gouvernement Hollande, la campagne « Je suis Charlie » suite aux attentats de janvier 2015, et l'imposition de l'état d'urgence après ceux du 13 novembre 2015. Ils ont accepté la suppression des droits démocratiques fondamentaux par l'état d'urgence, et les députés de l'ancien Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon ont voté en sa faveur au parlement.

Le WSWS, lui s’est depuis le départ opposé à l’état d’urgence, en expliquant qu’il servirait à instaurer un État policier réprimant l’opposition de la classe ouvrière à l’austérité et aux guerres impérialistes. Il a souligné que l'état d'urgence n'était pas une lutte contre les réseaux islamistes terroristes, qu'instrumentalisent l'Otan pour sa guerre en Syrie. Il a cherché à en expliquer les causes profondes dans la crise internationale du capitalisme et l'effondrement des institutions démocratiques, de plus en plus incompatibles avec la montée des inégalités sociales.

Les auteurs des attentats étaient des éléments bien connus des services de renseignement, auxquels on a permis de circuler librement et d’opérer sans entraves. C’est le cas des frères Kouachi, responsables de l’attentat contre Charlie Hebdo ; d’Amédy Coulibaly, responsable de celui de l’Hyper Cacher de Vincennes le même jour ; et de Saleh Abdeslam, suspect-clé des attentats parisiens de novembre 2015 caché pendant quatre mois près du logement familial à Bruxelles alors qu’il était officiellement recherché par toutes les polices d’Europe.

Les récents attentats de Manchester ont révélé les liens entre les services occidentaux et l’individu responsable de l’attentat. Lui et sa famille étaient intimement connus des services, sa famille ayant participé aux guerres dirigées par la CIA en Libye et en Syrie.

Le NPA en particulier s'est rapidement et bruyamment aligné sur ces guerres. Il a défendu celle lancée par Sarkozy en Libye sous prétexte d’intervention « humanitaire », et la guerre de Hollande en Syrie sous prétexte creux que les milices dirigées par des forces islamistes liées à Al Qaida mèneraient une « révolution démocratique ». Ce parti étant intégré au mécanisme politique qui cherchait à « vendre » la politique extérieure de l'impérialisme français, il a fini par aussi servir de caution aux mensonges qui soustendaient sa politique intérieure répressive.

Un profond attachement aux droits démocratiques existe parmi les masses, et surtout parmi les travailleurs. Toutefois, leurs luttes se développeront sur des lignes politiques très différentes de celles des manifestations symboliques dominées par des partis tels que LFI, le PCF, le NPA ou d'autres organisations proche du PS et de l'appareil d'Etat.

Si les appels lancés dans les manifestations actuelles pointent la volonté liberticide de Macron et plaident pour le maintien de « l’État de droit », ils avancent surtout l'argument que l’état d’urgence est « inefficace contre le terrorisme ». C'est-à-dire qu'ils acceptent la « lutte contre le terrorisme », qui sert depuis le départ de prétexte faux à la suppression des droits démocratiques. Un orateur aux manifestations a même proposé de renforcer les services de renseignement et de former « sur le terrain une coalition universelle contre Daesh ».

Les porte-parole de la manifestation adressent leur protestations à Macron sans mentionner le gouvernement Hollande, pour ne pas rappeler le fait que les partis présents ont soutenu sa politique. Ils adressent le message au parlement, la manifestation du 18 juillet s’étant rendue devant le Sénat, qui vient de prolonger sans ciller l’état d’urgence jusqu’en novembre.

Si Macron tente d'ériger un Etat policier permanent en France, c'est parce qu'il sait que l'opposition des travailleurs sera d'une toute autre envergure que celle des anciens satellites du PS. Il n’a pas de soutien populaire pour sa politique d’austérité et de guerre, c’est ce qu’a montré l’abstention massive à l’élection législative. LRM n’a obtenu en tout les voix que de 16 pour cent des inscrits.

Une forte partie de la population et de la jeunesse est ouvertement hostile à la politique de LRM ; une explosion de la lutte des classes et un affrontement révolutionnaire entre la classe ouvrière et la classe capitaliste se préparent.

Les sections de la classe politique et des médias qui s’inquiète soudain d’un état d’urgence permanent proposent de garder l’état de droit et le capitalisme. Mais c’est le capitalisme en crise, avec sa montée de guerres et de crises économiques et sociales, qui conduit inexorablement la classe dirigeante à tenter de détruire les droits démocratiques en instaurant un Etat policier permanent.

La défense véritable et efficace des droits démocratiques ne peut se faire qu’en mobilisant la classe ouvrière en France et à travers l'Europe contre le capitalisme. Celle-ci est la seule force dans la société qui puisse le renverser, afin de défendre et d’étendre la démocratie à présent profondément menacée.